Une journée d’automne – Wallace Stegner (1937)

Et si par ses chaleurs caniculaires, nous retournions l’espace d’un instant en Automne ?

C’est la proposition alléchante qui nous est faite par Wallace Stegner dans ce court roman demeuré longtemps inconnu en France.

Au décès de son père, Elspeth, la jeune soeur de Margaret, regagne la ferme familiale située dans l’Iowa. Elspeth, une jeune femme pétillante se révèle pleine de légèreté, de fantaisie et de joie de vivre.

Elle s’immisce peu à peu entre sa soeur, Margaret, digne et raisonnable et son époux, Alec, un jeune homme rieur et spontané.

A l’ombre des feuilles d’autonome, un triangle amoureux se noue jusqu’à la tragédie. Le rapprochement entre Elspeth et Alec apportera une rupture nette et indissoluble.

L’équilibre familial s’en trouvera, à jamais, dévasté. La maison ne devient plus que silence et solitude, chacun restant enfermé dans sa culpabilité, sa colère ou son sentiment de trahison.

Les deux femmes deviennent les ombres d’elles-mêmes. La description de cette déshumanisation est superbement retranscrite par l’auteur.

J’ai follement apprécié la plume de Stegner à la fois âcre et profonde. L’efficacité du fil narratif est implacable. Le lecteur est rapidement transporté dans ce court roman.

La très belle écriture de Stegner révèle à la fois la force de ses personnages et l’impasse dramatique qui se noue au fil du livre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Un jour, l’ayant surpris, elle lui demanda d’en déchiffrer les paroles, et le soir dans sa chambre, nota tout ce dont elle se souvenait, en se remémorant à la lueur paisible de sa lampe la nostalgie mélancolique de la complainte et le Viking calme et blond qui la lui avait chantée sans gêne »

« Cette passion-là était morte étouffée dans les geôles irrespirables de la culpabilité »

« Les années s’écoulèrent comme du sable sous leurs pieds, les saisons se succédèrent au même rythme lent, du premier rouge-gorge et des premiers boutons de lilas à la chaleur étouffante de l’été, aux trilles métalliques des grillons et aux lucioles illuminant le velours noir de la nuit ; des dernières flammes du sumac et de l’érable à la longue attente de l’hiver ; puis de nouveau les premières pointes de crocus sous la neige ».

A l’est d’Eden – John Steinbeck (1952)

« Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. 

Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère (…)

Caïn se retira de devant l’Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l’est d’Éden »

 (Genèse 4, 1-26)

Après avoir tué son frère Abel, Caïn est banni par son père et se retire à l’Est d’Eden. John Steinbeck avec cette référence biblique, comme titre de son roman, révèle déjà le tiraillement entre le bien et le mal mais également les rapports filiaux au coeur de son oeuvre.

A l’est d’Eden dresse des portraits profonds et humanistes de trois générations successives.

Dans la vallée de Salinas en Californie, des familles vont tenter leur chance afin de cultiver une terre qu’ils espèrent prospères.

Adam et Charles Trask sont demi-frères. Ils sont très différents et font face ensemble à la seule autorité paternelle. Adam est aussi calme et doux que son frère, Charles, est froid et violent. Destinés à embrasser une carrière militaire, ils vont cependant rapidement se différencier y compris dans leurs rapports avec leur père.

Quelques années plus tard, Adam rencontre Cathy. L’amour qu’il lui porte changera à jamais sa vie. Eperdu, il ne voit en elle que douceur et gentillesse. Pourtant, derrière cette beauté angélique, se cache les pires vices.

Cathy accouche des jumeaux Aaron et Caleb. Comme un écho sur cette ultime génération, les mécanismes du rapport au père semble se reproduire.

Adam Trask déménage avec sa famille en Californie et fait la connaissance de la famille Hamilton. Venus d’Irlande du Nord, les Hamiltons ont tissé des liens solides autour de la figure paternelle de Samuel.

Tout au long du roman, les Trasks et les Hamiltons vont évoluer côte à côte…

Cette fresque éblouissante aborde le rapport à la morale mais également à la destinée. Evoquant avec force, la prédominance des choix dans le conditionnement de l’existence, Steinbeck au-delà de l’épopée familiale livre un roman humaniste.

Chaque personnage est si profondément vivant sous la plume de Steinbeck que le lecteur est emporté avec eux durant les années qui s’écoulent avec délice.

Désormais profondément ancré dans mes mémoires de livres, je me suis délectée page après page de ce roman époustouflant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations : 

« Et pourtant nous empruntons tour à tour les chemins de l’innocence ou du péché. N’avons-nous pas tous dragué et fouillé les eaux noires de notre âme ? »

« Pour dire d’un homme qu’il fut heureux, attendez qu’il ait tourné sa dernière page »

« Il y a des preuves très solides pour affirmer que Dieu n’existe pas, mais, pour bien des gens, elles ne sont pas aussi fortes que l’impression qu’il existe »

« Je sais qu’on utilise parfois le mensonge pour ne pas blesser, mais je ne crois pas que son effet soit bienfaisant. La douleur fulgurante de la vérité se dissipe, alors que la douleur lancinante du mensonge demeure. C’est un mal rongeant »

Dans la forêt – Jean Hegland (1996)

De quoi l’être humain a-t-il véritablement besoin  ?

C’est à cette question existentielle que le roman « Dans la forêt » tente de répondre. Dans un contexte contemporain où la surconsommation fait rage et où les possessions matérielles semblent vitales, Jean Hegland nous décrit une autre voie : celle de la nature.

Au Nord de la Californie, une famille vit en bordure de forêt. S’ils ont choisi une vie à proximité de la nature, ils ne sont pas, pour autant, coupés du monde et continuent à utiliser les technologies modernes.

Pourtant, l’impensable va se produire. Peu à peu, la région se retrouve privée d’électricité. Le monde moderne, tel que l’être humain l’a toujours connu, va s’en trouver profondément anéanti.

Au coeur de cette fin de civilisation, deux soeurs, Nell et Eva, vont devoir survivre dans les bois. Tout d’abord dans l’attente d’un sauvetage, elles vont peu à peu apprendre à vivre des interactions brutes avec la forêt.

Si l’une voulait devenir danseuse professionnelle et l’autre était destinée à un brillant avenir à Harvard, leur monde s’effondre et les décès successifs de leurs parents ne font qu’accentuer leur isolement.

Dans un contexte post-apocalyptique, ce roman transperce le lecteur par sa force. En effet, avec l’urgence des dangers environnementaux, la résonance de ce récit est particulièrement vive. J’ai aimé les questionnements implicites sur nos modes de vie contemporains.

Véritable prophétie écologique, ce récit brut et intense semble remettre de l’ordre dans notre vision du monde. La relation entre les deux héroïnes évolue au fil des pages et donne également beaucoup de relief au roman.

Un roman d’anticipation, un brin utopique, mais qui ne laisse pas indifférent.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« Je n’ai jamais vraiment su comment nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’y ait des guerres, que la terre et l’eau soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée »

« Pendant tout ce temps on a vécu dans le passé, en attendant d’y revenir. Mais le passé n’existe plus. Il est mort »

« J’ai fait le tri dans le tas de livres par terre, et je les aimais tous. … J’aimais tout ce qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact, et j’ai mesuré à quel point choisir était tragique, car en prendre un signifiait laisser les autres »

Assassins – Philippe Djian (1994)

Nous avons déjà évoqué Philippe Djian sur le blog avec « Oh », un livre dérangeant et acide que j’avais beaucoup apprécié. Ma chronique complète est à redécouvrir ici : Oh… – Philippe Djian (2012)

J’ai eu envie de me plonger davantage dans l’oeuvre de Philippe Djian et j’ai croisé par hasard la route de « Assassins », roman publié en 1994.

Dans un huit clos oppressant, Philippe Djian dessine les portraits de différents personnages : un homme rongé par ses doutes et sa dépression, un couple usé, une jeune femme pulpeuse ou encore un inspecteur corrompu.

Les 7 protagonistes se retrouvent piégés dans une cabane montagneuse lorsqu’une pluie diluvienne s’abat sur le gite.

Les longues heures d’attente seront l’occasion d’une remise en cause de leurs amitiés, de leurs vies mais également l’occasion de jeux de dupes.

Ainsi, les protagonistes s’empêtrent dans les manipulations afin de sauver leur entreprise. En effet, un inspecteur est venu examiner les problèmes de pollution engendrés par le rejet d’une odeur fétide par leur usine. Deux enjeux se confrontent alors : le maintien des emplois et les considérations écologiques.

Le groupe d’amis va tenter d’éliminer cet inspecteur encombrant avec des manoeuvres cocasses.

Au-delà de cette toile de fond, le narrateur vacille entre sa maîtresse, relation facile et sécurisante, et une parfaite inconnue, symbole d’une renaissance amoureuse.

Le ton du roman est pour le moins absurde. Le livre oscille entre des tergiversations amoureuses et une ambiance chaotique. Je n’ai pas réussi à accrocher avec le fil narratif de cet oeuvre.

J’ai largement préféré ma rencontre avec « Oh » et je déconseille ce roman pour une première approche de l’oeuvre de Philippe Djian.

Même si l’écriture est agréable, je n’ai pas été conquise par l’intrigue.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations : 

« Si ce doit être pour maintenant, ce ne sera plus à venir. Si ce n’est plus à venir, c’est pour maintenant. Et si ce n’est pas pour maintenant, pourtant mon heure viendra. L’essentiel c’est d’être prêt. » (Hamlet, V, 2).

« Si on ne peut pas avoir le cœur de quelqu’un, faut-il pour autant renoncer au reste ? »

Si Beale Street pouvait parler – James Baldwin (1974)

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Une histoire d’amour emprisonnée dans une Amérique rongée par le racisme. 

James Baldwin nous raconte une histoire d’amour, celle de Tish et Fonny. Amoureux depuis l’enfance, ils n’ont qu’une seule envie : créer une vie de famille comme les autres.

Le couple doit néanmoins survivre dans un climat oppressant de ségrégation. Ils restent marqués par leur couleur de peau, trace indélébile qui imprègne chacun de leur pas dans New-York. Tish est enceinte et un avenir paisible semble malgré tout se dessiner pour le jeune couple.

Cependant, à peine fiancés, ils sont rattrapés par un racisme implacable qui broie leur destinée. 

Fonny, cible toute tracée, est accusé à tort de viol et jeté en prison par un policier blanc. La justice américaine partiale se referme peu à peu sur lui.

La famille de Tish va essayer de braver l’impossible et entamer une défense perdue d’avance.

James Baldwin nous dresse le portrait d’un couple qui suffoque dans une Amérique profondément raciste. Reflet autobiographique, l’écrivain, ne supportant plus les discriminations ambiantes, quitte les Etats-Unis à l’âge de 24 ans.

Avec une profonde justesse, James Baldwin fait s’entremêler une histoire d’amour flamboyante avec les méandres d’une Amérique puritaine et raciste.

Un roman, malheureusement si contemporain, qui questionne et redonne malgré tout une forme de foi en l’humanité.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Dans cet oeil, vous n’existez pas, si vous avez de la chance. Mais si cet oeil, de sa hauteur, a été contraint de vous voir ; si vous existez dans cet univers hivernal qui s’étend derrière cet oeil, vous êtes marqué, marqué comme un homme en manteau noir qui s’enfuit en rampant dans la neige ».

« Le vrai crime, c’est d’avoir le pouvoir de placer ces hommes là où ils sont et de les y maintenir. Ces hommes captifs sont le prix secret d’un mensonge secret : les justes doivent pouvoir identifier les damnés »

Mademoiselle Chambon – Eric Holder (1996)

Et si nous parlions quelques instants de la fulgurance amoureuse ?

Antonio est maçon, il partage une vie tout en simplicité avec sa femme Anne-Marie et son fils, Kevin, une vie calme et douce sans l’ombre d’un frémissement mais pour autant remplie d’un amour serein.

Un jour Antonio va chercher son fils à l’école et va faire la connaissance de Mademoiselle Chambon, l’institutrice. L’attraction est immédiate et se tisse entre eux une relation tout en pudeur et en séduction.

Rapidement Antonio va être bouleversé par cette rencontre. Il va peu à peu vaciller et se sent de plus en plus happé par son désir naissant pour l’institutrice de son fils.

Mademoiselle Chambon commence, elle aussi, à prendre des prétextes pour revoir Antonio. Un triangle amoureux se forme peu à peu entre Antonio, Véronique et Anne-Marie.

Antonio va être emporté peu à peu dans ce pas de trois et verra son quotidien transformé.

Ce roman traite d’un thème récurrent de la littérature : l’infidélité. La plume d’Eric Holder nous en fait un tableau tout en délicatesse et transporte le lecteur dans la complexité du sentiment amoureux.

Ce moment de lecture juste et délicat ne restera pas indélébile mais m’a offert un doux instant de littérature…

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations :

« Parfois, il s’empêchait si fort de penser à elle, il en avait mal au ventre. Et, plié en deux, de tenir ainsi avec les mains son estomac noué, il concevait une sorte de vertige, son corps lui-même se révoltait contre, à proprement parler, sa volonté »

« Elle se revoit, les soirs d’hiver qu’il faisait si froid dehors, pelotonnée dans ses oreillers, à lire des romans interminables et bons. Elle ne se souvient pas d’être arrivée ici, chaque fois qu’elle rentrait du travail, sans une sorte de soulagement, l’hostilité, comme la froidure, ne passait pas la porte »

Une prière pour Owen – John Irving (1989)

Envie de plonger dans un univers hors norme ?

Bienvenue dans l’œuvre de John Irving et ses personnages hors du commun  !

Avec « Une prière pour Owen », nous faisons la connaissance d’Owen, ce petit être à la voix stridente et au caractère bien trempé. Owen est un personnage extrêmement humain qui touche le lecteur en plein cœur. Issu d’une famille de carriers, d’une intelligence supérieure et extrêmement croyant, il est malmené par ses camarades du fait de sa petite taille et de sa voix étrange. Ces railleries ne feront que renforcer son caractère au fil du temps.

Complémentaires, John et Owen, au fil des années, vont tisser une amitié forte et indestructible. John, le narrateur, est un être insignifiant, qui va mettre toute la lumière sur l’extravagance d’Owen.

Cette amitié sera aussi façonnée par un décès dramatiquement burlesque, hautement improbable et pourtant crédible. Cette mort tragique, au lieu de les séparer, sera comme le granit de leur relation.

Owen durant toute sa vie se sentira comme élu par une puissance qui le dépasse. Ce sentiment de toute puissance ne l’empêche pas de toucher son lecteur par sa sensibilité.

Si Owen se sent l’élu de Dieu, John, personnage largement autobiographique, est à la recherche de son père. Cette quête identitaire reste une clé de lecture de l’œuvre d’Irving.

John et Owen grandiront dans une Amérique sujette aux bouleversements politiques. A travers leurs voix, John Irving nous parle aussi de ses convictions politiques et nous plonge dans la guerre du Vietnam. J’ai apprécié cette toile de fond engagée qui transparaît durant tout le roman.

Le roman est aussi truffé de passages dramatiquement comiques, grotesques même. John Irving arrive ainsi à transporter son lecteur du rire aux larmes.

La densité du roman nous donne l’impression d’avoir littéralement vécu aux côtés de ses personnages dans leurs profondes intimités.

Owen fait partie des caractères qui ont marqué mon chemin littéraire.

Le monde d’Irving est inclassable et nous transporte à chaque roman ! Je ne peux que vous recommander son œuvre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

A découvrir aussi ma chronique coup de ❤ sur son roman >> Le monde selon Garp (1978)

Citations :

« La mémoire est un monstre : vous oubliez ; elle, non. Elle se contente de tout enregistrer à jamais. Elle garde les souvenirs à votre disposition ou vous les dissimule, pour vous soumettre à la demande. Vous croyez posséder une mémoire, mais c’est elle qui vous possède ! »

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante »

« Elle ne cessait de parler des livres comme des dernières cathédrales du savoir, que la télévision aurait pillées, puis abandonnées ». 

Tristesse et beauté – Yasunari Kawabata (1965)

Et si nous voyagions dans la délicatesse de la littérature Japonaise ?

Tristesse et beauté est ma première découverte avec la plume de Yasunari Kawabata, écrivain majeur de la littérature japonaise du XXème siècle et prix Nobel de littérature en 1968.

Durant toute son oeuvre, il décrit des personnages hantés par la solitude, la mort et la beauté.

Tristesse et beauté, publié en 1965, ne déroge pas à la règle et traite des thèmes chers à l’auteur.

Nous rencontrons Otoko, une peintre d’une quarantaine d’années et découvrons, au fil des pages, son passé et son amour passionnel et fusionnel pour Oki, un homme marié.

Otoko est âgée de 16 ans lorsqu’elle rencontre Oki. Extrêmement belle, elle fait la connaissance de cet homme bien plus âgé avec qui elle noue une relation passionnée emprunte de domination.

Cette relation la hantera à tout jamais et la conduira même jusqu’à la folie. Oki lui aussi est resté marqué par cet amour qui le hissera jusqu’à la gloire avec l’écriture de son plus beau livre « une jeune fille de seize ans ».

Des années plus tard, la veille du jour de l’An, Oki part écouter les cloches du monastère bouddhiste situé à Kyoto. Il n’a qu’un désir écouter le son des cloches de fin d’année en compagnie d’Otoko son ancien amour.

A cette occasion, Oki rencontrera Keiko, élève et amante d’Otoko. Sa beauté inégalable, jette le trouble dans les sentiments d’Oki et vient bouleverser sa vie, telle un écho à son passé et à son ancien amour pour Otoko.

Le charme de Keiko est implacable, elle envoûte Oki mais également son fils, Taichiro. Et pourtant, on ne connaît pas ses véritables motivations : son amour inconditionnel pour Otoko, un esprit de vengeance, ses désirs de jeunesse ?

Au fil de l’ouvrage, la mort commence à tisser ses premiers fils et la mystérieuse Keiko vient bouleverser l’équilibre familial de la vie d’Oki.

Cet ouvrage terriblement japonais, est rempli de raffinement et de nostalgie.

Cependant, je ne sais pas s’il restera indélébile dans mes mémoires de livres, peut-être car ce récit n’est finalement qu’une brume délicate qui vient se poser sur les souvenirs amoureux ?

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« C’est du coucher du soleil aux premières lueurs de l’aube, installé au bord de la rivière en mangeant et en buvant du saké, qu’il faut jouir de la fraîcheur du soir ».

« Le temps s’écoule pareillement pour tous les êtres humains, mais chaque homme se meut en lui selon un rythme qui lui est propre ».

« La brise de la rivière
Un lèger kimono fauve sur le dos
Fraîcheur du soir »

Portnoy et son complexe – Philip Roth (1969)

Et si nous commencions cette nouvelle année par des confessions sur le divan d’un psychanalyste ?

Alexander Portnoy, ce jeune homme de 33 ans livre à son psychanalyste les pires confessions. Il lui dévoile son rapport aux femmes, son rejet viscéral de ses parents surprotecteurs, son obsession pour la sexualité, son dédain pour la religion juive…

Elevé par une mère possessive et un père pour qui il n’a que très peu d’admiration, son destin d’enfant juif modèle le répugne.

Dès l’adolescence, il va s’engouffrer presque hystériquement dans un appétit sexuel qui ne semble jamais parvenir à contenir. Exutoire à ses frustrations et ses dilemmes moraux, son obsession pour la sexualité ne cesse de grandir.

Devenu un homme accompli intellectuellement, il refuse de reproduire le schéma familial en épousant une juive. Il préfère laisser libre court à ses pulsions.

Il fait la connaissance de Mary Jane Reed dit le « Singe », cette femme si lointaine du modèle parental. Complètement libre sexuellement, elle assouvit son appétit sexuel mais Alexander Portnoy estime qu’elle n’est pas à la hauteur de son intellect.

Arrogant et antipathique, Alexander n’engendre que très peu de tendresse et d’attachement chez le lecteur.

Durant toutes ses confessions à son psychanalyste, il effectue des va-et-vient incessants entre son modèle parental ancré et le rejet de son éducation.

Les ingrédients de l’univers de Philip Roth sont tous présents dans ce roman : un style corrosif, un humour carnassier, une description de la religion juive, des conflits familiaux, une culpabilité exacerbée et des préjugés tenaces décrits dans un style brillant.

Et pourtant, pour ma part, la magie n’a pas opéré. Ensevelie dans un discours parfois incohérent et noyée sous les références sexuelles crues, j’ai fini par perdre le fil de ma lecture.

Philip Roth n’a jamais cessé de me charmer au fil de ses romans et pour la première fois je suis malheureusement restée de marbre.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Mais enfin, pourquoi, bon Dieu, est-ce que je ne pourrais pas m’amuser un peu ? Pourquoi la moindre tentative de ma part dans la recherche du plaisir est-elle aussitôt illicite –pendant que le reste du monde se vautre en riant dans la boue ? « 

« Imaginez la chose : supposons que je me décide et que j’épouse A avec ses délicieux nichons et ainsi de suite, qu’arrivera-t-il lorsque B qui en possède d’encore plus délicieux –ou en tout cas de plus nouveaux- fera son apparition ? Ou C qui a une façon spéciale de remuer son cul dont je n’ai encore jamais fait l’expérience ; ou D, ou E, ou F. J’essaie d’être sincère vis-à-vis de vous, Docteur –parce qu’avec le sexe l’imagination humaine galope jusqu’à Z et ensuite au-delà ! »

Machenka – Vladimir Nabokov (1926)

« Mais aujourd’hui, le printemps est là,

A tous les coins, on vend du mimosa,

Je t’en apporte une branche ;

Elle est frêle comme un rêve… »

« Machenka », le premier roman de Vladimir Nabokov retrace les souvenirs nébuleux d’un amour adolescent.

Cet amour lie Ganine et Machenka, cette jeune femme mystérieuse dont on ne sait presque rien tout au long du récit.

Le cadre de ce roman nous laisse rêveur : une pension berlinoise où se rencontrent des réfugiés russes, plus attachants les uns que les autres, ayant fui leur pays après la révolution.

Koline et Gornotsvetov, un couple de danseurs professionnels ; Anton Sergueïevitch Podtiaguine, un vieux poète russe ; Klara, une femme naïve et tendre ou encore la logeuse, Lydia Nikolaïevna Dorn, veuve d’un homme d’affaires allemand timide et d’une extrême douceur.

Ganine, un homme froid et énigmatique, évolue dans cette pension où règne une atmosphère qui lui rappelle sa ville natale : la Russie.

Lors de son séjour, il rencontre Alfiorov, cet homme qui attend impatiemment sa femme : Machenka.

Ganine déniche une photo de cette femme énigmatique. Il découvre alors que cette épouse tant attendue n’est autre que son premier amour, un souvenir éblouissant et tendre. Il se replongera avec mélancolie et délice dans ce premier émoi d’une extrême pureté.

Avec ravissement, le lecteur revit cette passion de jeunesse. Tout en candeur, nous savourons l’émerveillement d’un premier amour.

Vladimir Nabokov nous dévoile un premier roman magistral qui nous transporte dans une écriture riche et poétique.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Ganine avait l’impression que le crépuscule fuligineux qui s’infiltrait graduellement dans la chambre pénétrait aussi lentement son corps, transformant son sang en brouillard, sans qu’il fût capable d’échapper au maléfice que le clair-obscur avait jeté sur lui ».

« Toutes ces choses banales et pourtant précieuses qui nous deviennent si familières à la vue et au toucher et dont la seule vertu est qu’elles permettent au voyageur condamné au mouvement perpétuel de se sentir chez lui, si peu que ce soit, quand, vidant ses malles, il retrouve ces bibelots fragiles, précieux, humains, pour la centième fois ».

« Rien ne ressuscite le passé aussi complètement qu’une odeur qui lui a jadis été associée ».

« Ce baiser de pluie d’automne était si long et si profond qu’ensuite de grandes taches lumineuses dansaient devant ses yeux ».