Kairos – Jenny Erpenbeck (2025)

Et si nous étions transportés par une passion destructrice ?

Un soir d’été 1986, dans une Allemagne encore morcelée par la guerre froide, Katharina rencontre Hans, un homme marié.

Jeune étudiante, elle est immédiatement fascinée par la prestance de cet écrivain plus âgé qui l’éblouit par son érudition. Sans hésiter, Katharina entame une liaison passionnée, malgré leur différence d’âge et le refus de Hans de quitter sa femme. Envoûtée, elle se plie aux exigences et aux désirs de cet homme. L’intensité de leur amour laisse peu à peu place à des mécanismes insidieux d’emprise et de domination. Leur relation idyllique vacille, tout comme l’Allemagne de l’Est. Katharina et Hans assistent au lent déclin de la RDA jusqu’à la chute du Mur, dérivant eux aussi dans cet amour tortueux. Jusqu’où ce basculement politique et amoureux les conduira-t-il ?

En mêlant le politique et l’intime, Jenny Erpenbeck propose de démêler les ressorts du pouvoir. J’ai aimé l’imbrication perpétuelle entre le contexte historique et l’évolution de cet amour dévorant. Cependant, une atmosphère malsaine imprègne tout le roman et met en lumière une relation dérangeante, faite d’humiliation et de contrôle.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

La nuit au coeur – Nathacha Appanah (2025)

Et si nous évoquions une claque littéraire ?

Véritable déflagration de cette rentrée littéraire, Nathacha Appanah, avec une plume remarquable et puissante, convoque les trajectoires de trois femmes et livre une enquête glaçante sur les féminicides.

En mêlant récit autobiographique, psychologique et réaliste, Nathacha Appanah dissèque le lent engrenage qui a conduit trois femmes à devenir victimes de violences : Chahinez Daoud, tuée puis immolée par son mari ; sa cousine Emma, assassinée par son conjoint, et elle-même, prisonnière d’une relation d’emprise durant six longues années. Comment l’amour peut-il se transformer en nuit noire ?

Entre jalousie, domination et brutalité, Nathacha Appanah, dans ce livre coup de poing, témoigne d’une descente aux enfers. Elle révèle les dysfonctionnements judiciaires et décortique les mécanismes insidieux qui conduisent aux violences. Dans une atmosphère oppressante ponctuée de cris glaçants, Natacha Appanah nous entraîne dans ce récit déchirant vers les ténèbres.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il y a le cri des mères qui voudraient remonter le temps et prévenir, il y a une partie des corps des mères qui meurent en même temps que leur enfant et il y a des mères qui entendent leur enfant les appeler au secours ».

« J’aurais aimé savoir, à ce moment-là, que depuis très longtemps, certains hommes utilisent ces mêmes mots, folle, petasse, salope, pute, hystérique, manipulatrice, lesbienne, pour décrire les femmes qui n’ont pas peur d’eux ».

Haute-folie – Antoine Wauters (2025)

Comment rompre le silence écrasant d’un héritage familial ?

Dans ce récit incendiaire, Antoine Wauters évoque le destin d’un jeune homme écorché par les tragédies.

Né le jour d’un incendie qui a ravagé toute la ferme familiale, Joseph a vu le jour dans l’embrasement de son avenir. Avec ses parents, il se réfugie chez son oncle.

Son père Gaspard est décidé à tout reconstruire pour élever son fils. Cependant, la précarité financière qui les assaille les rend vulnérables et les drames continuent de les poursuivre comme des malédictions. Élevé par son oncle et sa tante, Joseph a grandi avec un voile de silence devant les yeux, construit par sa famille. En arpentant le monde pour essayer de percer un silence assourdissant, Joseph parviendra-t-il à trouver la paix ?

Dans ce roman incandescent, Antoine Wauters convoque les fantômes, il explore les ressorts du désespoir et l’ombre menaçante de la folie. Un très beau roman entre ombre et lumière qui retranscrit avec éclat une mémoire familiale hantée.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Mais à la vérité, le ciel est vide et il n’y a personne à blâmer, aucune malédiction, aucun regret, juste du temps qui nous est offert et dont il faut prendre soin ».

« La folie ? C’est le pays des souffrances qui n’ont plus nulle part où aller ».

L’homme sous l’orage – Gaëlle Nohant (2025)

Et si nous dévorions un huis clos énigmatique ?

Tandis que la Première Guerre mondiale fait rage, à l’écart du front, un château reculé, au cœur d’un domaine viticole, semble encore préservé. Un soir d’orage, un homme se présente aux portes de la demeure et demande refuge à la maîtresse de maison, Isaure.

Isaure reconnaît Théodore, un peintre talentueux qu’elle avait déjà accueilli plusieurs fois en temps de paix. Lorsqu’elle découvre qu’il est déserteur, Isaure le congédie froidement. Sa fille, Rosalie, emportée par un élan de compassion et une fascination pour Théodore, décide de le cacher au grenier. Jusqu’où ce secret va-t-il entraîner Rosalie ?

Porté par des personnages lumineux et complexes, ce roman bien construit nous transporte dès la première ligne. Au-delà d’une histoire d’amour dans le décor de la Grande Guerre, Gaëlle Nohant interroge le parcours des femmes restées à l’arrière du front et dénonce le carcan imposé aux jeunes filles. En conjuguant émancipation féminine et traumatismes de guerre, ce récit, d’une force romanesque indéniable est une belle réussite !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« J’ai besoin de ton espoir pour ne pas renoncer au mien »

Home – Toni Morrison (2012)

Et si nous parlions d’un roman déchirant ?

Dans ce court ouvrage, avec un style envoûtant, Toni Morrison met des mots sur la violence de l’Amérique des années 50.

Frère et soeur, Frank et Cee ont été élevés dans un foyer imprégné par l’indifférence parentale, la violence de la ségrégation et du racisme.

Des années plus tard, hanté par des images de la Guerre de Corée, Frank, ancien vétéran, est emporté par une rage bouillonnante qui ne parvient pas à s’apaiser. Tandis que Cee, grièvement malade, est soumise à la toute-puissance d’un médecin. Prévenu que sa soeur court un grave danger, Frank traverse les États-Unis pour la retrouver. La relation qui les unit pourra-t-elle les sauver ?

Dans ce roman, Toni Morrison redonne foi en la liberté malgré les traumatismes. Avec une force d’écriture incroyable, elle nous plonge dans ce court récit, entre cruauté et grâce, dans une œuvre profondément humaine.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde. »

« Voilà que revenait la rage incontrôlée, la haine de soi déguisée en faute de quelqu’un d’autre ».

L’affaire Rachel – Caroline O’Donoghue (2024)

Et si nous nous imprégnions d’un roman fougueux ?

A Cork, une ville irlandaise, Rachel et James travaillent tous les deux dans une librairie. Immédiatement impressionnée par le charisme de James, Rachel s’engouffre dans cette amitié fusionnelle.

Issue d’un milieu bourgeois, Rachel a toujours connu une existence confortable jusqu’à la faillite financière de sa famille, qui l’oblige à travailler pour financer ses études. En revanche, James, originaire d’un milieu plus modeste, travaille comme libraire en rêvant à une carrière de scénariste.

Comme une évidence, Rachel emménage avec James dans une maison vétuste située au Nord de la Ville. Cette cohabitation festive symbolise toute l’effervescence de la jeunesse irlandaise. Entre les soirées dans les bars, l’émulsion de la vie étudiante et leur activité de libraires, Rachel et James partagent leur quotidien. Lorsque Rachel s’éprend de Fred Byrne, son professeur de littérature, elle décide avec James d’organiser une dédicace dans la librairie pour se rapprocher de lui. Jusqu’où cette rencontre va-t-elle bouleverser cette amitié passionnelle ?

Avec un style décomplexé et fluide, Caroline O’Donoghue interroge les ambitions de la jeunesse irlandaise mais également les interrogations autour de la sexualité. Si je n’ai pas été totalement conquise par le style de ce roman, il demeure vivifiant et offre un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citation

« L’année à Shandon Street a beaucoup fait pour moi mais elle m’a surtout permis cela : me détacher de tout système moral inculqué.
J’ai arrêté de jauger les autres selon les valeurs qu’on m’avait enseignées: qui était un loser, qui était un homo caché, qui trompait sa femme.
J’ai appris l’importance du contexte et des per-sonnes. Ça m’a été bien utile plus tard, quand je suis devenue journaliste ».

La Chambre de Giovanni – James Baldwin (1956)

Et si nous mêlions désir et trahison ?

Dans le décor parisien effervescent de l’après-guerre, David, un jeune Américain rencontre Giovanni, un immigré italien d’une beauté désinvolte. Un désir tortueux pour cet homme le submerge, alors que sa fiancée est partie pour l’Espagne.

Ébranlé par cette attirance, David se laisse emporter dans une relation passionnelle avec Giovanni jusqu’à partager un logement exigu avec lui. Leurs rapports s’intensifient au fil des mois mais David est tiraillé entre son désir et un sentiment de honte. Jusqu’où cette relation heurtera-t-elle son identité ?

Porté par un style brillant et sensitif, James Baldwin nous transporte dans cette relation tumultueuse entre deux hommes. Dans un milieu parisien marginalisé, James Baldwin retranscrit avec une grande maîtrise les douleurs liées à l’identité sexuelle.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La mort de l’innocence est aussi la mort de la culpabilité ».

« Mais on ne peut malheureusement pas inventer nos amarres, nos amants ni nos amis, pas plus qu’on ne peut inventer nos parents. La vie nous les donne et nous les reprend, et la grande difficulté est de dire oui à la vie ».

Gouverneurs de la rosée – Jacques Roumain (1944)

Et si nous partions pour Haïti ?

Dans ce livre lumineux, Jacques Roumain compose un hymne d’amour et de liberté pour son pays.

À son retour de Cuba après des années d’exil, Manuel retrouve son village natal désolé, enseveli sous la misère et la discorde. Face à une pénurie d’eau dans toute la région, les habitants tentent de survivre, mais doivent bientôt se résigner à partir. Au-delà de la sécheresse qui fait rage, un conflit a éclaté entre deux familles. Lorsque le sang a coulé, la mésentente devient irrévocable et se transforme en haine.

Lorsqu’il croise le regard d’Annaïse, Manuel est assailli par la fulgurance de leur attraction. Il ne peut renoncer à leur amour même si elle fait partie du clan ennemi. Porté par l’amour de cette femme, Manuel décide de se mettre en quête d’une source d’eau. Avec l’eau, la réconciliation d’un peuple renaîtra-t-elle ?

Cette œuvre résonne comme un cri d’amour. Entre l’amour maternel, la passion amoureuse, l’attachement pour une terre, Jacques Roumain dépeint avec justesse les émotions qui jaillissent en Manuel. Avec un style poétique, Jacques Roumain enracine son oeuvre dans les terres d’Haïti et nous propose un récit foisonnant !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes : c’est une présence dans le cœur, ineffaçable, comme une fille qu’on aime : on connaît la source de son regard, le fruit de sa bouche, les collines de ses seins, ses mains qui se défendent et se rendent, ses genoux sans mystère, sa force et sa faiblesse, sa voix et son silence »

« L’eau. Son sillage ensoleillé dans la plaine ; son clapotis dans le canal du jardin, son bruissement lorsque dans sa course, elle rencontre des chevelures d’herbes ; le reflet délayé du ciel mêlé à l’image fuyante des roseaux ; les négresses remplissant à la source leurs calebasses ruisselantes et leurs cruches d’argile rouge ; le chant des lessiveuses ; les terres gorgées, les hautes récoltes mûrissantes » 

L’insoutenable légèreté de l’être – Milan Kundera (1984)

Et si nous évoquions le plus beau titre de la littérature ?

Entre dimension philosophique, amoureuse et politique, Milan Kundera navigue avec légèreté dans les destins aussi hasardeux que complexes de ses personnages.

Libertin sans attache, Tomas entretient une relation avec Tereza, mais se laisse griser par des amitiés érotiques sans attache, notamment avec Sabina, une artiste peintre indépendante et rebelle.

Dans le décor tumultueux du printemps de Prague, l’attachement inexplicable qui unit Tomas à Tereza vient ébranler son mode de vie. Entre basculement politique et sentimental, Tomas arrivera-t-il à osciller entre pesanteur et légèreté ?

En explorant les possibilités et la beauté d’une vie humaine, Milan Kundera nous transporte dans ce roman. Avec une plume poétique et vertigineuse, ce récit éblouissant explore les sentiments, les choix ou les hasards qui régissent nos vies. Un livre à lire, puis à relire pour en être profondément transformé.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« La vie humaine n’a lieu qu’une seule fois et nous ne pourrons jamais vérifier quelle était la bonne et quelle était la mauvaise décision, parce que, dans toute situation, nous ne pouvons décider qu’une seule fois. Il ne nous est pas donné une deuxième, une troisième, une quatrième vie pour que nous puissions comparer différentes décisions »

« Pour qu’un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s’y rejoignent dès le premier instant ».

« Vivre dans la vérité, ne mentir ni à soi-même ni aux autres, ce n’est possible qu’à la condition de vivre sans public. Dès lors qu’il y a un témoin à nos actes, nous nous adaptons bon gré mal gré aux yeux qui nous observent, et plus rien de ce que nous faisons n’est vrai ».

« L’homme, à son insu, compose sa vie d’après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir ».

Némésis – Philip Roth (2010)

Et si nous explorions l’enfer de la culpabilité ?

Dans ce roman poignant, Philip Roth retranscrit les ravages d’une épidémie de polio dans un quartier juif de Newark.

Durant l’été caniculaire de 1944, Bucky Cantor doit rester dans sa ville natale et ne peut pas combattre sur le front européen comme ses deux meilleurs amis. Exempté en raison d’une déficience visuelle, une profonde honte ronge ce garçon vigoureux et sportif. Pour pallier à son inaction, Bucky s’investit pleinement comme animateur du terrain de jeu de la ville et devient un véritable mentor pour les enfants. Quand la contagion s’accélère dans la ville, l’angoisse monte.

Rongée par l’inquiétude, sa fiancée lui propose de quitter la ville. Face à son sens du devoir, Bucky choisira-t-il la fuite ?

Avec un talent narratif indéniable, Philip Roth entremêle force et fragilité, et fait transparaître toutes les contradictions d’un homme face à une réalité implacable. Dans cette dernière œuvre digne d’une tragédie grecque, il confirme toute l’ampleur de son talent et nous fait entrevoir le désarroi d’un homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Il ne put poursuivre, il s’était mis à pleurer, de façon gauche, inexperte, comme pleurent les hommes qui d’habitude se croient de taille à faire face à n’importe quoi ».

« Ne vous battez pas contre vous-même. Il y a déjà suffisamment de cruauté dans le monde. »

« Parfois on a de la chance, et parfois on n’en a pas. Toute biographie tient du hasard et, dès le début de la vie, tout relève du hasard, de la tyrannie de la contingence. Le hasard, je crois que c’est ce que Mr Cantor voulait dire quand il accusait ce qu’il appelait Dieu »