L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset (2016)

Et si nous évoquions un portrait psychologique ?

Je reviens vous parler d’un des célèbres romans de Catherine Cusset : « L’autre qu’on adorait ».

Thomas est un homme exubérant. Plein de fougue, il traverse sa vie avec passion. Le portrait de cet être unique est réalisé par Catherine, la narratrice. Tout d’abord amant puis ami de celle-ci, elle retrace la vie, les espoirs et les échecs de Thomas.

Elève brillant, il est passionné de littérature en particulier de Proust qu’il adule. Il partage son temps entre l’art, les lettres et le cinéma. Malgré son talent, Thomas fait face à un milieu universitaire élitiste implacable qui le contraint à s’exiler en Amérique. Il décide de construire sa vie à New-York espérant y construire sa carrière.

Pourtant, son parcours américain sera jalonné d’échecs et de déconvenues. Ses amours, toujours plus intenses, seront aussi le symbole de ses désillusions.

La narratrice nous décrit un être complexe et retrace toute sa vie avec une précision implacable. Finalement, derrière le rire et l’exubérance, se dissimule un être sombre rongé par la solitude et la dépression.

Le point de vue est intentionnellement distancié. Et pourtant, Catherine Cusset nous fait se sentir au plus proche de Thomas, presque comme si, le roman était construit à la première personne. Si la narratrice nous décrit le parcours d’un de ses plus proches amis, nous avons néanmoins le sentiment d’arriver à percevoir, au plus près, la psychologie du personnage. J’ai aimé ce point de vue extrêmement bien amené pendant tout le roman.

Thomas lui disait « Tu sais, Catherine, les gens ont quand même une vie intérieure ». Ainsi, le mystère plane toujours sur les pensées profondes de Thomas. Il demeure toujours une part inaccessible à autrui.

Un roman psychologique dont on se délecte avec plaisir et qui fait réfléchir sur la part enfouie en chaque individu.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Tu es parfois sujet à des accès de dépression pendant lesquels ta vision du monde est d’un pessimisme absolu. C’est le cas en ce moment. Tu as hésité à me parler de cette humeur qui envahit ta vie, telle une marée noire et tue en toi tout désir, de ce vide qui t’engloutit comme des sables mouvants. »

« Tu vas mieux. Sans raison. Ton énergie revient avec le printemps. Quand tu te réveilles le matin, la journée ne t’apparaît plus comme un désert impossible à traverser. »

Clair de femme – Romain Gary (1977)

Et si nous parlions du couple avec Romain Gary ?

Mon coup de foudre pour la plume de Romain Gary remonte à plusieurs années. Je me suis délectée de la plupart de ses oeuvres.

Avec « Clair de femme », Romain Gary signe un roman étrange. Deux êtres désespérés se rencontrent à un moment tragique de leur existence. Leur désarroi les attache l’un à l’autre et vont les unir. Michel, homme sensible, est rongé par le malheur et les souffrances de sa femme, Yannik. Mourante, elle n’a plus qu’une seule volonté faire perdurer leur amour et le lien qui les unit. Yannik lui a fait promettre de continuer à l’aimer même si c’est au travers d’une autre femme :  » La plus cruelle façon de m’oublier, ce serait de ne plus aimer « .

Michel fait alors la connaissance de Lydia. Tout comme lui, elle est en proie à une grande souffrance. Elle a perdu sa fille dans un grave accident de voiture et son époux est resté gravement handicapé. Ils vont tenter ensemble de survivre et de combattre la solitude qui les ronge.

Au-delà de cette toile de fond tragique, Romain Gary dissèque le couple. Avec ironie, il nous offre une vision éclairante de cette entité particulière et hybride qu’on nomme le couple, ce qui le construit et le fait vivre au travers du temps.

J’ai aimé la plume de Romain Gary et toute la finesse de cet ouvrage même s’il ne m’a pas transportée. Je suis sortie de ma lecture avec un sentiment mitigé. Ainsi, le fil narratif demeure parfois confus et redondant même si de nombreux passages sont littéralement magnifiques.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations : 

« Tout ce qui est féminin est homme, tout ce qui est masculin est femme »

« Je ne veux pas que la mort gagne encore plus qu’elle n’emporte. Tu ne t’enfermeras pas à double tour derrière les murs du souvenir. Je ne veux pas devenir aide à la pierre. Nous avons été heureux et cela nous crée des obligations à l’égard du bonheur ».

Le consentement – Vanessa Springora (2020)

Et si nous évoquions un témoignage bouleversant et courageux ?

Vanessa Springora a treize ans lorsqu’elle devient la proie d’un prédateur : Gabriel Matzneff. Dans cet ouvrage, elle dépeint cette relation d’emprise et la retrace en plusieurs actes.

Son témoignage débute par le récit d’une enfance brisée où un père absent a laissé un vide insondable.

Lors d’une soirée où se rencontre les personnalités du monde littéraire, Vanessa Springora fait la connaissance d’un écrivain, G. Être intouchable par sa célébrité et par son intellect, c’est un regard plein de désir qu’il pose sur l’adolescente. Puis, la domination se tisse autour des mots par l’afflux de lettres où il lui déclare son amour.

G. se dresse en mentor et remplace une figure paternelle dramatiquement absente. Il se place comme le seul homme capable de l’initier à la sexualité. Puis, elle arrive peu à peu à se détacher de cette relation dépendante et parvient à s’en libérer.

Enfin, Vanessa Springora nous livre l’empreinte indélébile laissée par cet homme sur sa vie de femme. Elle décrit les traces profondes et traumatiques qui marqueront à jamais son corps et son âme.

Déflagration dans le milieu littéraire, ce livre loin d’un acte de vengeance est avant tout thérapeutique. Vanessa Springora par l’écriture cherche à se reconstruire. Cette relation d’emprise par la littérature l’a détournée des mots. Ce roman, véritable processus de résilience, lui a permis de renouer avec l’écriture.

Avec stupéfaction, nous découvrons l’impunité dont Gabriel Matzneff a bénéficié pendant tant d’années. Au-delà d’une parole enfin libérée, Vanessa Springora mène également une réflexion élégante et digne sur la notion de consentement.

Un livre qui se lie en quelques heures et qui invite, par les mots, à une prise de conscience nécessaire.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre ».

« Notre amour était un rêve si puissant que rien, pas un seul des maigres avertissements de mon entourage, n’avait suffi à m’en réveiller. C’était le plus pervers des cauchemars. C’était une violence sans nom ».

Jonas ou l’artiste au travail – Albert Camus (1957)

Et si nous évoquions la plume magistrale de Camus ?

Ce recueil est composé de deux nouvelles : « Jonas ou l’artiste au travail » suivi de  » La pierre qui pousse ».

Dans la première nouvelle, Camus dépeint le travail d’un artiste peintre. Jonas est guidé par sa bonne étoile, elle semble le conduire vers le chemin de la réussite. Toujours à ses côtés elle a fait de lui : un peintre reconnu.

Peu à peu, son atelier devient un lieu propice aux rencontres. Artistes, disciples, amis et connaissances viennent constater son talent et l’avancée de son oeuvre. Cette effervescence va le mener jusqu’à l’asphyxie et vient mettre en péril ses talents artistiques…

Dans la seconde nouvelle, le lecteur est plongé dans une mission au coeur du Brésil. Un ingénieur français est confronté aux pouvoirs mystiques. Il va se lier d’amitié avec à l’un des habitants du village et sera le témoin de transes ancestrales.

Deux nouvelles aux univers bien distincts mais toutes les deux menées par une écriture incroyable. Camus nous enchante à nouveau dans ses deux courts récits.

J’avoue avoir été davantage conquise par « Jonas ou l’artiste au travail » qui révèle avec justesse le milieu artistique et donne à réfléchir sur la place des artistes dans notre société. Même si je préfère largement ses romans, j’ai aimé cette douce pause avec Camus.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations : 

« Il était difficile de peindre le monde et les hommes et, en même temps, de vivre avec eux »

« Sa propre foi, pourtant n’était pas sans vertus, puisqu’elle consistait à admettre, de façon obscure qu’il obtiendrait beaucoup sans jamais rien mériter »

Chéri – Colette (1920)

Et si nous évoquions la plume libre et sensuelle de Colette ?

Avec ce court roman, Colette nous transporte au coeur du milieu bourgeois des années 20, avec des mets délicats, des verres en cristal, des chambres finement décorées et une atmosphère empreinte de sensualité.

Fred Peloux surnommé « Chéri »  est un jeune homme désabusé au physique parfait. Juvénile, son visage d’ange ravit toutes les femmes. Etonnement, sa maîtresse est une amie de sa mère, Léa de Lonval. Une courtisane bien plus âgée qui a conservé tout son charme.

Restée flamboyante, Léa à la fois mère et amante pour Chéri, entretient cette liaison depuis plusieurs années.

Mais Chéri, promis à une autre femme, doit s’éloigner de sa maîtresse. Cette rupture soudaine sera synonyme de désillusions et de regrets pour les deux amants…

Avec une écriture fine et si libre pour son époque, Colette nous dresse le portrait d’un couple, à la fois follement moderne mais aussi ancré dans les années 20. Ainsi, au-delà de nous interroger sur la différence d’âge qui peut exister entre un homme et une femme, Colette nous renvoie également à notre vision d’une beauté qui s’étiole avec le temps.

Un roman que j’aurai finalement préféré plus long avec des détails supplémentaires s’agissant de la psychologie des personnages.

Toutefois, l’écriture est agréable et j’ai aimé me plonger dans cet univers bourgeois et sensuel si bien retranscrit par Colette.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« L’hommage silencieux des femmes le suivait, les plus candides lui dédiaient cette stupeur passagère qu’elles ne peuvent ni feindre, ni dissimuler. Mais Chéri ne regardait jamais les femmes dans la rue »

« Ces abandons de l’après-midi l’écoeuraient. Jamais son jeune amant ne l’avait surprise défaite, ni le corsage ouvert, ni en pantoufles dans le jour. « Nue, si on veut », disait-elle, « mais pas dépoitraillée » »

Par les routes – Sylvain Prudhomme (2019)

Et si nous voyagions ensemble par les routes ?

Le narrateur, Sacha, a plus de quarante ans, lorsqu’il s’installe pour la première fois à V. Ce village du sud-est de la France a tout d’un havre de paix à proximité de la nature. Il est venu y puiser l’inspiration et semble bien décidé à écrire.

Dès son arrivée, Sacha retrouve, par hasard, un ami de jeunesse : « l’autostoppeur ». Il renoue peu à peu avec cet homme charismatique et épris de liberté. A la différence de Sacha, l’autostoppeur semble avoir construit un foyer stable : il s’est marié et a eu un enfant.

Pour autant, l’autostoppeur n’a jamais cessé d’assouvir son originale passion : faire du stop à travers la France. Ainsi, fréquemment, il prend les routes. Ce n’est pas véritablement la destination qui l’intéresse mais avant tout le voyage. Il rencontre des hommes et femmes différents mais qui ont tous en commun d’avoir un jour accepté de le prendre en stop.

Si l’autostoppeur a toujours pris pour habitude de s’échapper quelques jours afin de sillonner les routes de France. Peu à peu ses voyages vont s’accentuer et s’allonger. Ainsi, son épouse Marie et son fils Agustin attendent inlassablement son retour. Sacha comble le vide laissé par le départ de son ami et se rapproche de Marie et Agustin. L’un reste et l’autre part.

Malgré cette place grandissante prise par Sacha auprès de sa famille, l’autostoppeur poursuit ses errances comme si l’appel de la liberté était plus fort.

J’ai été désarçonnée par le personnage de l’autostoppeur. Comment comprendre ce qui le pousse à s’échapper ? Désir de liberté ou fuite de son quotidien ? Ses motivations restent quelque peu obscurs durant tout le roman.

Néanmoins, j’ai découvert un beau roman rempli de charme. La plume de Sylvain Prudhomme est fluide, douce et nous emporte avec une très grande facilité jusqu’à la dernière ligne.

J’ai aimé l’originalité de ce roman qui finalement nous questionne sur notre rapport à la liberté mais aussi au quotidien. Il nous interroge, plus globalement, sur le sens que chacun veut donner à sa propre vie.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations : 

« Vivre c’est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe, malgré les bonnes et les mauvaises rencontres. C’est réussir à faire tenir ensemble toutes les petites gouttes de vapeur qui font que ce nuage c’est nous, et personne d’autre ».

« J’ai demandé de quoi le livre parlait. Toujours de la même chose. La vie qui passe. Le temps qui s’en va. C’est tout simple, il n’y a jamais rien de spectaculaire. Simplement les hommes et les femmes qui naissent, grandissent, désirent, deviennent adultes, aiment, n’aiment plus, renoncent à leurs rêves, au contraire s’y accrochent, vieillissent. S’en vont peu à peu, remplacés par d’autres »

La part manquante – Christian Bobin (1989)

Et si nous évoquions un récit fragmentaire ?

Je me suis attelée à la lecture d’un livre de Christian Bobin : « la part manquante ». Ce texte d’une grande originalité, au carrefour de la poésie et du recueil de pensées, m’a fait découvrir le travail hors du temps de Christian Bobin.

Il me semble ardu de vous faire un résumé de ce texte tant il est parcellaire. Ce livre nous donne à réfléchir sur les rapports entre la mère et son enfant mais plus largement sur l’amour, l’enfance, le rapport à Dieu, au silence et aux mots.

Composé de onze récits brefs, ce recueil nous questionne sur cette part manquante : le vide laissé pour une mère après le départ d’un enfant, l’amour qui s’éteint, la part de soi qui s’évanouit.

Un récit nébuleux dont j’en suis ressortie presque en lévitation transportée par un style brillant.

J’éprouve des difficultés à retranscrire le contenu de cette lecture qui laisse une véritable impression de parenthèse poétique. Si je suis restée profondément admirative de son écriture, je n’ai pas réussi à être marquée par ses pensées.

Je n’ai pas été pleinement touchée par ce recueil mais je ne peux que saluer la plume de Christian Bobin. Elle m’a donné envie de réaliser une nouvelle tentative afin d’appréhender son oeuvre.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations : 

« Le temps passé dans l’amour n’est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce »

« Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. c’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour »

Isidore et les autres – Camille Bordas (2018)

Et si nous nous autorisions un instant de légèreté avant de clôturer l’année 2019 ?

A onze ans, Isidore grandit entouré d’une fratrie indiscutablement précoce. Ses deux frères sont brillants. Léonard, sociologue planche sur sa thèse, et Jérémie, compositeur de musique surdoué, continue avec une facilité déconcertante son master.

Ses deux grandes soeurs, Bérénice et Aurore, sont comme coupées du monde à l’approche de leurs soutenances de thèses.

Sa plus jeune soeur a, pour sa part, déjà sauté plusieurs classes. Elle envisage d’écrire désormais sa biographie et vise une prestigieuse classe préparatoire parisienne afin de poursuivre ses études.

Face à ses ainés, Isidore pourrait se sentir bien complexité. En effet, il n’est pas doté d’une si grande intelligence mais sa sensibilité et son altruisme remarquables comblent ses lacunes intellectuelles. Ainsi, il est le seul véritablement relié au monde qui l’entoure. Sa famille façonnée par les livres et la doctrine semble bien désarçonnée face aux rapports humains et le consulte régulièrement à ce propos.

Pour parachever ce tableau, Isidore est particulièrement proche de sa mère. Dévouée, elle tente de construire un équilibre familial face à un père tristement absent.

Entre fugues avortées et premières rencontres féminines, Isidore malgré le climat familial élitiste réussit le délicat passage entre son enfance et son adolescence.

Un drame fera basculer le semblant d’équilibre familial et confrontera les membres de cette famille atypique à ses limites. En effet, il n’y a pas de manuel pour comprendre les interactions humaines et se lier les uns aux autres…

Avec une extrême tendresse, nous suivons le parcours d’un jeune garçon, follement attachant. Sa famille, si douée et pourtant si paralysée face à autrui est également pleine de charme.

Un livre qui ne restera pas nécessairement ancré dans mes mémoires. Cependant, j’ai aimé l’humour et la légèreté de cette lecture qui au-delà d’être un agréable moment de détente, nous interroge sur les rapports entre les êtres et les interactions familiales si fondamentales à la construction personnelle.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citation :

« Je veux bien que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, mais, s’ils décident de grandir sans ouvrir un bouquin, rien ne m’oblige à subir leur conversation »

Encre sympathique – Patrick Modiano (2019)

Et si nous plongions dans l’écriture délicieuse de Patrick Modiano ?

Le narrateur n’a guère plus de vingt ans quand il part sur les traces de « Noëlle Lefebvre ».

Une enquête est confiée par l’agence de Hutte à un jeune homme engagé à l’essai : retrouver la trace d’une femme disparue du jour au lendemain.

Les éléments contenus dans la chemise bleu ciel de l’agence sont bien minces : un nom, une photo, une adresse, quelques éléments sibyllins pour tenter de retracer le fil d’une vie.

L’enquête débute dans la loge d’une concierge d’un immeuble du 15ème arrondissement de Paris. La gardienne est laconique et lui précise qu’elle n’a pas revu Noëlle Lefebvre depuis plus d’un mois.

Puis, le narrateur fait un détour par le bureau de la poste restante muni d’une carte servant à retirer le courrier. S’ensuit, la réception d’une lettre qu’il essaye de décrypter.

Au fils du temps, l’affaire l’entraîne à la rencontre d’inconnus qui ont déjà croisé Noëlle Lefebvre dans Paris. Il essaye de dénouer ces tranches de vie entrelacées.

Il fait face à toute la subjectivité des témoignages recueillis. Finalement, ces inconnus qui ont traversé la vie de Noëlle Lefebvre lui délivrent leurs propres récits et il constate, très vite, le manque de fiabilité de ces pistes.

Ainsi, l’enquête semble compromise et la recherche de la disparue vaine.

Pourtant, cette affaire suit le narrateur toute sa vie. Sous forme de brides, des années plus tard, l’image de Noëlle Lefebvre réapparait inlassablement dans sa propre existence…

Avec la plume magistrale de Patrick Modiano, je me suis promenée avec délice dans Paris à la recherche d’une inconnue. En effet, sa vision de Paris est toujours aussi délicate : la loge de la concierge dans le 15ème arrondissement, un hôtel particulier à la façade de brique sous la chaleur caniculaire d’un après-midi du mois de juillet, une impasse menant au théâtre Edouard VII…

J’aime redécouvrir Paris sous son regard.

Avec son style inimitable, il parvient à nouveau à nous emporter avec lui sur les traces d’autres vies et à la recherche de nos propres souvenirs.

Délicieusement toujours conquise.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations : 

« Je ne pouvais m’empêcher de penser à cet homme, dans son bureau aux volets fermés, sous la lumière éblouissante du lustre, le buste raide, la cravate serrée, sans la moindre goutte de sueur au front ».

« L’avenue était déserte, et pourtant je devinais à mes côtés une présence, l’air était plus vif que celui que je respirais d’habitude, le soir et l’été plus phosphorescents. Et cela, je l’éprouvais chaque fois que je m’aventurais sur des chemins de traverse afin de pouvoir ensuite écrire noir sur blanc mon itinéraire, chaque fois que je vivais une autre vie – en marge de ma vie »

« Le présent et le passé se mêlent l’un à l’autre dans une sorte de transparence, et chaque instant que j’ai vécu dans ma jeunesse m’apparaît, détaché de tout, dans un présent éternel ».

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Jean-Paul Dubois (2019)

Et si nous parlions du Goncourt 2019 ?

Edmond et Jules de Goncourt arguaient « Un livre n’est jamais un chef-d’oeuvre : il le devient ».

Le prix Goncourt participe-t-il à la création d’un chef d’oeuvre ? En tout état de cause, il existe une atmosphère toute particulière à cette lecture ayant reçu cette consécration littéraire.

En tout sincérité, je n’aurai sans doute pas acheté ce roman de Jean-Paul Dubois, s’il n’avait pas été auréolé du Prix Goncourt. J’ai ainsi pu découvrir, pour la première fois, son oeuvre.

Paul Hansen est emprisonné depuis deux ans dans une prison provinciale de Montréal pour un crime dont nous ne savons rien.

Il partage sa cellule avec Horton, un autre détenu, incarcéré pour une sombre affaire de meurtre d’un Hells Angel. Passionné de Harley Davidson, le tatouage explicite sur son bras « Life is a bitch and then you die » donne le ton à ce personnage haut en couleur. Pour autant, petit à petit, la part de sensibilité et de tendresse qui se dégage d’Horton est tout simplement bouleversante.

Paul Hansen ne cesse, durant sa détention, de revenir en arrière, dans ses souvenirs. Loin du détenu, nous rencontrons un citoyen canadien presque modèle. Entouré d’un père, pasteur et d’une mère programmatrice dans un cinéma, il grandit dans une famille équilibrée.

Puis, sa profession de « super intendant » dans une résidence principalement composée de personnes âgées semble l’épanouir. Ainsi, il partage son temps entre ses travaux de réparation et ses talents de concierge. Petit à petit, ce métier devient une véritable vocation et sa dévotion pour les résidents grandit jour après jour.

Si son père avait perdu la foi, Paul Hansen a conservé tout son altruisme. Sa rencontre avec Winona, sa compagne, achève de l’épanouir.

Pourtant, un drame fera basculer sa vie allant jusqu’à le priver de sa liberté…

Ces aller retours constants entre sa vie de détention et son passé sont particulièrement troublants. En effet, Paul Hansen est un homme comme les autres et le point de basculement de son existence nous apparaît, bien plus tard.

Un roman particulièrement riche tant par la trame narrative que par la diversité des sujets qu’il expose. Pour ma part, c’est, avant tout, la tendresse des personnages qui m’a particulièrement bouleversée.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Peut-être sont-ils morts  avec ces mots en tête, ces phrases rebondissant dans leurs boîtes crâniennes sous l’effet des chocs successifs, ces scansions accrochées, agrippées à leurs mémoires, tournant en bouche comme un disque rayé »

« Depuis cette journée au bord du lac, elle est devenue une part de ma chair, je la porte en moi, elle vit, pense, bouge dans mon coeur, et sa mort n’y a rien changé ».

« Elle a été cette personne auprès de laquelle j’ai toujours essayé de me tenir droit, dans la neige et les forêts, les étés et les orages ».