Chevreuse – Patrick Modiano (2021)

Et si nous côtoyons les fantômes de Patrick Modiano ?

Avec un sens inné de la plume, Patrick Modiano partage les souvenirs enfouis de son enfance et fait ressurgir la maison de la rue du Docteur-Kurzenne.

Double littéraire de Patrick Modiano, Jean Bosmans fait la rencontre de Camille. Avec elle, il fait un véritable voyage dans le passé. Elle le conduit pour un pélerinage dans la vallée de Chevreuse jusqu’à retrouver la maison de son enfance. Cette visite fera réapparaitre un magot dissimulé et avec lui des personnages inquiétants. Les noms de Michel de Gama et Guy Vincent émergent du passé et l’inquiétude de Jean Bosmans est de plus en plus palpable. Jusqu’où ces rencontres le conduiront-il ?

Avec une style remarquable, Patrick Modiano puise dans des rencontres nimbées de mystère pour faire jaillir de somptueux personnages de roman. J’ai aimé me plonger à nouveau dans cette ambiance si particulière enveloppée de nostalgie.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Son professeur de philosophie lui avait confié jadis que les différentes périodes d’une vie – enfance, adolescence, âge mur, vieillesse – correspondent aussi à plusieurs morts successives. De même pour les éclats de souvenirs qu’il tâchait de noter le plus vite possible : quelques images d’une période de sa vie qu’il voyait défiler en accéléré avant qu’elles ne disparaissent définitivement dans l’oubli ».

« Et puis, l’été était venu, un été comme il n’en avait jamais connu auparavant, un été à la lumière si limpide et si brûlante que ces fantômes avaient achevé de s’évaporer »

La bedondaine des tanukis – Inoue Hisashi (2024)

Et si nous choisissions l’extravagance ?

Dans ce roman japonais onirique, Inoue Hisashi nous propose une aventure loufoque où se mêle humains, renards et tanukis.

Dans le comté d’Awa, les humains cultivent l’indigo depuis de nombreuses années. Les tanukis, des chiens viverrins cohabitent avec les hommes. Espiègles, ils multiplient les facéties et les transformations en tout genre. Les tanukis peuvent ainsi devenir une bouilloire, un pont ou même un humain. Si leurs plaisanteries souvent grossières mettent à rude épreuve les humains, ils parviennent à vivre en harmonie.

Yamatoya Moémon est un maître teinturier bien connu dans la région. Lorsque le maléfique messire Hamashima l’intendant du gouverneur, jette son dévolu sur sa fille unique Omiyo, son père s’inquiète. Pour sauver sa fille, un tanuki, transformé en humain sous le nom de Chôkichi, va lui venir en aide. Un amour interdit né alors entre Omiyo et Chôkichi. Réussiront-ils à s’unir malgré les obstacles ?

Avec un style original et truculent, Inoue Hisashi nous plonge dans un conte farfelu. Si j’ai aimé m’imprégner du folklore japonais, je n’ai malheureusement pas adhéré à l’univers de ce roman. Entre les digressions de Inoue Hisashi et les canulars des tanukis, je n’ai pas été transcendée par cet imaginaire foisonnant.

Ma note

Note : 1 sur 5.

Citation

« Mais c’est avec raison, oui, c’est avec raison que je m’en vais
Avec mes roupettes de sansonnet qui pendouillent
Je m’en vais pour le royaume des ombres, plein de rage »

Les nuits que l’on choisit – Elise Costa (2023)

Et si nous lisions des chroniques judiciaires ?

Dans ce récit, Elise Costa nous permet d’entrevoir son métier de journaliste judiciaire. Elle nous propose une immersion dans des procès criminels et partage un autre versant du système judiciaire.

Elise Costa publie de longues chroniques judiciaires sur la plateforme Slate.fr. Elle renouvelle les parutions autour des affaires criminelles en proposant un format beaucoup plus étoffé en plusieurs épisodes. Dans ce livre, elle partage ses chroniques autour de plusieurs affaires dont les plus médiatiques comme la joggeuse de Bouloc, Troadec, Nordahl Lelandais.

Afin d’assister à ces divers procès, Elise parcourt la France. Elle a choisi une vie particulière entre la salle des pas perdus, le banc inconfortable de la salle d’audience et une chambre d’hôtel anonyme. Elle dissèque l’audience, s’attache à des détails, s’imprègne des témoignages et de ses entretiens avec les victimes. Au-delà de chroniques judiciaires, ses écrits sont aussi le reflet de la psychologie des accusés.

Un livre incarné qui propose un nouvel angle pour aborder les affaires criminelles. J’ai beaucoup aimé l’empathie et l’humanité qui se dégage de sa plume. Un livre captivant où Elise Costa nous partage sa passion pour son métier.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La morale dans les affaires criminelles, ça n’existe pas, pas plus que les saints ou les démons, les héros ou les monstres. Comme à chaque fois, c’est une histoire de gens ordinaire ». 

« Le mal existe, c’est vrai, mais à l’instar de la couleur noire, il est rarement absolu ».

Messieurs encore un effort… – Elisabeth Badinter (2024)

Et si nous expliquions la baisse de la natalité avec Elisabeth Badinter ?

Dans ce court essai, parfaitement documenté, Elisabeth Badinter interroge les évolutions contemporaines et le repli démographique.

Plusieurs pistes ont déjà été explorées pour expliquer une baisse de la natalité entre crise climatique, sociale et perte de confiance dans l’avenir. Dans cet essai, Elisabeth Badinter interroge aussi les contraintes qui pèsent sur la femme. S’il y a quelques années, la maternité était une aspiration naturelle, aujourd’hui cet élan fait face à de multiples problématiques et à une réflexion plus raisonnée de la femme.

Dans ce texte, Elisabeth Badinter met également en perspective la baisse de natalité en France avec les évolutions à l’étranger et notamment en Corée du Sud où cette chute est frappante.

Avec un clarté remarquable et une précision indéniable, Elisabeth Badinter pose de véritables pistes de réflexions sur le désir de maternité et l’importance d’une égalité entre les sexes. Un essai court et passionnant que je vous recommande fortement !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« L’une des raisons essentielles du ralentissement (voire de la stagnation dans certains domaines) de la cause égalitaire réside dans la force toujours vivace des stéréotypes de genre. Le premier d’entre eux est l’identification de la femme et de la mère. On présume que toute femme par nature a une vocation maternelle. Or le modèle de la mère traditionnelle est le dévouement absolu à son enfant. L’instinct maternel serait la pulsion naturelle de la femme à assurer le bien-être. Pour ce faire, elle doit le nourrir, le soigner, veiller sur lui nuit et jour, et rester à la maison jusqu’à ce qu’il ait acquis une certaine autonomie. Dans cet optique, les désirs personnels de la femme s’effacent devant les obligations de la mère. Raison pour laquelle on s’est pris à penser que le rôle de la femme était de prendre soin de tous »

Lire dangereusement – Azar Nafisi (2024)

Et si nous faisions de la littérature un engagement ?

Dans cinq lettres destinées à son père, Azar Nafisi convoque les livres pour faire barrage à l’impensable.

Réfugiée aux Etats-Unis, elle a quitté la République islamique d’Iran il y a plusieurs années. Son père, ancien maire de Téhéran a été incarcéré par le régime. Il partageait avec elle la même conception de la liberté.

Dans ces lettres adressées à son père, Azar Nafisi fait un parallèle glaçant entre l’Amérique de Trump et le régime politique d’Iran. Elle s’arme de la littérature pour éclairer sa vision du monde. De James Baldwin à Margaret Atwood en passant par Toni Morrison ou Salman Rushdie, ils se sont tous engagés dans une oeuvre de résistance. Elle puise dans ces écrits pour mieux comprendre les enjeux politiques de son temps.

J’ai beaucoup aimé la puissance des mots de Azar Nafisi et sa force de conviction. Nourri par des écrivains incontournables, ce livre très inspirant nous donne la force de combattre toutes les oppressions.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Lancez-vous à corps perdu », nous conseille Rushdie le poète, ajoutant : « Tâchez toujours d’en faire trop. Travaillez sans filet. Inspirez profondément avant de parler. Visez les étoiles. Souriez. Soyez intransigeants. Disputez-vous avec la terre entière. Et n’oubliez jamais que c’est en écrivant que nous sommes les plus proches de garder la main sur les mille et une choses – l’enfance, les certitudes, les villes, les doutes, les rêves, les instants, les phrases, les parents, les amours – qui ne cessent de glisser, tel du sable, entre nos doigts ».

La douceur de l’eau – Nathan Harris (2022)

Et si nous suivions une quête vers l’émancipation ?

Dans ce premier roman, Nathan Harris nous propose une immersion au lendemain de la guerre de Sécession. Au coeur de la Géorgie, dans la petite ville de Old Ox, Landry et Prentiss connaissent la liberté. Ils viennent d’être émancipés par les soldats unionistes et peuvent enfin se libérer de leur maître et quitter la plantation de Ted Morton.

S’ils ne sont plus asservis, l’avenir des deux frères reste incertain. Le pays n’offre aucun travail pour les anciens esclaves. Ils se réfugient en forêt et rencontrent le propriétaire des terres voisines de leur ancienne plantation, George Walker. Ravagé par la douleur et la mélancolie, George se lie d’amitié avec les deux frères et leur propose un travail. Récemment affranchis, Landry et Prentiss se montrent d’abord méfiants et redoutent une nouvelle servitude. Ils finissent par accepter cette proposition inespérée mais le retour de Caleb, le fils de George, bouleversera leur destin. Pourront-ils enfin accéder à la liberté ?

Cette fresque américaine réussie dresse le portrait de personnages intenses et déchirés par leurs contradictions. Avec une belle maîtrise, Nathan Harris parvient à nous plonger dans une intrigue pleine de rebondissements mêlant violence et fraternité. J’ai apprécié ce roman profondément humain qui nous interroge sur le prix de la liberté.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Réunis au départ par une passion partagée pour l’indépendance, la capacité de traverser une grande partie de la journée en silence, ils avaient, pour exprimer leurs sentiments, seulement l’échange de regards et d’effleurements. Ainsi le lien qui les unissait s’était solidifié au fil des années, mais si ce lien était peu enclin à plier, il présentait néanmoins un point de faiblesse, un seul, du fait que son existence même était pour eux une source d’embarras. Ils étaient deux à prétendre n’avoir besoin de personne et voilà à présent qu’ils avaient désespérément besoin l’un de l’autre ».

Combats et métamorphoses d’une femme – Edouard Louis (2021)

Et si nous évoquions le portrait d’une mère ?

Dans un style tranchant, Edouard Louis dresse le portrait sans concession de sa mère et fait jaillir ses souvenirs d’enfance.

Comme il avait déjà évoqué son père dans son oeuvre, Edouard Louis dans ce court récit fait surgir les traits de sa mère. Une mère parfois radicale dans ses mots ou ses gestes mais surtout une femme ignorée et incomprise. Séparée du père de son premier enfant, elle a reconstruit sa vie avec un homme qu’elle pensait différent. Pourtant, elle demeure toujours asservie et opprimée. Sous le poids d’une violence inexorable tant sociale que masculine, sa mère a depuis toujours perdu sa liberté et son insouciance. Réussira-t-elle à s’émanciper ?

Edouard Louis propose le récit d’une métamorphose face à une fatalité mécanique. Entre honte et admiration, il évoque sa relation tumultueuse avec sa mère. Dans un style radical et personnel, ce récit sensible est celui de leur réconciliation.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Notre rapprochement n’a pas seulement changé son avenir, il a aussi transformé notre passé ».

« Quand j’étais enfant, nous avions honte ensemble – de notre maison, de notre pauvreté. Maintenant j’avais honte de toi, contre toi. Nos hontes se sont séparées »

« Elle était certaine qu’elle méritait une autre vie, que cette vie existait quelque part, abstraitement, dans un monde virtuel, qu’il aurait fallu un rien pour l’effleurer, et que sa vie n’était ce qu’elle était dans le monde réel que par accident »

Rose royal – Nicolas Mathieu (2020)

Et si nous parlions d’un livre aussi amer que sensible ?

Dans ce recueil de nouvelles, Nicolas Mathieu nous propose deux récits « Rose Royal » suivi du texte « La Retraite du juge Wagner ».

Femme divorcée d’une cinquantaine d’années, Rose a connu de nombreuses désillusions amoureuses. Des relations tortueuses et toxiques se sont succédées où la violence était omniprésente. Depuis qu’elle vit seule, Rose a pris pour habitude de glisser un révolver dans son sac. Cette arme lui offre une toute nouvelle assurance. Quand elle rencontre Luc cette quête d’indépendance vacille, cet amour lui apportera-t-elle enfin la sérénité ?

La seconde nouvelle nous permet de rencontrer le juge Wagner. Ce juge en retraite a mis de côté la justice même si les ombres menaçantes de ses anciennes affaires planent toujours autour de lui. Quand il fait la connaissance de Johann, une certaine affection va commencer à se tisser entre ce jeune homme perdu et cet ancien juge. Parviendra-t-il à sauver une jeunesse en perdition ?

Ces récits forts posent un regard acerbe sur toute une génération. J’aime la plume de Nicolas Mathieu, son acuité mais aussi sa sensibilité. Je ne peux que vous recommander ces deux nouvelles sombres d’une grande réussite !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il valait mieux tout oublier. Un couple a autant besoin de douceur que d’amnésie. Aucun amour ne peut survivre à ses archives »

« Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route. Il n’était ni gras, ni particulièrement bien creusé, mais le temps y avait laissé sa marque de larmes et de nuits blanches ».

Le lait de l’oranger – Gisèle Halimi (1988)

Et si nous évoquions les souvenirs d’une femme de combats ?

Gisèle Halimi dévoile dans ce livre infiniment tendre et personnel son enfance en Tunisie, la mort tragique de son frère, son parcours et ses engagements.

A travers ses mots, Gisèle Halimi parle surtout d’Edouard, son père. Elle raconte la place du premier homme de sa vie et le lien indestructible qui les unissait. Avec émotion, nous découvrons la fierté dans les yeux de ce père, sa fille avait réussi au-delà de ses espérances mais elle s’était aussi engagée dans des luttes qui le dépassaient.

Dans ce récit, Gisèle Halimi mentionne également des rencontres savoureuses de Simone de Beauvoir à Jacques Chirac en passant par Sartre, Simone Veil ou Aragon. Ces personnalités qui ont jalonné sa vie permettent d’éclairer toute une époque.

Ce livre révèle l’émancipation admirable d’une femme. Gisèle Halimi s’est investie dans des causes loin des valeurs traditionnelles inculquées par sa famille. J’ai beaucoup aimé cette autobiographie, portée par une écriture limpide et délicieuse, qui nous permet de mieux comprendre cette femme incroyable.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il me fallait toucher, humer, caresser, ouvrir, fermer les pages. Comme un rite sensuel qui me préparait au plaisir. La lecture me submergeait alors de ses vagues et j’accédais à un autre monde ».

« Seule la grande émotion de « toucher » enfin la France me submergeait. Ce pays que j’avais construit en moi, à partir de mes lectures, de mes images, de mes fantasmes, me devenait terre et lumière. j’allais m’y intégrer, m’y fondre avec volupté. La tour Eiffel me mettait les larmes aux yeux, Notre-Dame, tel un aimant, me tenait immobile de longues heures sur le parvis, je me perdais, éblouie, dans le Marais. A chaque rue, chaque place, je voyais surgir des vieux hôtels Le Roi-Soleil et Racine »

Les tourmentés – Lucas Belvaux (2022)

Et si nous débutions une chasse à l’homme ?

Dans ce thriller psychologique, Lucas Belvaux propose un triangle inquiétant entre un ancien légionnaire qui a tout perdu, un majordome mystérieux et une femme hautaine.

Passionnée de chasse, Madame est une femme aussi fortunée qu’impitoyable. Elle a réussi à conquérir tous les gibiers à l’exception d’une seule espèce : l’homme. Avec l’aide de son unique et dévoué employé Max, elle décide d’entamer une toute nouvelle partie de chasse.

Pour entamer ce jeu cruel, Max doit trouver un homme prêt à risquer sa vie. Il a partagé un passé de légionnaire avec Skender. Cet homme qu’il a bien connu a aujourd’hui tout perdu. Enlisé dans la misère et rongé par ses traumatismes, il s’est éloigné de sa famille et n’a plus d’avenir. Max lui propose de mettre en jeu sa vie pour satisfaire les ambitions glaçantes de Madame. Skender acceptera-t-il ce pacte sanglant ?

Dans une ambiance cinématographique, nous découvrons l’union de ces trois personnages déchirés par des tourments obscurs. Si je n’ai pas été conquise par la dimension littéraire de ce roman, Lucas Belvaux parvient facilement à nous entrainer dans ce pacte par l’intensité psychologique de ses personnages.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Je suis sans contours. Sans peau ni rien entre le monde et moi qui me protège. Rien qui me tient ».

« Je connais la haine, le mépris, l’humiliation mieux qu’il ne l’imagine, depuis plus longtemps, depuis toujours. J’ai surmonté tout ça. J’ai appris à ne plus m’y fracasser à coups de poing ou de tête, à les esquiver, devenir plus noir encore et les absorber comme les trous noirs absorbent l’énergie autour d’eux. Je les vide de toute substance. Je les épuise »