Les conditions idéales – Mokhtar Amoudi (2023)

Et si nous évoquions une enfance brisée ?

Skander est un enfant de l’Aide sociale à l’enfance. Abandonné par une mère dysfonctionnelle qui doit faire face à ses démons, Skander n’a jamais connu son père. Très jeune, il est placé en famille d’accueil.

A huit ans, Skander voit sa vie à nouveau basculer et va devoir changer de famille. Il déménage à Courseine, en banlieue parisienne et rencontre Madame Khadija. Si ce nouveau repère maternel a choisi la garde des enfants pour répondre à ses besoins d’argent, une relation particulière se tisse entre eux au fil des années.

Passionné par les études et amoureux des dictionnaires, Skander va peu à peu s’acclimater au monde extérieur et côtoyer les jeunes du quartier. Skander arrivera-t-il à maitriser son avenir ou glissera-t-il inexorablement vers la délinquance ?

Dans ce premier roman tendre, Mokhtar Amoudi met en exergue les déterminismes sociaux et les stéréotypes lancinants qui planent dans notre société. Avec un personnage particulièrement attachant et une connotation autobiographique, Mokhtar Amoudi revient sur une enfance chaotique tout en nous livrant un message d’espérance.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Je ne pensais pas à l’argent, j’étais content. On n’en aura jamais assez de toute façon. C’est comme l’amour. Il faut s’y faire ».

« On a été abandonné une fois, on se dit que ça ne pourra plus arriver, que jamais on ne se permettra de vous la refaire. Mais un adulte, c’est capable de tout »

La mer est un mur – Marin Postel (2024)

Et si nous vivions sur une île ?

Loin du tumulte parisien, une famille retrouve sur des périodes estivales, le calme de ses origines dans une île de la Manche située à vingt kilomètres du continent. Sur ce bout de terre coupé du monde, les saisonniers, les propriétaires des maisons blanches et les pêcheurs se croisent.

Certains habitants vivent à demeure tandis que les propriétaires terriens ont choisi d’y séjourner pour de courtes périodes. S’ils ont en commun une passion pour la beauté des paysages et la splendeur de la mer, leur horizon reste différent. Ceux qui n’ont jamais quitté l’île perçoivent rapidement les limites de la mer dans une vie quotidienne spartiate entre la caserne et leur bateau de pêche.

Antoine, le fils d’une famille de propriétaires, est hypnotisé par la vie des locaux et va peu à peu se rapprocher des habitants de la caserne. Jusqu’où son attraction pour l’île le conduira-t-il ?

Dans ce premier roman, Marin Postel nous emporte avec beaucoup de mélancolie face aux embruns à l’assaut de cette île imaginaire. J’ai aimé naviguer dans ce roman délicat entre les séparations douloureuses, les amertumes et l’émancipation tant salvatrice que douloureuse d’un jeune homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Alors mon père avait eu la même tête que ces baigneurs sur la plage, en fin de journée, quand le soleil subitement se retire : un frisson léger, une angoisse passagère, cette sensation étrange qu’un bout de leur bonheur s’achève, que la vie peut leur échapper ».

« Et c’est peut-être avec l’un de ces sourires narquois, l’une de ces plaisanteries faciles partagées autour d’un verre pris légèrement trop tôt, qu’un jour Antoine a décrété que sa place était ici. Il a cru, lui aussi, qu’il était fait d’un meilleur bois »

Libre Ida – Christian Boghos (2024)

Et si nous entendions le cri d’une révolte ?

Dans ce roman, Christian Boghos nous propose de suivre l’engagement d’une femme en quête de liberté.

Face à la montée du fascisme en Italie et à l’influence de Mussolini, Ida a décidé de s’éveiller. Elle choisit de faire face à la violence des chemises noires et s’engage dans la résistance. Si ses premiers pas dans le mouvement sont timides, son influence grandit peu à peu et elle devient un véritable relai pour permettre au parti communiste de consolider son influence en Sicile.

Tapie dans l’ombre, elle va multiplier les actions. Au coeur de la résistance, elle perçoit aussi qu’elle est une femme soumise à l’influence écrasante et à la violence des hommes. Au-delà d’une révolte politique pourra-t-elle gagner sa liberté ?

Si j’ai beaucoup aimé la thématique et le versant politique de ce roman, je n’ai pas été transportée par la trame narrative. Si ce roman propose une ode à la liberté féminine, il a pour ma part manqué de relief.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Quand un pays s’enfonce dans une folie que peut-on faire chacun à sa place ? Agir sur son cercle proche, relier, sauver, aider en espérant que les autres feront de même ».

Le Dévouement du suspect X – Keigo Higashino (2005)

Et si nous parlions d’un polar japonais ?

Dans ce roman policier, enquête et esprit scientifique s’entrecroisent pour percer le mystère d’un meurtre.

Discret professeur, Ishigami mène une vie solitaire entre les cours qu’il dispense et sa passion dévorante pour les mathématiques. En secret, il s’est épris de sa voisine Yasuko, une femme divorcée vivant dans le même immeuble avec sa fille.

Lorsque l’ex-conjoint de Yasuko la harcèle, une altercation dans l’appartement tourne au drame et Yasuko commet l’irréparable. Ishigami lui propose son aide pour camoufler le meurtre. Sa logique implacable lui sera indispensable pour venir en aide à sa voisine. Les enquêteurs aidés par un physicien brillant vont-ils réussir à percer le mystère de ce crime ?

Si je ne suis pas une adepte des policiers, j’ai aimé la sobriété et la dimension psychologique de ce roman. Si le rythme est lent, le dénouement final offre une subtilité au récit qui reste un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Les préjugés sont nos ennemis. Ils nous empêchent de voir ce que nous avons sous les yeux »

« Il n’y a pas d’engrenage inutile en ce bas-monde et l’engrenage décide seul à quoi il peut servir… »

Sauvage – Julia Kerninon (2023)

Et si nous rencontrions une femme flamboyante ?

Avec « Sauvage », Julia Kerninon nous propose un nouveau portrait de femme où s’entremêle gastronomie et soif d’indépendance.

Depuis son enfance, Ottavia Selvaggio est imprégnée par la cuisine. Son père est un cuisinier réputé à Rome. Cette passion a marqué sa vie de famille. Comme un acte de rebéllion face au métier dévorant de son mari, la mère d’Ottavia n’a jamais cuisiné. Elle semble lui avoir gardé rancune de cette carrière qui a englouti ses propres ambitions.

Malgré les réticences de sa mère, Ottavia Selvaggio décide de suivre les traces de son père et s’intéresse à la cuisine. Elle fait des premiers pas timides dans un milieu presque exclusivement masculin. Lorsqu’elle se passionne pour ce métier, Ottavia fait aussi la rencontre d’un cuisinier avec qui elle tisse une relation tumultueuse. Pourtant un homme vient tout bouleverser en lui proposant sur un coup de tête de le rejoindre à Paris. Ses amours impétueux et exigeants risquent d’engloutir sa liberté. Ottavia parviendra-t-elle à concilier sa vie de femme et ses ambitions ?

Avec une plume toujours aussi vibrante, Julia Kerninon parvient à nous plonger facilement dans le parcours d’Ottavia. S’il ne me laissera peut-être pas un souvenir indélébile, j’ai dévoré ce roman sensoriel.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Il semble que tout le monde ait oublié une loi fondamentale : la littérature est une affaire de forme bien avant d’être une histoire de fond. Tout a déjà été dit, tout a déjà été. Nous savons à peu près ce qu’est la vie, parce que nous la vivons. Ce que nous allons chercher dans la littérature, ce que nous devons y chercher, ce n’est pas ce que nous connaissons, mais ce que nous ne connaissons pas. C’est le dépaysement qui est précieux – le désemparement ». 

555 – Hélène Gestern (2022)

Et si nous écoutions de la musique classique ?

En travaillant sur l’étui d’un violoncelle Grégoire, un ébéniste, découvre une partition dissimulée. Il décide de montrer les feuillets anciens à Giancarlo, son associé luthier. Après avoir examiné la partition avec minutie leur curiosité s’accentue au point de se rapprocher d’une célèbre musicienne afin de percer le mystère.

Spécialiste du clavecin, Manig Terzian se voit confier la partition. Lorsqu’elle commence à interpréter la sonate, l’intensité de la musique est si incroyable qu’elle pense immédiatement à Domenico Scarlatti. La légende plane toujours autour de ce compositeur et sur l’existence de sonates inédites. Un musicologue et un collectionneur richissime vont aussi s’intéresser à cette partition. Qui parviendra à percer le mystère de cette musique ?

Dans ce roman choral rythmé, Hélène Gestern nous propose une enquête musicale. Nous suivons naturellement et avec fluidité les personnages dans cette quête tout en vitalité. Si ce roman ne me laissera pas une trace indélébile, j’ai cependant passé un moment de lecture agréable à l’écoute de la musique de Scarlatti.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Elle retournait la musique comme un gant, elle lisait à travers elle comme à travers une eau cristalline. Ses mains noueuses, sa silhouette marquée par la voussure de l’âge semblaient aimantées par le clavier ».

Fuir – Jean-Jacques Toussaint (2005)

Et si nous prenions la fuite pour la Chine ?

Dans ce récit onirique, le narrateur amorce un voyage inquiétant et envoûtant pour la Chine.

A son arrivée à Shanghai, le narrateur rencontre son seul contact sur place, l’énigmatique Zhang Xiangzhi. Cet homme, une connaissance de son ex-compagne Marie, devient son unique repère dans ce pays bouillonnant. Il lui offre un téléphone portable et lui sert de guide.

Enivré et perdu dans cette ville aux lumières crues et à l’atmosphère étouffante, le narrateur rencontre Li Qi. Leur attraction sensuelle est immédiate. Li Qi lui propose de la suivre à Pékin, que lui réserve la suite de ce voyage ?

Dans une atmosphère cinématographique où les images jaillissent à chaque page, Jean-Jacques Toussaint avec un style unique et contemporain, nous transporte en quelques lignes dans son univers. J’ai beaucoup aimé ce roman dépouillé qui nous propose un séjour aérien en Chine.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Depuis cette nuit (…), je percevais le monde comme si j’étais en décalage horaire permanent, avec une légère distorsion dans l’ordre du réel, un écart, une entorse, une minuscule inadéquation fondamentale entre le monde pourtant familier qu’on a sous les yeux et la façon lointaine, vaporeuse et distanciée, dont on le perçoit ».

« Puis, dans la brève hésitation que nous marquâmes l’un et l’autre avant de repartir, nos épaules se touchèrent, s’effleurèrent presque consciemment, s’abandonnèrent l’une à l’autre, il était impossible que ce fût fortuit, nos regards se croisèrent encore et je sus alors avec certitude qu’elle aussi avait été consciente de ce nouveau contact secret entre nous, comme une ébauche, la rapide esquisse de l’étreinte plus complète, de nouveau différée, qui ne tarderait plus ».

« j’écoutais la faible voix de Marie qui parlait dans le soleil du plein après-midi parisien et qui me parvenait à pleine altérée dans la nuit de ce train, la faible voix de Marie qui me transportait littéralement, comme peut le faire la pensée, le rêve ou la lecture, quand, dissociant le corps de l’esprit, le corps reste statique et l’esprit voyage, se dilate et s’étend, et que, lentement, derrière nos yeux fermés, naissent des images et resurgissent des souvenirs, des sentiments et des états nerveux, se ravivent des douleurs, des émotions enfouies, des peurs, des joies, des sensations, de froid, de chaud, d’être aimé, de ne pas savoir, dans un afflux régulier de sang dans les tempes, une accélération régulière des battements du coeur, et un ébranlement, comme une lézarde, dans la mer de larmes séchées qui est gelée en nous ».

Le château des trompe-l’oeil – Christophe Bigot (2022)

Et si nous rencontrions une baronne ?

En 1837 Baptiste Rivière, un jeune clerc de notaire, se voit confier l’estimation des biens du château d’Escreuil. Cette demeure inquiétante à proximité du Mont-Saint-Michel, cache de terribles secrets.

Une ancienne comédienne, veuve d’un baron guillotiné sous la Terreur reste recluse dans une partie inaccessible du château. Baptiste cherche à s’entretenir avec cette baronne mystérieuse. Cependant, avant de lui faire face, il doit rencontrer les intendants du domaine Rose et Etienne Langlois. L’ambiance pleine de dissimulations jette le trouble sur les intentions des proches de la Baronne. Baptiste en s’aventurant dans les recoins du château parviendra-t-il à en percer les mystères ?

Ce roman à l’atmosphère gothique entremêle des références historiques avec des récits sulfureux comme ceux du Marquis de Sade. Entre mystères, amours interdits et érotisme, Christophe Bigot cherche à surprendre le lecteur. Si je n’ai pas toujours été conquise par le mélange des genres, cette oeuvre a cependant attisé ma curiosité.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Cette nuit-la, Baptiste rêva de nouveau d’un bonheur vague et incandescent »

« L’amour naissant, nourri de la conscience d’une chance rare, a le don de tout dorer à l’or fin ».

La petite-fille – Bernhard Schlink (2023)

Et si l’amour pouvait tout réconcilier ?

Kaspar, un septuagénaire passionné de littérature tient une modeste librairie à Berlin. Suite au décès soudain de Brigit sa femme, Kaspar découvre dans son bureau l’ébauche d’un roman. Entre les lignes, les secrets de Brigit se dévoilent. Il découvre qu’elle a abandonné sa fille lors de sa naissance avant de prendre la fuite pour l’Allemagne de l’Ouest avec lui.

Cette fille inconnue, élevée dans l’Allemagne de l’Est, offre la possibilité pour Kaspar d’avoir une famille. Il décide de reconstruire le passé de Brigit et de retrouver l’enfant perdu de la RDA. Sa quête le mène jusqu’à sa petite-fille par alliance, Sigrun. Cette adolescente à la chevelure de feu redonne à Kaspar une toute nouvelle vitalité. Il va se jeter dans cette nouvelle relation pleine de promesses et lui faire partager son amour pour l’art et la culture.

Cependant, Sigrun a depuis toujours évolué dans un milieu bien différent des valeurs de Kaspar. Fervente antisémite et négationniste, Sigrun glorifie des idéaux glaçants. Une relation pourra-t-elle se tisser entre eux malgré tout ce qui les oppose ?

Dans ce roman émouvant, Bernhard Schlink convoque le passé d’une Allemagne morcelée. J’ai beaucoup aimé cette oeuvre, le personnage de Kaspar tout en pudeur suscite énormément de tendresse. La relation qu’il noue avec sa petite-fille m’a profondément émue.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Quand j’écoute Bach, j’ai le sentiment que la musique contient tout, le léger et le lourd, le beau et le triste, et qu’il les réconcilie ».

« Il fit une pause. Devait-il ajouter qu’il était fier d’elle?
Mais il voyait venir l’échange où elle se dirait fière d’etre une Allemande, et il répondrait qu’on ne peut pas être fier de ce qu’on est, mais seulement de ce qu’on a le mérite d’avoir fait, et il n’avait certes pas mérité Sigrun. II décida aussi de ne pas lui dire qu’il était heureux qu’elle soit sa petite-fille; soit il lui manifesterait ce bonheur et elle le remarquerait en de nombreuses situations, et alors il n’aurait pas besoin de l’exprimer, soit l’exprimer ne servirait à rien là où il échouerait à le manifester et à le lui faire remarquer. Il ne souhaitait pas avoir d’autre petite-fille, il avait trouvé celle-ci et voulait la garder. »

Chevreuse – Patrick Modiano (2021)

Et si nous côtoyons les fantômes de Patrick Modiano ?

Avec un sens inné de la plume, Patrick Modiano partage les souvenirs enfouis de son enfance et fait ressurgir la maison de la rue du Docteur-Kurzenne.

Double littéraire de Patrick Modiano, Jean Bosmans fait la rencontre de Camille. Avec elle, il fait un véritable voyage dans le passé. Elle le conduit pour un pélerinage dans la vallée de Chevreuse jusqu’à retrouver la maison de son enfance. Cette visite fera réapparaitre un magot dissimulé et avec lui des personnages inquiétants. Les noms de Michel de Gama et Guy Vincent émergent du passé et l’inquiétude de Jean Bosmans est de plus en plus palpable. Jusqu’où ces rencontres le conduiront-il ?

Avec une style remarquable, Patrick Modiano puise dans des rencontres nimbées de mystère pour faire jaillir de somptueux personnages de roman. J’ai aimé me plonger à nouveau dans cette ambiance si particulière enveloppée de nostalgie.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Son professeur de philosophie lui avait confié jadis que les différentes périodes d’une vie – enfance, adolescence, âge mur, vieillesse – correspondent aussi à plusieurs morts successives. De même pour les éclats de souvenirs qu’il tâchait de noter le plus vite possible : quelques images d’une période de sa vie qu’il voyait défiler en accéléré avant qu’elles ne disparaissent définitivement dans l’oubli ».

« Et puis, l’été était venu, un été comme il n’en avait jamais connu auparavant, un été à la lumière si limpide et si brûlante que ces fantômes avaient achevé de s’évaporer »