L’alchimiste – Paulo Coelho (1988)

Et si nous acceptions notre destin ?

Dans ce conte philosophique, Paulo Coelho nous transporte dans une quête initiatique et spirituelle.

Jeune berger, Santiago a choisi une vie sans entrave où il guide chaque jour ses moutons à travers l’Espagne. Lorsqu’il rêve d’un trésor, Santiago décide de consulter une gitane qui lui confirme qu’une aventure l’attend en Egypte.

Avant de se décider pour cette expédition, il rencontre un homme qui se dit roi et lui conseille de poursuivre ses rêves et de suivre « sa légende personnelle ». Convaincu, il décide de vendre tous ses biens. Il se sépare de ses moutons et part pour l’Egypte. Lors de son périple, il rencontrera un mystérieux et fascinant alchimiste. Jusqu’où ce voyage le conduira-t-il ?

Si j’ai aimé l’originalité de ce texte qui invite à une véritable rêverie, j’ai trouvé parfois qu’il était ponctué de certains clichés et de disgressions qui ne m’ont pas convaincue. Je n’ai pas véritablement décélé la portée philosophique de ce conte, qui a manqué, pour moi, de profondeur. J’ai cependant passé un agréable moment avec Santiago.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

« La peur de la souffrance est bien pire que la souffrance elle-même… »

« En général, la mort fait que l’on devient plus attentif à la vie ».

« La trahison, c’est le coup auquel tu ne t’attends pas. Si tu connais bien ton cœur, il n’arrivera jamais à te surprendre ainsi. Car tu connaîtras ses rêves et ses désirs, et tu sauras en tenir compte. Personne ne peut fuir son cœur. C’est pourquoi il vaut mieux écouter ce qu’il dit. Pour que ne vienne jamais te frapper un coup auquel tu ne t’attendrais pas ».

« Nous, les coeurs, mourons de peur à la seule pensée d’amours enfuis à jamais, d’instants qui auraient pu être merveilleux et qui ne l’ont pas été, de trésors qui auraient pu être découverts et qui sont restés pour toujours enfouis dans le sable ».

L’habit ne fait pas le moine – Philip Roth (1959)

Et nous mettions fin aux apparences ?

Dans ces deux nouvelles, avec son style acerbe et truculent, Philip Roth dévoile les ressorts de relations fondées sur la dissimulation.

En 1945, le sergent Marx est affecté dans une section après ses exploits sur le front européen. Alors qu’il a du mal à asseoir son autorité, un jeune soldat l’approche et essaie de tisser une relation de promiscuité avec lui, du fait de leur religion commune. Jusqu’où cette relation ambivalente le conduira-t-il ?

Dans la seconde nouvelle, un jeune garçon nous raconte ses rapports tumultueux avec deux camarades de classe d’origine italienne. Malgré un attachement naturel, une certaine animosité plane dans leur relation. Comment parviendra-t-il à s’émanciper grâce à cette amitié naissante ?

Dans ces courts récits, Philip Roth nous interroge sur la fiabilité de l’être humain et sur les ressorts de la manipulation. Avec un regard humoristique et intelligent, Philip Roth continue de nous enrichir sur notre vision de la société américaine et notre conception de la justice. S’il ne s’agit pas de mon oeuvre préférée de Philip Roth, j’ai cependant apprécié de retrouver son univers.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Résister à la culpabilisation – Mona Chollet (2024)

Et si nous arrêtions de culpabiliser ?

Dans un style précis et documenté, Mona Chollet propose de lever le voile sur les mécanismes qui régissent notre rapport à la culpabilité.

Cette prédisposition à percevoir notre vie sous le poids de la culpabilité remonterait au péché originel. A travers un travail rigoureux, elle dévoile comment cette voix tonitruante s’étend dans nos sphères intimes, de notre éducation à notre rapport à la maternité. Elle observe également comment le culte de la performance s’immisce dans le milieu professionnel. En usant de multiples leviers de nos vies quotidiennes, elle parvient à percevoir les normes qui régissent notre société. Comment parvenir à s’en affranchir ?

Mona Chollet essaie de comprendre la voix de notre ennemi intérieur et dévoile des pistes de réflexion pour s’en libérer. J’apprécie beaucoup les essais de Mona Chollet. S’il ne s’agit pas de mon ouvrage préféré, il demeure très pertinent et donne à nouveau à réfléchir.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Ce climat général de dureté envers soi et envers les autres amène souvent les salariés à refuser un arrêt maladie ou à très mal le vivre quand elles sont forcées de l’accepter ».

« Je n’en ferai jamais assez pour que la voix dans ma tête soit satisfaite ».

« On peut avoir honte de continuer à être heureuse ou heureux, ou à désirer l’être. Or, tant que notre bonheur ne fait de tort à personne, cette honte est injustifiée. L’impression d’obscénité qu’on en retire est une illusion produite par la culture de la culpabilité ».

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal (2013)

Et si nous interrogions notre rapport à la mort ?

Dans ce texte bouleversant, Maylis de Kerangal nous propose une course entre la vie et la mort.

Simon, un jeune surfeur vivant près du Havre, aime avec ses amis se mesurer à la puissance des vagues. Confronté à l’immensité de l’eau froide, il prend pleinement conscience de sa vitalité. Après une session de surf alors qu’il reprend la route, sa vie bascule. Victime d’un accident de la circulation, le verdict des médecins est implacable : Simon est en mort cérébrale.

Bien qu’il soit déclaré mort, ses organes continuent de fonctionner et les médecins envisagent rapidement la possibilité de don d’organes. Ses parents sont heurtés de plein fouet par ce drame et devront prendre une décision inimaginable. En vingt-quatre heures, la vie pourra-t-elle déferler à nouveau ?

Au-delà du récit d’une transplantation cardiaque, Maylis de Kerangal nous propose une oeuvre épidermique oscillant entre la réalité du milieu hospitalier et l’intimité des familles. Avec un style particulier, ce roman empreint d’émotion m’a profondément marquée. Une claque littéraire que je vous recommande vivement !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Que deviendra l’amour de Juliette une fois que le cœur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d’enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ?

« Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s’avançait la vague ? »

« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps« 

Mauprat – George Sand (1837)

Et si l’amour pouvait combattre la violence ?

Enfant sauvage, Bernard a été recueilli par les Mauprat après le décès de ses parents. Ses oncles sont cruels, rustres et dénués de morale. Bernard a été élevé dans la violence par cette branche de la famille.

Il rencontre sa cousine Edmée, qui s’est perdue et a trouvé refuge au château de la Roche-Mauprat. Terrorisée par la brutalité de cette famille de bandits, elle espère trouver en Bernard un peu d’humanité et s’enfuir. Sous l’influence de ses oncles, Bernard pensait user de la force pour la conquérir. Mais face à la beauté et à la grâce d’Edmée, Bernard entrevoit un élan amoureux qu’il n’a jamais connu. Bernard décide de l’aider à fuir, mais entre eux une promesse est scellée… Jusqu’où ce pacte les conduira-t-il ?

Ce roman d’apprentissage nous propose de suivre l’évolution d’un homme aux instincts violents soumis à l’influence salvatrice d’une femme. Aux confins de tous les genres, ce roman à l’atmosphère romantique mêle le gothique, le récit d’aventures et une dimension sociale. Portée par une plume élégante et par l’influence de Jean-Jacques Rousseau, cette œuvre entremêle un amour patient et la force de l’éducation. Ce roman est très intéressant, même s’il présente quelques longueurs.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« A mesure que tu as grandi à mes yeux, j’ai senti que je pouvais attendre, parce que j’avais à t’aimer longtemps, et que je ne craignais pas de voir évanouir ma passion avant de l’avoir satisfaite, comme font les passions dans les âmes faibles« 

« Sachez donc distinguer l’amour du désir ; le désir veut détruire les obstacles qui l’attirent, et il meurt sur les débris d’une vertu vaincue ; l’amour veut vivre, et pour cela il veut voir l’objet de son culte longtemps défendu par cette muraille de diamant dont la force et l’éclat font la valeur de la beauté ».

In carna – Fragments de grossesse – Caroline Hinault (2022)

Et si nous parlions d’un corps en pleine mutation ?

Dans ce récit, résolument féministe, Caroline Hinault dévoile son parcours intime et engagé autour de sa grossesse.

Du ventre vide au ventre plein, Caroline Hinault évoque avec un ton bouleversant et une vérité implacable, son expérience de la maternité.

Elle aborde tout d’abord ses aspirations à devenir mère, cette attente interminable et ce ventre qui reste creux. Puis cette incarnation, la mutation de son corps et de son esprit avec ce ventre devenu plein. Au-delà de l’intimité de son corps, cette grossesse se heurte à toute une société.

A travers son expérience personnelle, Caroline Hinault évoque cette appropriation du corps et révèle toutes les problématiques inégalitaires et sociétales. Ce récit percutant lève le voile sur des mécanismes ancrés et des injonctions contradictoires. Entre essai et journal intime, je vous recommande cette oeuvre passionnante qui ouvre de véritables pistes de réflexions autour de la maternité.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Seul le renoncement, mais parfois forcé, à la maternité permettait pour les femmes d’espérer une égalité de statut social et artistique. On n’a jamais demandé de tel renoncement aux hommes artistes ».

« Une chose la frappe dans cette peinture : Marie n’a pas son habituel visage empreint de générosité et de douceur mais baisse les yeux, le visage plutôt fermé. Certains commentateurs voient dans cette impassibilité un peu rêche la volonté du peintre de se démarquer de la tradition, en lui donnant davantage l’allure d’une paysanne. Mais Elle qui se trouve également en fin de grossesse, Elle devine. Marie est juste complètement crevée et, Christ ou pas Christ, exténuée par tant d’encombrements ».

Sido – Les vrilles de la vigne – Colette (1929)

Et si nous nous imprégnions des confidences de Colette ?

Dans cet ouvrage, Colette dresse tout d’abord le portrait de sa mère, Sido. Une femme proche de la nature qu’elle a toujours admiré. A travers des scènes de son enfance, elle partage également ses souvenirs avec son père et ses frères et soeur. L’évocation des paysages où elle a grandi nous permet de mieux comprendre son passé et ses relations familiales.

Dans la seconde partie de l’ouvrage « Les vrilles de la vigne », Colette partage de courts extraits où elle décrit la nature et sa conception de l’amour. Dans ces textes, elle témoigne également de sa profonde tendresse pour les animaux.

Un livre délicat et sensible qui révèle toute l’intimité de Colette. Si j’ai admiré la prose sensuelle et poétique de Colette, je n’ai pas réussi à être captivée par ces deux récits qui n’ont pas suscité pour ma part une grande émotion. Si sa plume demeure remarquable, il ne s’agit pas de mon livre préféré de l’autrice.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Ma mère, Sido, savait mieux que tout autre comment se faire oublier pour mieux nous entourer de sa présence. »

« L’amour est une vigne, et les vrilles de l’amour s’enroulent autour du cœur, serrent et tordent. Mais si on ne les laisse pas grandir, elles étouffent ».

Ressac – Diglee (2021)

Et si nous évoquions une retraite inspirante ?

Dans ce court récit autobiographique, Diglee nous partage avec beaucoup de finesse et de grâce sa retraite spirituelle.

En février 2020, Maureen Wingrove choisit de séjourner dans une abbaye reculée en Bretagne afin de se couper du monde et des réseaux sociaux, un confinement choisi avant celui qui lui sera imposé quelques mois plus tard.

Face aux embruns et à la nature, elle cherche à se retrouver et souhaite dédier son temps à la lecture, à l’écriture et aux dessins. Ce séjour est l’occasion d’une prise de recul face à la maladie de son beau-père et aux ombres familiales et personnelles qui planent sur sa vie. Ce temps de repli sera aussi propice à des rencontres féminines qui vont lui permettre de nourrir sa réflexion.

A l’image d’une chambre à soi, Maureen Wingrove s’isole pour mieux se réinventer. J’ai beaucoup aimé ce récit sensible qui propose une introspection salvatrice.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Entre ces murs, nourrie de mots, de peinture et de silence, je me sens abreuvée. L’eau coule de nouveau. Je réalise que rien ne manque à mon couple, c’est à moi qu’il manque des accroches pour apaiser ma soif ».

« Je partirai pour faire parler les mots et faire taire mes maux ».

« La beauté est à vivre avant tout. C’est si banal et en même temps si terrible, un soleil qui se couche. C’est un adieu aux yeux de tous, une théâtrale disparition ».

La mémoire délavée – Nathacha Appanah (2023)

Et si nous témoignions de nos origines ?

Dans ce court récit, avec beaucoup d’émotion et de pudeur, Nathacha Appanah retrace le parcours de ses ancêtres. Elle raconte comment son trisaïeul est arrivé à l’île Maurice et a connu une vie d’asservissement sur les plantations sucrières coloniales.

En 1872, il quitte l’Inde et part dans un voyage lointain et dangereux vers l’Ile Maurice. A son arrivée avec sa femme et son fils, il rêve d’un avenir prospère mais connaîtra la servitude. D’une génération à l’autre, la famille de Nathacha Appanah a vécu sur l’île. Parviendront-ils à s’y intégrer ?

Dans ce livre intime et émouvant, Nathacha Appanah amorce un travail d’une grande sensibilité autour de la mémoire familiale. Ce récit est aussi l’occasion de rendre un véritable hommage à ses grands-parents. Ponctuée de photographies, cette oeuvre lumineuse fait monter les larmes…

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La déshumanisation immédiate que provoque l’attribution d’un numéro à un être humain ne m’échappe pas. C’est un couperet qui marque l’avant et l’après; c’est une marque au fer rouge qu’on applique, brûlante et grésillante »

« Tant qu’il y aura des mers, tant qu’il y aura la misère, tant qu’il y aura des dominants et des dominés, j’ai l’impression qu’il y aura toujours des bateaux pour transporter les hommes qui rêvent d’un horizon meilleur ».

Le passage de la nuit – Haruki Murakami (2004)

Et si nous choisissions le songe ?

Dans ce court récit hypnotiquela nuit mystérieuse révèle ses secrets.

Assise dans un restaurant en plein cœur de Tokyo, Marie est plongée dans un livre. Elle laisse les heures s’égrener et attend l’aube. Pendant ce temps,sa soeur Eli est plongée dans un profond sommeil.
Marie pensait que la nuit serait paisible et solitaire mais elle va multiplier les rencontres insolites. Elle revoit tout d’abord un étudiant et ami de sa sœur, qui répète toute la nuit dans une cave avec des musiciens. Il l’aborde et engage une longue conversation avec elle. Une femme va également venir interrompre sa lecture et lui demander de l’aide pour porter secours à une prostituée blessée. Jusqu’où cette nuit blanche la conduira-t-elle ?

Dans ce récit énigmatique où l’imaginaire a toute sa place, Haruki Murakami nous propose de garder l’oeil ouvert et de percer les mystères d’une nuit singulière. J’ai aimé l’ambiance onirique de ce texte qui demeure suspendu et laisse place à une rêverie nimbée de mystères.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Tu sais, nos vies ne sont pas découpées simplement en « sombre » et « lumineux « . Il y a une zone intermédiaire qui s’appelle « clair-obscur « . La saine intelligence consiste à en distinguer les nuances, à les comprendre. Et, pour acquérir cette saine intelligence, il faut pas mal de temps et d’efforts ».