Normal People – Sally Rooney (2018)

Et si nous parlions d’une histoire d’amour tortueuse ?

Dans Normal People, Sally Rooney arrive à percevoir, avec un grande acuité, les déchirures et les espérances d’une jeunesse désabusée.

Connell et Marianne partage une grande alchimie. Si leur attirance est indéniable, elle doit rester loin des regards. Au lycée, Connell se refuse à assumer une relation qu’il tisse pourtant avec Marianne jour après jour dans l’ombre. La puissance du regard des autres ne lui permet pas d’être complètement lui-même. Sa réputation au lycée risque d’être ternie par l’insaisissable Marianne. Un an plus tard, lorsqu’ils se retrouvent au Trinity College de Dublin, les rapports de force s’inversent. Marianne s’épanouit alors que Connell ne trouve pas sa place dans le monde universitaire. Jusqu’où cette relation aussi belle que sinueuse les conduira-t-elle ?

Avec un regard vif et profond, Sally Rooney parvient à nous plonger dans les aspirations intimes de ses personnages. Au-delà d’une histoire d’amour, elle arrive à décrire les fêlures qui traversent Connel et Marianne. Ayant adoré la série télévisée je manque sans doute d’objectivité mais j’ai aimé me plonger dans cette atmosphère sophistiquée et complexe.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Les conditions idéales – Mokhtar Amoudi (2023)

Et si nous évoquions une enfance brisée ?

Skander est un enfant de l’Aide sociale à l’enfance. Abandonné par une mère dysfonctionnelle qui doit faire face à ses démons, Skander n’a jamais connu son père. Très jeune, il est placé en famille d’accueil.

A huit ans, Skander voit sa vie à nouveau basculer et va devoir changer de famille. Il déménage à Courseine, en banlieue parisienne et rencontre Madame Khadija. Si ce nouveau repère maternel a choisi la garde des enfants pour répondre à ses besoins d’argent, une relation particulière se tisse entre eux au fil des années.

Passionné par les études et amoureux des dictionnaires, Skander va peu à peu s’acclimater au monde extérieur et côtoyer les jeunes du quartier. Skander arrivera-t-il à maitriser son avenir ou glissera-t-il inexorablement vers la délinquance ?

Dans ce premier roman tendre, Mokhtar Amoudi met en exergue les déterminismes sociaux et les stéréotypes lancinants qui planent dans notre société. Avec un personnage particulièrement attachant et une connotation autobiographique, Mokhtar Amoudi revient sur une enfance chaotique tout en nous livrant un message d’espérance.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Je ne pensais pas à l’argent, j’étais content. On n’en aura jamais assez de toute façon. C’est comme l’amour. Il faut s’y faire ».

« On a été abandonné une fois, on se dit que ça ne pourra plus arriver, que jamais on ne se permettra de vous la refaire. Mais un adulte, c’est capable de tout »

L’invention de la solitude – Paul Auster (1982)

Et si nous évoquions l’absence avec Paul Auster ?

Dans ce livre fondateur, Paul Auster essaye de comprendre son héritage.

Dans la première partie de l’ouvrage « Portrait d’un homme invisible« , Paul Auster part sur les traces de son père. Suite à son décès soudain, il tente de mieux comprendre cet homme qui est demeuré toute sa vie absent. Comment faire le deuil d’un homme qui n’a jamais véritablement intégré son existence ? Paul Auster essaye de décrypter son père. Il tente de se remémorer sa gestuelle, ses habitudes, son étrangeté et sa manière d’aborder l’existence. Paul Auster n’a jamais véritablement réussi à comprendre son père. Face à ce deuil, il tente de renouer avec son enfance mais également de mieux comprendre son héritage familial. Parviendra-t-il à mettre des mots sur les drames familiaux invisibles ?

Dans la seconde partie « Le livre de la mémoire », Paul Auster nous propose une narration plus atypique. A travers le personnage de « A », il partage ses réflexions philosophiques sur l’impact de notre mémoire et de nos souvenirs. A nouveau, il interroge la filiation dans ce court récit dans un style plus décousu.

J’ai aimé la première partie de cet ouvrage qui nous propose un récit intime et poignant sur sa relation avec son père. J’ai trouvé la seconde partie plus complexe et déroutante et je n’ai malheureusement pas réussi à adhérer à cette narration particulière.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« De son vivant déjà, il était absent, et ses proches avaient appris depuis longtemps à accepter cette absence, à y avoir une manifestation fondamentale de son être » 

« Si inutiles que paraissent ces mots, ils m’ont néanmoins protégé d’un silence qui continue de me terrifier. Quand j’entrerai dans ce silence, cela signifiera que mon père a disparu pour toujours »

« Il est impossible, je m’en rends compte, de pénétrer la solitude d’autrui.
Si nous arrivons jamais, si peu que ce soit, à connaitre un de nos semblables, c’est seulement dans la mesure où il est disposé à se laisser découvrir ».

Etre mère – Julia Kerninon (2024)

Et si nous écoutions des voix féminines ?

Dans ce recueil initié par Julia Kerninon, sept autrices vont évoquer leurs parcours autour de la maternité.

Des témoignages intimes où se mêlent peur, angoisse, joie, culpabilité ou incertitude. Les thèmes abordés sont vastes de l’accouchement, aux représentations autour de l’allaitement, à la dualité de la femme devenue mère ou encore à son rapport au corps et la crainte éprouvée pour l’avenir de ses enfants. La diversité des témoignages est frappante et chaque autrice va aborder cette thématique avec son propre vécu.

Admirative de l’oeuvre de Julia Kerninon, j’ai aimé son initiative et cette parole libérée des femmes. Cette mise a nu permet de lever le voile sur les tabous qui planent toujours autour de la maternité. Un agréable moment de lecture que je vous recommande.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Avoir des enfants nous fait peur et nous rend fortes, nous égare et nous retrouve, nous empêche et nous autorise, nous pèse et nous grise, ne nous apprend rien sinon que tout restera toujours à apprendre »

« Nos peurs, nos réflexions, nos déchirures ont droit de cité au sein des livres. Nous ne sommes peut-être que la moitié de l’humanité, mais nous l’avons créée tout entière »

Pierre et Jean – Guy de Maupassant (1888)

Et si nous évoquions une rivalité entre deux frères ?

Dans ce court récit, Guy de Maupassant dévoile une intrigue limpide en mélangeant roman naturaliste et psychologique.

Pierre et Jean Roland, deux frères à la physionomie et aux caractères opposés, ont grandi en cultivant une certaine rivalité. L’un embrasse une carrière de médecin tandis que l’autre se destine à la profession d’avocat. Lorsqu’un notaire s’invite dans la demeure des Rolands et que Jean, le cadet, hérite intégralement d’un ami de ses parents, le fragile équilibre familial vacille.

Face à cette succession soudaine, Pierre se sent lésé et les doutes jaillissent. Cet héritage révélerait-il un secret de famille ?

J’ai beaucoup aimé ce récit qui aborde une dynamique familiale avec beaucoup de modernité. Avec une écriture terriblement maîtrisée, Guy de Maupassant nous décrit avec finesse les émotions de ses personnages et la beauté des paysages normands. Je vous recommande ce très joli moment de littérature.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il portait en lui un petit point douloureux, une de ces presque insensibles meurtrissures dont on ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent, irritent, une souffrance inconnue et légère, quelque chose comme une graine de chagrin »

« Elle avait été jeune, avec toutes les défaillances poétiques qui troublent le coeur des jeunes êtres! Enfermée, emprisonnée dans une boutique à côté d’un mari vulgaire et parlant toujours commerce, elle avait rêvée de clair de lune, de voyages, de baisers donnés dans l’ombre des soirs. Et puis un homme, un jour, était entré comme entrent les amoureux dans les livres, et il avait parlé comme eux. »

J’emporterai le feu – Leïla Slimani (2024)

Et si nous dévorions une saga familiale ?

Avec « J’emporterai le feu » le dernier volet de la trilogie « le Pays des autres », Leïla Slimani achève un cycle brillant où s’entrecroise l’intime et le politique.

Nées de l’union entre Aïcha et Medhi, Mia et Inès ont grandi au Maroc dans une famille avec des idéaux résolument modernes. En tant que président d’une grande banque, Medhi rêve d’un pays prospère tourné vers le monde. Pourtant, le couple doit s’adapter à la réalité d’un Maroc contrasté.

Entre héritage traditionnel et modernité, Mia et Inès essayent de découvrir la voie de leur propre émancipation. Parviendront-elles à trouver la liberté ?

Ce dernier roman clôture parfaitement ce cycle qui explore avec talent la question de l’identité et des origines. Envoutée par des personnages brillamment construits, j’ai été à nouveau subjuguée par l’oeuvre de Leïla Slimani.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Mehdi avait beau répéter à ses filles qu’il ne fallait pas être esclave de l’opinion des autres, que seul comptait ce que l’on était vraiment, à l’intérieur, il savait que c’étaient des foutaises. Nous n’étions jamais rien d’autre que ce que les autres percevaient, ce que nous leur donnions à voir. Les secrets du cœur, les qualités cachées de l’âme, les bonnes intentions, tout ça ne comptait pas dans le vrai monde. »

« Allume un grand incendie et emporte le feu »

La mer est un mur – Marin Postel (2024)

Et si nous vivions sur une île ?

Loin du tumulte parisien, une famille retrouve sur des périodes estivales, le calme de ses origines dans une île de la Manche située à vingt kilomètres du continent. Sur ce bout de terre coupé du monde, les saisonniers, les propriétaires des maisons blanches et les pêcheurs se croisent.

Certains habitants vivent à demeure tandis que les propriétaires terriens ont choisi d’y séjourner pour de courtes périodes. S’ils ont en commun une passion pour la beauté des paysages et la splendeur de la mer, leur horizon reste différent. Ceux qui n’ont jamais quitté l’île perçoivent rapidement les limites de la mer dans une vie quotidienne spartiate entre la caserne et leur bateau de pêche.

Antoine, le fils d’une famille de propriétaires, est hypnotisé par la vie des locaux et va peu à peu se rapprocher des habitants de la caserne. Jusqu’où son attraction pour l’île le conduira-t-il ?

Dans ce premier roman, Marin Postel nous emporte avec beaucoup de mélancolie face aux embruns à l’assaut de cette île imaginaire. J’ai aimé naviguer dans ce roman délicat entre les séparations douloureuses, les amertumes et l’émancipation tant salvatrice que douloureuse d’un jeune homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Alors mon père avait eu la même tête que ces baigneurs sur la plage, en fin de journée, quand le soleil subitement se retire : un frisson léger, une angoisse passagère, cette sensation étrange qu’un bout de leur bonheur s’achève, que la vie peut leur échapper ».

« Et c’est peut-être avec l’un de ces sourires narquois, l’une de ces plaisanteries faciles partagées autour d’un verre pris légèrement trop tôt, qu’un jour Antoine a décrété que sa place était ici. Il a cru, lui aussi, qu’il était fait d’un meilleur bois »

Libre Ida – Christian Boghos (2024)

Et si nous entendions le cri d’une révolte ?

Dans ce roman, Christian Boghos nous propose de suivre l’engagement d’une femme en quête de liberté.

Face à la montée du fascisme en Italie et à l’influence de Mussolini, Ida a décidé de s’éveiller. Elle choisit de faire face à la violence des chemises noires et s’engage dans la résistance. Si ses premiers pas dans le mouvement sont timides, son influence grandit peu à peu et elle devient un véritable relai pour permettre au parti communiste de consolider son influence en Sicile.

Tapie dans l’ombre, elle va multiplier les actions. Au coeur de la résistance, elle perçoit aussi qu’elle est une femme soumise à l’influence écrasante et à la violence des hommes. Au-delà d’une révolte politique pourra-t-elle gagner sa liberté ?

Si j’ai beaucoup aimé la thématique et le versant politique de ce roman, je n’ai pas été transportée par la trame narrative. Si ce roman propose une ode à la liberté féminine, il a pour ma part manqué de relief.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Quand un pays s’enfonce dans une folie que peut-on faire chacun à sa place ? Agir sur son cercle proche, relier, sauver, aider en espérant que les autres feront de même ».

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig (1927)

Et si nous nous laissions enivrer par une passion ?

Une femme âgée et distinguée décide de confier à une jeune homme le récit de l’épisode le plus fugitif et le plus marquant de son existence. Avec appréhension, elle confesse les vingt-quatre heures qui ont bouleversé sa vie.

Des années plus tôt après le décès de son mari, cette anglaise a rencontré un jeune homme au casino de Monte-Carlo. Littéralement fascinée par les mains de cet homme consumé par le jeu, elle est hypnotisée par l’urgence et la passion qui se dégagent de sa gestuelle. Elle décèle rapidement la détresse qui irradie du jeune homme et décide de lui porter secours. Pourtant son devoir est emprunt d’une attraction sensuelle indéniable, jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour le sauver ?

Dans cette nouvelle aux ressorts psychologiques brillants, Stefan Zweig nous propose une immersion dans l’esprit d’une femme foudroyée par la passion. La fièvre amoureuse et l’addiction aux jeux s’entrecroisent dans un ballet lancinant et envoûtant. Dans ce court récit Stefan Zweig est tout simplement au sommet de son art !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« …mais le sentiment d’une femme sait tout, sans paroles et sans conscience précise. Car…maintenant je ne m’abuse plus…, si cet homme m’avait alors saisie, s’il m’avait demandé de le suivre, je serais allée avec lui jusqu’au bout du monde ; j’aurais déshonoré mon nom et celui de mes enfants… »

« Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé »

Récitatif – Toni Morrison (1983)

Et si nous lisions une énigme de Toni Morrison ?

Dans cette nouvelle, Toni Morrison nous propose une réflexion brillante autour de l’identité.

Lorsqu’elles se rencontrent, Twyla et Roberta ont à peine huit ans. Elles ont été recueillies et vivent dans un orphelinat. Si l’une est blanche et l’autre noire, elles partagent toutes les deux un même destin tragique. Durant leur séjour, elles vont se lier d’amitié et devenir inséparables.

Lorsqu’elles quittent le foyer, elles vont prendre des chemins différents. Pourtant au fil des années, Twyla et Roberta vont se recroiser à plusieurs reprises. Elles constatent alors le chemin parcouru et se remémorent cette enfance partagée. Ces rencontres feront-elles surgir des souvenirs enfouis ?

Avec un style brillant, Toni Morrison nous interroge sur nos préjugés et notre vision du monde. Avec espièglerie, elle piège son lecteur qui ne parviendra jamais véritablement à discerner l’identité de Twyla et Roberta et leur couleur de peau respective. Avec une postface passionnante de Zadie Smith qui permet d’éclairer ce texte, j’ai été conquise par cette nouvelle au style ciselé et corrosif.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Difficile de quitter un terrain de souffrance pour « passer à autre chose » si cette souffrance n’est pas reconnue ni décrite ».

« On ne s’aimait pas tant que ça, au début, mais personne d’autre ne voulait jouer avec nous parce qu’on n’était pas de vraies orphelines avec des parents beaux, morts et au ciel. Nous, on avait été abandonnées. Même les Portoricains de New York et les Indiens du Nord nous ignoraient ».