L’arabe du futur, tome 2 Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985) – Riad Sattouf (2015)

Et si nous voyagions au Moyen-Orient avec Riad Sattouf ?

Dans ce second volume de l’arabe du futur, nous continuons à parcourir l’enfance de Riad Sattouf en plein cœur du Moyen Orient.

Nous retrouvons Riad pour sa première année d’école en Syrie. Malgré ses cheveux blonds et ses origines bretonnes, Riad fait tout pour s’intégrer. Dès les premiers jours, il parvient à nouer des relations amicales qui l’aident à faire face aux conditions d’enseignement. En effet, son institutrice use de brimades d’une particulière violence. Malgré tout, Riad réussit progressivement à s’accoutumer aux journées d’école rythmées par l’apprentissage de l’hymne national et du coran.

Son père croit en un avenir florissant dans ce petit village de Ter Maaleh, près de Homs. Il a d’ailleurs pour projet la construction d’une grande villa pour asseoir la position familiale dans la région. Sa mère ne parvient pas à s’acclimater à sa nouvelle vie et se désespère de leurs conditions d’existence. Comment Riad et sa famille vont-ils réussir à s’intégrer pleinement en Syrie ?

Riad Sattouf nous offre avec ce deuxième volume une nouvelle leçon d’humanité. Il parvient, avec tendresse, à nous transmettre des messages forts sur le contexte politique de l’époque et sur les conditions de vie en Syrie. Je continuerai à m’atteler à la découverte de la destinée de Riad.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Mrs Dalloway – Virginia Woolf (1925)

Et si nous parlions du classique de la littérature anglaise ?

Roman psychologique par excellence, tout en intériorité, Mrs Dalloway dresse le portrait d’une femme de son époque.

Clarissa est devenue Mrs Dalloway en épousant Richard, un homme qui en impose par sa réussite. Si peu de complicité apparaît entre eux, ils semblent avoir trouvé un intérêt mutuel à ce mariage. Issue de la haute bourgeoisie anglaise, Mrs Dalloway éblouit par son charisme et ses manières aristocratiques. Derrière ces apparences, qui est véritablement Clarissa ? Elle va renouer avec Peter Walsh, son amour de jeunesse et Sally, une grande amie qui représentent d’autres facettes de sa personnalité. A leurs contacts, elle redevient une femme libre qui a soif d’indépendance.

En toile de fond, nous comprenons aussi les zones d’ombres de Clarissa à travers le personnage de Septimus, un rescapé de la guerre qui plonge peu à peu dans la folie. Se cache aussi dans l’ombre de cette oeuvre, une autre femme, Virginia Woolf.

Les portraits multiples de Mrs Dalloway nous permettent d’appréhender toute la complexité de ce personnage. Au-delà d’un portrait de femme remarquable, ce texte porte une critique virulente sur la violence de la guerre et la domination masculine. Imprégné par la grâce, ce classique ardu et sensoriel doit être conservé dans sa bibliothèque.

Merci aux éditions folio pour l’envoi de cette magnifique édition.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« C’était l’heure, entre six et sept, où chaque fleur s’embrase — les roses, les œillets, les iris, les lilas ; blanche, violette, rouge, orange profond ; chaque fleur semble brûler de son propre feu, douce et pure, dans les plates-bandes embrumées ».

« Étonnant, incroyable ; elle n’avait jamais été aussi heureuse. Rien ne pouvait être assez lent ; rien ne pouvait durer trop longtemps. Il n’y avait pas de plus grand plaisir, pensa-t-elle en redressant les chaises, en repoussant un livre sur l’étagère, que d’en avoir fini avec les triomphes de la jeunesse, après s’être perdue à force de vivre, que de trouver le bonheur, dans un choc délicieux, quand le soleil se levait, quand le jour finissait »

« Malgré tout, qu’à un jour succède un autre jour; mercredi, jeudi, vendredi, samedi. Qu’on se réveille le matin; qu’on voie le ciel; qu’on se promène dans le parc; qu’on rencontre Hugh Whitbread; puis que soudain débarque Peter; puis ces roses; cela suffisait. Après cela, la mort était inconcevable…l’idée que cela doive finir; et personne au monde ne saurait comme elle avait aimé tout cela; comment, à chaque instant… »

La femme de Gilles – Madeleine Bourdouxhe (1937)

Et si évoquions la destinée d’une femme meurtrie ?

Femme de l’ombre ensevelie sous le regard de son mari, Elisa est la « femme de Gilles ». Elle se dévoue corps et à âme à l’amour qu’elle porte à son époux.

Femme et mère, Elisa attend un troisième enfant. Ses enfants sont le reflet de Gilles et de leur amour. Elle partage avec lui une vie paisible et une tendresse réconfortante. Quand le désir de Gilles implacable se tourne vers Victorine, la soeur d’Elisa, ce rapprochement semble inconcevable. Pourtant, Gilles se laisse consumer par cette passion dévorante. Face à sa jalousie, Elisa fait le choix de souffrir en silence et continue à se consacrer à son mari. Jusqu’où ce dévouement inconditionnel la conduira-t-elle ?

Madeleine Bourdouxhe dans un roman fluide et d’une simplicité implacable, nous raconte l’abnégation totale d’une femme. J’ai beaucoup apprécié ce texte qui dresse une réflexion pudique sur la condition de la femme.

Note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Alors femme toute pétrie d’une chair d’épouse ? Femme prédestinée à la création et au maintien d’un foyer ? Inquiète et engourdie de froid, réfugiée dans ton berceau de verdure, petite masse d’ombre un peu plus sombre dans l’ombre qui t’entoure, créature entre les autres créatures, faite de la même chair inquiète et douloureuse, comme elles épaulée par la vie, pourquoi aurais-tu été faite pour te réaliser selon des données uniques ? »

« Tu es seule devant la plus grande douleur de ta vie. La souffrance l’enlisait en vagues successives et toujours plus lourdes.Elle sentit que bientôt elle allait s’abandonner et tout compromettre »

« Et elle fit comme s’il n’y avait rien eu de lourd dans son coeur, hormis cette joie douloureuse et épuisante que tout amour comporte »

Les armoires vides – Annie Ernaux (1974)

Et si nous évoquions une honte enfouie ?

Dans un récit sans concession Annie Ernaux évoque son enfance et son mépris croissant vis-à-vis de ses parents.

Issu d’un milieu modeste, Annie Ernaux a grandi dans le café-épicerie de ses parents à Yvetot en Normandie. Elle a côtoyé les effluves d’alcool, entrecoupées de mots d’argots et de manières rustres. L’ascension sociale et culturelle elle la découvre par l’école. Chaque année, ses réussites scolaires l’éloignent de ses parents et lui font prendre conscience de la réalité du milieu dont elle est issue.

A travers une écriture impulsive et nerveuse, Annie Ernaux livre un portrait dérangeant de ses parents. Par les mots, elle tente de s’affranchir de la honte qu’elle porte en elle.

Avec une écriture acerbe et tranchante, Annie Ernaux évoque une déchirure sociale. Si j’ai été moins emportée que par les autres oeuvres d’Annie Ernaux, ce premier récit d’une vérité criante et parfois cruelle ne peut laisser indifférent.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« On ne parle jamais de ça, de la honte, des humiliations, on les oublie pas les phrases perfides en plein dans la gueule, surtout quand on est gosse ».

« Quand ai-je eu la trouille folle de leur ressembler, à mes parents ? »

Sonietchka – Ludmila Oulitskaïa (1992)

Et si nous parlions d’une femme littéraire ?

Femme effacée et solitaire au physique ingrat, Sonia se plonge dans la littérature depuis l’enfance pour se couper du monde. Elle puise dans la lecture des envies d’ailleurs.

Lorsqu’elle rencontre Robert, un peintre plus âgé, elle ne se rend pas compte de l’émoi qu’elle suscite chez cet homme. Leur mariage vient combler le vide de son existence. Dans cette nouvelle vie consacrée à son époux, elle trouve l’apaisement. Ce nouveau bonheur conjugal lui semble irréel. Elle se dédie complètement à son foyer et à son mari dans un oubli d’elle-même et de ses aspirations. Les trahisons et les obstacles de la vie viendront-ils perturber cette douce sérénité ?

Dans le décor de l’après-guerre soviétique, Ludmila Oulitskaïa nous dresse un portrait de femme au destin cruel. Sonia ne s’est jamais départie de son optimisme malgré l’adversité. Si j’aurais aimé que le texte soit davantage étoffée, j’ai passé un agréable moment de lecture en compagnie de Sonia.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Et chaque matin était peint aux couleurs de ce bonheur de femme immérité et si violent qu’elle n’arrivait pas à s’y accoutumer. Au fond de son âme, elle s’attendait secrètement à tout instant à perdre ce bonheur, comme une aubaine qui lui serait échue par erreur, à la suite d’une négligence ».

« Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre »

« Le soir, chaussant sur son nez en forme de poire de légères lunettes suisses, elle plonge la tête la première dans des profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières »

Madame Zola – Evelyne Bloch-Dano (1997)

Et si nous apprenions à connaître Madame Zola ?

Dans cette biographie, remarquablement documentée, Evelyne Bloch-Dano met en lumière une femme de l’ombre, Madame Zola. Compagne, amante, admiratrice forcenée, aussi maternelle que déterminée, Alexandrine-Gabrielle Meley devenue Madame Zola a accompagné l’écrivain durant toute sa vie.

Dans cette oeuvre, Evelyne Bloch-Dano revient sur le parcours de cette grisette. Marquée par les drames de sa jeunesse et par la pauvreté, Gabrielle croise la route d’un jeune écrivain Aixois. Complices et déterminés, ils vont prendre leur revanche sur la vie et construire un avenir meilleur. L’osmose indéniable qui les relie va influencer l’écrivain et contribuer à sa réussite.

De Paris à Médan, ils vont bâtir ensemble une vie bourgeoise entourée d’artistes et d’intellectuels. Malgré les trahisons et les blessures de sa jeunesse, Madame Zola continue sans cesse à se battre, aussi forte que fragile, nous suivons pas à pas cette femme remarquable.

J’ai adoré cette lecture qui nous permet de mieux comprendre le parcours de Madame Zola et nous plonge dans l’intimité de ce couple. A travers la vie de la femme qui n’a jamais cesser de le soutenir, c’est aussi tout le destin d’Emile Zola qui est mis en lumière dans cette biographie particulièrement enrichissante. Pour les amoureux de cet immense écrivain, je ne peux que vous recommander de découvrir le portrait passionnant de sa femme.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Alexandrine est une compagne au sens plein du terme. Sa vigilance, sa méfiance, sa volonté, son esprit pratique, son sens des réalités, son humour, sa vitalité, son énergie tissent autour de l’écrivain son filet protecteur d’une extraordinaire solidité ».

« Autrement dit, ils ont assez de points communs pour se comprendre, et de dissemblances pour s’aimer »

« Le rôle de Madame Zola est tracé : elle est « la gardienne et la dévouée », chargée de représenter et défendre l’écrivain. Elle va s’y consacrer à plein temps, y puiser des forces neuves – et surtout y gagner une stature que sans l’exil, elle n’aurait jamais acquis »

Nous n’étions pas des tendres – Sylvie Gracia (2024)

Et si nous contemplions la maison du lac et nos souvenirs d’enfance ?

La situation de santé de son père contraint Hélène a passé ses vacances dans son pays natal. Elle a construit sa vie à Paris, loin de l’Occitanie et du village de son enfance. A cinquante ans, Hélène a divorcé. Elle est devenue mère de deux jeunes filles qui ont déjà pris leur envol.

Rien ne semble la rattacher à la maison du lac, cette ancienne bâtisse remplie des souvenirs passés aux côtés de ses parents et de son frère Miguel. Pourtant, la santé de son père se dégrade et ils vont passer quelques semaines ensemble dans cette maison de vacances. Durant ce séjour, elle va renouer avec son père et essayer de s’acclimater à ses silences et à cette relation tout en pudeur. Hélène reprend possession de ce village qui est resté comme figé dans le temps. Elle va croiser à nouveau le regard de Patrick, son amour de jeunesse. Quand tout s’accélère, Hélène réussira-t-elle à concilier sa nouvelle vie et l’omniprésence de ses souvenirs ?

Dans ce récit, Sylvie Gracia explore le rapport à nos parents, à la vieillesse et aux amours enfouis. J’ai aimé l’atmosphère de ce roman qui se lit facilement mais a manqué, pour ma part de consistance. Il ne me laissera pas une trace indélébile même si j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Ida-Elisabeth – Sigrid Undset (1932)

Et si nous découvrions les multiples vies d’Ida-Elisabeth ?

Toute sa vie, Ida-Elisabeth a oscillé entre sa liberté et ses devoirs envers sa famille.

Dès son plus jeune âge, Ida-Elisabeth a été poussée par une naïveté de jeunesse à consommer son union avec Frithjof qu’elle connait depuis son enfance. La force de ces circonstances a conduit la jeune Isa-Elisabeth à s’unir avec un homme oisif, immature et apathique. De ce mariage, deux enfants ont vu le jour, Charly et Solvi.

La déflagration de cette maternité va insuffler une profonde transformation chez Ida-Elisabeth. Devenue mère, ses enfants auront une place centrale dans son existence et elle commence peu à peu à remettre en question la place inexistante de son conjoint dans sa vie. Devenue le pilier de son couple et plus largement de sa belle-famille, sa force indéniable restera-t-elle toujours tournée vers les autres ?

Dans ce roman à l’écriture limpide, nous suivons avec délice le parcours de cette femme incroyable qui ne cesse d’interroger notre rapport à la maternité, à nos vies de femmes et d’amantes. Un livre qui m’a profondément marquée par la force de son propos mais aussi par sa modernité.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Seul le mensonge est vrai – Malik Sam (2024)

Et si nous révélions l’implacable vérité du parcours des migrants ?

Nour est une femme forte qui a dû apprendre à cacher sa différence et sa fragilité.

Elle a fui le Bénin pour se réfugier dans le camp de Choucha, au sud-est de la Tunisie. Une seule phrase résonne en elle inlassablement « passer coûte que coûte ». Elle doit atteindre les terres européennes et traverser la Méditerranée. Le salut est en Europe, loin des conflits, de la faim et des drames. Elle rencontre des humanitaires mais aussi des passeurs qui semblent avoir tout pouvoir sur la région et sur son avenir.

La traversée a donc un prix. Elle va devoir tout endurer, mettre de côté sa morale et devenir impitoyable pour survivre. Finira-t-elle par perdre son âme ?

Dans ce premier roman noir, Malik Sam nous révèle le quotidien des migrants fait de violences et d’atrocités. Un récit parfois insoutenable qui glace et nous entraine jusqu’à la dernière ligne. Une oeuvre coup de poing qui ne laisse pas indifférent et dévoile des vérités crues et implacables.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Le monde des hommes est un univers de violence et de domination. Qu’on ne vienne pas lui parler de la bonté de l’être humain. Quand on t’arrache ta dignité par lambeaux. Comme des morceaux de peau qui partent »

« C’est un silence apaisé. Ensemble, et séparées. On pourrait les croire seules sur une planète abandonnée. Sans passé ni futur, que le ciel constellé au bout de leurs doigts »

Brisure à senestre – Vladimir Nabokov (1947)

Et si nous parlions d’un philosophe soumis à la toute puissance d’un régime ?

Eminent professeur de philosophie, Adam Krug est un homme reconnu. A la mort de sa femme, il reste seul avec son jeune fils, David. Face à un état tyrannique, il refuse d’obéir au nouveau régime incarné par Paduk, un de ses anciens camarade de classe. La doctrine de cet état appelée ekwilisme met en exergue la normalité des êtres humains et rejette tout mouvement individuel.

Face à l’opposition du professeur, les pressions du régime se multiplient. Ses amis sont arrêtés et l’étau se resserre autour de lui. Adam pourra-t-il être épargné ou devra-t-il vendre son âme au tyran ?

Ce roman dystopique n’est pas sans rappeler le régime bolchévique ou fasciste de l’époque. J’ai apprécié la force de la plume de Nabokov, son cynisme et l’absurdité de son propos. L’angoisse monte tout au long du roman jusqu’à la scène finale où l’absurdité de l’horreur tend à devenir une sinistre farce. Si j’ai trouvé ce récit, entrecoupé d’anagrammes et de mots d’esprits, complexe, il m’a cependant beaucoup marquée.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citation :

« Il laissa monter les larmes, non sans éprouver ce léger plaisir que l’on ressent à s’abandonner à cette pression tiède ; mais l’impression de soulagement fut de courte durée, car dès qu’il les laissa couler elles se firent si abondantes, si atrocement brûlantes que sa vue s’en trouva brouillée et sa respiration altérée ».