Histoire d’un ogre – Erik Orsenna (2023)

Et si nous dévorions un portrait cinglant ?

Dans ce conte, absurde et féroce, Erik Orsenna, sans jamais le nommer, dresse le portrait d’un riche industriel exerçant son pouvoir au sein d’une société soumise à un capitalisme débridé.

Issu d’une lignée d’industriels bretons, l’ogre est né dans une famille bourgeoise. Son père dirige des papeteries et sa famille noue des relations avec des personnes ayant une forte influence dans le domaine de la finance. Au-delà de son héritage familial, l’ogre a des ambitions. Son appétit est insatiable : il engloutit une compagnie de transport maritime, une radio, une maison d’édition… Sa soif de pouvoir semble inépuisable. Jusqu’où l’enquête autour de cet ogre contemporain va-t-elle nous conduire ?

Dans ce récit mordant, aussi drôle qu’inquiétant, Erik Orsenna choisit de mener des investigations pour comprendre l’empire d’un capitaliste implacable. Ce récit intelligent et caustique, ponctué des digressions de l’auteur, nous en apprend peu sur l’ogre, mais reste une lecture amusante et engagée.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Telle est, typique et fort bien documentée par la psychiatrie internationale, l’addiction à dévorer. Apprenez qu’elle est plus violente, plus invasive et moins guérissable que toutes les autres maladies du désir, le jeu, le sexe, les drogues, l’alcool, les besoins irrépressibles (poutinien de guerre ou prostatique de pisser), la passion du pouvoir et le fanatisme religieux ».

« Parfois l’erreur d’une vie ne vient que d’une légère méprise sur les mots: la grosseur n’est pas la grandeur. Créer n’est pas accumuler. Ni entreprendre avaler »

Un autre m’attend ailleurs – Christophe Bigot (2024)

Et si nous évoquions les dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar ?

Dans ce roman, Christophe Bigot lève le voile sur la dernière relation fusionnelle et destructrice de Marguerite Yourcenar.

En 1980, Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie Française. Reconnue par ses pairs, sa renommée littéraire est à son apothéose.

Derrière cette réussite se cache un grand bouleversement dans l’existence personnelle de Marguerite Yourcenar. Grace Frick, sa compagne depuis quarante ans vient de succomber à la maladie qui la ronge depuis plusieurs années. Face au deuil, elle cherche à quitter une vie sédentaire aux États-Unis et retrouver un souffle de vie.

Quelques mois plus tôt, elle a rencontré Jerry Wilson, d’une beauté envoûtante, elle est subjuguée par cet homme qui fait renaître un amour enfoui. Le caractère solaire et la vitalité de Jerry l’entraînent à travers le monde. Mais que se cache-t-il derrière cet homme charismatique ?

Christophe Bigot choisit de nous révéler sa propre interprétation des dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar en se basant sur des faits réels. Si j’ai aimé me plonger dans la vie de cette écrivaine, je n’ai pas adhéré au versant romanesque de cette œuvre.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« La sensualité dure autant que la vie, plus ou moins forte selon les individus, et on est sans cesse forcé d’en tenir compte. J’ai appris à connaître que l’érotisme demeure un rite sacré jusqu’à la fin des jours. Ce dont j’avais cru m’évader est miraculeusement revenu ».

« Le bonheur, est-il autre chose qu’une illusion rétrospective? Quand bien même on saurait qu’on est heureux à un certain moment, ce sentiment serait encore altéré par la conscience qu’on en a, la crainte qu’il ne s’arrête, voire l’impression étrange que le ver est déjà dans le fruit ».

Une vie – Guy de Maupassant (1883)

Et si la réalité se heurtait à nos rêves ?

Libérée du couvent où elle a séjourné depuis plusieurs années, Jeanne aspire à savourer la vie.

Quand elle retrouve la magnifique demeure normande familiale proche de la mer, Jeanne croit à un avenir radieux. À peine arrivée, elle rencontre Julien de Lamare, fils d’une noblesse déchue, elle est immédiatement attirée par le jeune homme. Puisqu’il est vicomte et présente tous les attraits physiques et intellectuels, les parents de Jeanne consentent sans difficulté à leur union.

Naïve et ingénue, Jeanne se lance avec ses idéaux dans le mariage. Pourtant, Julien de Lamare s’avère être un mari ingrat, brutal et infidèle. Elle va découvrir peu à peu la réalité de la vie et de sa condition de femme.

Dans cette œuvre romanesque splendide, Maupassant retrace le destin tragique de Jeanne et révèle toutes les désillusions qui jalonnent son existence. J’ai été transportée par ce roman époustouflant et par la plume de Maupassant, je vous le recommande vivement !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts ».

« (…) et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s’apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu’à l’âme, jusqu’au fond des pensées, qu’elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l’être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie ».

« La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais, qu’on croit ».

Souvenirs de la cour d’assises – André Gide (1913)

Et si André Gide nous livrait sa vision de la justice ?

Dans ce récit lapidaire, André Gide partage son expérience de juré et dévoile sa conception de la justice.

Nommé juré pour quelques semaines auprès de la cour d’assises, Gide partage les affaires sur lesquelles il a dû statuer : des infanticides, des affaires de moeurs en passant par des vols avec violence. Il retrace chaque affaire, dévoile son opinion personnelle et révèle la faillibilité du système judiciaire.

Il évoque la violence de cette machine judiciaire et les préjugés qui influent sur les verdicts des jurés. À la fin de ce court récit, il propose même des pistes de réflexion pour améliorer le fonctionnement de la justice.

Si j’ai aimé pouvoir retracer l’organisation judiciaire de l’époque, je n’ai pas totalement adhéré à la vision d’André Gide. J’ai trouvé son ton présomptueux et parfois méprisant, tant à l’égard des auteurs, des victimes que des membres du système judiciaire.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Certes je ne me persuade point qu’une société puisse se passer de tribunaux et de juges ; mais à quel point la justice humaine est chose douteuse et précaire, c’est ce que, durant douze jours, j’ai pu sentir jusqu’à l’angoisse »

« Je suis effaré de voir à quel point ces gens, sans le savoir, obéissent à des réflexes de masse, aveuglés par des idées reçues, incapables de s’extraire de leur propre trivialité »

« Je vois dans ce tribunal une farce où l’on demande à des hommes de juger ce qu’ils ne comprennent même pas. »

Brûlent les falaises – Emmanuelle Faguer (2025)

Et si nous perçions les mystères des falaises bretonnes ?

Dans ce roman noir, Emmanuelle Faguer explore les malédictions et les tragédies qui planent autour des femmes.

Il y a quinze ans, un drame a laissé son empreinte sur Douarnec, village de Bretagne, hanté par ses légendes ancestrales, où les vagues déchirent sans relâche les falaises.

Connu dans toute la région pour sa maison nichée au cœur des hauteurs à proximité des falaises, le clan Kerivel a connu une tragédie bouleversante. Durant l’été 2003, la fille de Maxence et Servane, l’indomptable et solaire benjamine de la fratrie, a brutalement disparu. Ce drame a fracturé la famille et leur fille Elena a choisi de quitter le village pour explorer le monde.

Des années plus tard, lorsqu’Elena rentre pour la première fois, elle va percevoir les secrets qui hantent Douarnec. Une nouvelle enquête fera-t-elle ressurgir les drames enfouis ?

Emmanuelle Faguer explore une tragédie familiale. Rapidement happée par ce récit et par cette enquête, le clan Kerival révèle au fil des pages ses secrets. Ces drames dévoilent le destin de femmes meurtries face à la domination implicite des hommes. Je ne sais pas si ce roman restera marquant parmi mes lectures cependant, j’ai été facilement emportée par ce polar.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Terre des hommes – Antoine de Saint-Exupéry (1939)

Et si nous prenions l’avion ?

Dans cette œuvre largement autobiographique, Antoine de Saint-Exupéry partage un récit de voyage en dévoilant ses expériences d’aviateur et sa vision du monde.

Assurant le courrier entre Toulouse et Dakar, il plane au-dessus de la mer, touche presque les nuages et perçoit l’immensité du ciel. Ces nuits de vol sont soumises aux aléas météorologiques et aux dangers. Pourtant, il est passionné par cette vie entre ciel et terre.

Dans ce récit, il revient aussi sur le parcours de ses camarades d’aviation et sur la fraternité qui se dégage de leurs relations. Il témoigne également de son terrible accident d’avion survenu en Libye. Au-delà de son expérience, cette œuvre devient peu à peu un roman philosophique où Antoine de Saint-Exupéry partage sa vision de la place de l’homme dans le monde.

Porté par une plume poétique et de belles images de ses voyages, ce texte nous insuffle des élans de liberté. Si le récit de son expérience en Libye est très marquant, je me suis égarée durant cette lecture et je n’ai pas réussi à m’imprégner de l’ensemble du texte.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix, car ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort ».

« Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté pendant des années, mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir ».

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal (2013)

Et si nous interrogions notre rapport à la mort ?

Dans ce texte bouleversant, Maylis de Kerangal nous propose une course entre la vie et la mort.

Simon, un jeune surfeur vivant près du Havre, aime avec ses amis se mesurer à la puissance des vagues. Confronté à l’immensité de l’eau froide, il prend pleinement conscience de sa vitalité. Après une session de surf alors qu’il reprend la route, sa vie bascule. Victime d’un accident de la circulation, le verdict des médecins est implacable : Simon est en mort cérébrale.

Bien qu’il soit déclaré mort, ses organes continuent de fonctionner et les médecins envisagent rapidement la possibilité de don d’organes. Ses parents sont heurtés de plein fouet par ce drame et devront prendre une décision inimaginable. En vingt-quatre heures, la vie pourra-t-elle déferler à nouveau ?

Au-delà du récit d’une transplantation cardiaque, Maylis de Kerangal nous propose une oeuvre épidermique oscillant entre la réalité du milieu hospitalier et l’intimité des familles. Avec un style particulier, ce roman empreint d’émotion m’a profondément marquée. Une claque littéraire que je vous recommande vivement !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Que deviendra l’amour de Juliette une fois que le cœur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d’enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ?

« Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s’avançait la vague ? »

« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps« 

Mauprat – George Sand (1837)

Et si l’amour pouvait combattre la violence ?

Enfant sauvage, Bernard a été recueilli par les Mauprat après le décès de ses parents. Ses oncles sont cruels, rustres et dénués de morale. Bernard a été élevé dans la violence par cette branche de la famille.

Il rencontre sa cousine Edmée, qui s’est perdue et a trouvé refuge au château de la Roche-Mauprat. Terrorisée par la brutalité de cette famille de bandits, elle espère trouver en Bernard un peu d’humanité et s’enfuir. Sous l’influence de ses oncles, Bernard pensait user de la force pour la conquérir. Mais face à la beauté et à la grâce d’Edmée, Bernard entrevoit un élan amoureux qu’il n’a jamais connu. Bernard décide de l’aider à fuir, mais entre eux une promesse est scellée… Jusqu’où ce pacte les conduira-t-il ?

Ce roman d’apprentissage nous propose de suivre l’évolution d’un homme aux instincts violents soumis à l’influence salvatrice d’une femme. Aux confins de tous les genres, ce roman à l’atmosphère romantique mêle le gothique, le récit d’aventures et une dimension sociale. Portée par une plume élégante et par l’influence de Jean-Jacques Rousseau, cette œuvre entremêle un amour patient et la force de l’éducation. Ce roman est très intéressant, même s’il présente quelques longueurs.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« A mesure que tu as grandi à mes yeux, j’ai senti que je pouvais attendre, parce que j’avais à t’aimer longtemps, et que je ne craignais pas de voir évanouir ma passion avant de l’avoir satisfaite, comme font les passions dans les âmes faibles« 

« Sachez donc distinguer l’amour du désir ; le désir veut détruire les obstacles qui l’attirent, et il meurt sur les débris d’une vertu vaincue ; l’amour veut vivre, et pour cela il veut voir l’objet de son culte longtemps défendu par cette muraille de diamant dont la force et l’éclat font la valeur de la beauté ».

In carna – Fragments de grossesse – Caroline Hinault (2022)

Et si nous parlions d’un corps en pleine mutation ?

Dans ce récit, résolument féministe, Caroline Hinault dévoile son parcours intime et engagé autour de sa grossesse.

Du ventre vide au ventre plein, Caroline Hinault évoque avec un ton bouleversant et une vérité implacable, son expérience de la maternité.

Elle aborde tout d’abord ses aspirations à devenir mère, cette attente interminable et ce ventre qui reste creux. Puis cette incarnation, la mutation de son corps et de son esprit avec ce ventre devenu plein. Au-delà de l’intimité de son corps, cette grossesse se heurte à toute une société.

A travers son expérience personnelle, Caroline Hinault évoque cette appropriation du corps et révèle toutes les problématiques inégalitaires et sociétales. Ce récit percutant lève le voile sur des mécanismes ancrés et des injonctions contradictoires. Entre essai et journal intime, je vous recommande cette oeuvre passionnante qui ouvre de véritables pistes de réflexions autour de la maternité.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Seul le renoncement, mais parfois forcé, à la maternité permettait pour les femmes d’espérer une égalité de statut social et artistique. On n’a jamais demandé de tel renoncement aux hommes artistes ».

« Une chose la frappe dans cette peinture : Marie n’a pas son habituel visage empreint de générosité et de douceur mais baisse les yeux, le visage plutôt fermé. Certains commentateurs voient dans cette impassibilité un peu rêche la volonté du peintre de se démarquer de la tradition, en lui donnant davantage l’allure d’une paysanne. Mais Elle qui se trouve également en fin de grossesse, Elle devine. Marie est juste complètement crevée et, Christ ou pas Christ, exténuée par tant d’encombrements ».

Sido – Les vrilles de la vigne – Colette (1929)

Et si nous nous imprégnions des confidences de Colette ?

Dans cet ouvrage, Colette dresse tout d’abord le portrait de sa mère, Sido. Une femme proche de la nature qu’elle a toujours admiré. A travers des scènes de son enfance, elle partage également ses souvenirs avec son père et ses frères et soeur. L’évocation des paysages où elle a grandi nous permet de mieux comprendre son passé et ses relations familiales.

Dans la seconde partie de l’ouvrage « Les vrilles de la vigne », Colette partage de courts extraits où elle décrit la nature et sa conception de l’amour. Dans ces textes, elle témoigne également de sa profonde tendresse pour les animaux.

Un livre délicat et sensible qui révèle toute l’intimité de Colette. Si j’ai admiré la prose sensuelle et poétique de Colette, je n’ai pas réussi à être captivée par ces deux récits qui n’ont pas suscité pour ma part une grande émotion. Si sa plume demeure remarquable, il ne s’agit pas de mon livre préféré de l’autrice.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Ma mère, Sido, savait mieux que tout autre comment se faire oublier pour mieux nous entourer de sa présence. »

« L’amour est une vigne, et les vrilles de l’amour s’enroulent autour du cœur, serrent et tordent. Mais si on ne les laisse pas grandir, elles étouffent ».