Némésis – Philip Roth (2010)

Et si nous explorions l’enfer de la culpabilité ?

Dans ce roman poignant, Philip Roth retranscrit les ravages d’une épidémie de polio dans un quartier juif de Newark.

Durant l’été caniculaire de 1944, Bucky Cantor doit rester dans sa ville natale et ne peut pas combattre sur le front européen comme ses deux meilleurs amis. Exempté en raison d’une déficience visuelle, une profonde honte ronge ce garçon vigoureux et sportif. Pour pallier à son inaction, Bucky s’investit pleinement comme animateur du terrain de jeu de la ville et devient un véritable mentor pour les enfants. Quand la contagion s’accélère dans la ville, l’angoisse monte.

Rongée par l’inquiétude, sa fiancée lui propose de quitter la ville. Face à son sens du devoir, Bucky choisira-t-il la fuite ?

Avec un talent narratif indéniable, Philip Roth entremêle force et fragilité, et fait transparaître toutes les contradictions d’un homme face à une réalité implacable. Dans cette dernière œuvre digne d’une tragédie grecque, il confirme toute l’ampleur de son talent et nous fait entrevoir le désarroi d’un homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Il ne put poursuivre, il s’était mis à pleurer, de façon gauche, inexperte, comme pleurent les hommes qui d’habitude se croient de taille à faire face à n’importe quoi ».

« Ne vous battez pas contre vous-même. Il y a déjà suffisamment de cruauté dans le monde. »

« Parfois on a de la chance, et parfois on n’en a pas. Toute biographie tient du hasard et, dès le début de la vie, tout relève du hasard, de la tyrannie de la contingence. Le hasard, je crois que c’est ce que Mr Cantor voulait dire quand il accusait ce qu’il appelait Dieu »

Les garçons de l’été – Rebecca Lighieri (2017)

Et nous surfions sur un roman sauvage ?

Zachée et Thadée, deux frères beaux, lumineux et intelligents respirent la jeunesse et toutes ces perspectives. Amateurs de surf, ils s’adonnent à ce sport sans retenue sous la chaleur torride de l’île de La Réunion.

Envahie par une profonde fierté à leur égard, Mylène, leur mère les adule. Ses fils sont sa plus grande réussite. Mylène en oublie parfois leur plus jeune sœur, Ysé, sensible et créative. Derrière ce vernis de perfection, cette famille bourgeoise cache des zones d’ombre. Quand un terrible accident survient et que Thadée est attaqué par un requin sur l’île de la Réunion, tout bascule. L’envers diabolique de Thadée se dévoile et l’équilibre familial explose. Jusqu’où cet élan dévastateur, empli de noirceur, va-t-il les engloutir ?

Dans ce roman haletant et magnétique, nous sommes happés par cette famille terriblement dysfonctionnelle rongée par la jalousie et les mensonges. Entre malveillance et lumière, nous oscillons pendant tout le roman. J’en suis restée profondément ébranlée, un roman qui ne s’oublie pas !

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Avec eux, je tremble, je frémis, je suis dans l’adoration, et ce n’est pas un service à rendre aux enfants que de les adorer. »

« J’ai embrassé l’aube d’été et j’ai cru que cette sensation-là, cette communion entre moi et les éléments, cette harmonie entre mon corps et mon esprit, ce serait ma vie. »

Babylone – Yasmina Reza (2016)

Et si une soirée entre amis tournait au drame ?

Elizabeth éprouve une tendresse et une proximité inexplicable pour Jean-Lino, son voisin dont la gentillesse et la sollicitude l’attendrissent. Lorsqu’elle organise une fête de printemps avec quelques amis, Elizabeth invite naturellement Jean-Lino et sa femme Lydie.

Assaillie par les contraintes sociales, Elizabeth organise avec minutie et anxiété les festivités. Lors de cette soirée arrosée et rieuse, Jean-Lino met de côté sa timidité et se moque de sa femme et de son altruisme envers les animaux. Bien plus tard dans la nuit, Jean-Lino frappe à la porte de ses voisins et révèle qu’il a étranglé sa femme. Comment cette soirée festive s’est-elle transformée en drame ?

Ce roman percutant révèle la complexité des interactions sociales. Yasmina Reza balaye les convenances et dévoile les failles qui se cachent derrière les sourires. Dans une atmosphère théâtrale et cynique, nous sommes emportés par ce roman qui oscille entre satire sociale et drame.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

« Ce ne sont pas les grandes trahisons, mais la répétition des pertes infimes qui est la cause de la mélancolie ».

« On est quelque part dans le paysage jusqu’au jour où on n’y est plus ».

Patronyme – Vanessa Springora (2025)

Et si nous nous interrogions sur notre filiation ?

Avec un style limpide, Vanessa Springora nous entraîne à travers une enquête familiale qui laisse entrevoir un passé trouble.

Au décès de son père, Vanessa Springora s’interroge sur cet homme avec qui elle n’a jamais véritablement tissé de relation. Si elle n’a pas revu son père depuis une dizaine d’années, sa mort brutale fait ressurgir des souvenirs enfouis.

Dans ses affaires, elle découvre une photographie de son grand-père arborant un insigne nazi. Cette révélation sur le passé d’un aïeul qu’elle chérissait remet en cause toute l’histoire familiale. Elle avait toujours pensé que son grand-père, citoyen tchèque, s’était réfugié en France après avoir été enrolé de force dans l’armée allemande. Dans cette enquête pour comprendre les choix de son grand-père, elle explore l’origine de son nom. Jusqu’où cette quête identitaire va-t-elle la conduire ?

Dans un style élégant, Vanessa Springora lève le voile sur une enquête laborieuse et obsessionnelle où elle explore ses origines et tente de comprendre son héritage.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Mais tout a sans doute reposé sur un malentendu : ton père était peut-être un criminel, mais pas plus que ces millions d’hommes pris en otage dans une époque où la soumission était pour la majorité la seule façon de survivre ».

« Dans son roman L’ignorance, Kundera rappelle qu’en espagnol « être nostalgique » s’exprime par le verbe añorar dont l’étymologie est la même que celle du mot « ignorer ». Chez tout exilé, le pire des sentiments serait ainsi l’ ignorance de ce qui se passe dans le pays laissé derrière soi, de ce que deviennent les êtres chers. La nostalgie de ce qu’on n’a pas vécu, de ce qu’on a manqué, en somme »

« Chaque individu, qu’il le veuille ou non, est le dépositaire d’une histoire qui ne lui appartient pas, et dont il ne connaitra jamais que les contours, une histoire estompée par le temps, remodelée par l’obscur fonctionnement de la mémoire, et par les récits qu’on a bien voulu lui en faire ».

Le roman de Jim – Pierric Bailly (2021)

Et si nous évoquions une paternité ?

Dans le décor somptueux des forêts d’épicéas, en plein cœur du Jura, s’épanouit un amour évident, affranchi des liens du sang.

Aymeric, un jeune homme timide et mutique, a enchaîné les contrats précaires parfois à la limite de la légalité. Après un court séjour en prison et une séparation douloureuse avec son amour de jeunesse, il revoit Florence. Malgré la différence d’âge et sa grossesse, leur attraction est une évidence.

À la naissance de Jim, Aymeric prend naturellement la place du père. Même si aucune démarche officielle n’est engagée, il tisse avec l’enfant un lien unique et fusionnel. Avec une profonde émotion, il le voit grandir et participe à son éducation. Lorsque le père biologique refait surface, l’équilibre familial vacille. Aymeric pourra-t-il conserver sa place auprès de Jim ?

Dans ce roman sensible porté par une écriture tout en retenue, Pierric Bailly parvient avec une grande justesse à interroger cette paternité choisie. J’ai été littéralement conquise par ce roman émouvant qui fend le cœur et dont il est impossible de se détacher.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citation

« Depuis sa naissance, je ne vivais qu’à travers ce gamin qui n’était pas le mien, je lui avais tout cédé, ce môme m’avait tout écrasé, il avait annulé chez moi toute ambition professionnelle, il était devenu plus important que tout ce que j’avais connu jusqu’alors, il avait rendu tout le reste sans intérêt ».

Je suis fan – Sheena Patel (2024)

Et si nous choisissions les épines ?

Dans ce premier roman audacieux et dérangeant, Sheena Patel explore les relations toxiques sous la toute-puissance des réseaux sociaux.

En décidant de tromper son compagnon et de s’engouffrer dans une liaison tumultueuse, la narratrice finit par perdre pied. Elle voue une obsession pour un homme inaccessible qui multiplie les conquêtes féminines. Pour percer son mystère et s’immiscer dans sa vie, elle navigue sur les réseaux sociaux et entame une traque sans merci pour tenter de le conquérir.

Cet homme marié entretient également une liaison avec une autre femme. Cette amante affiche une perfection de façade et se complaît dans le luxe et la superficialité. Cette chasse numérique se transforme peu à peu en névrose et révèle toute la malveillance de la narratrice. Envahie par la jalousie et l’envie, parviendra-t-elle à contenir ses pulsions ?

Dans ce récit résolument moderne et fragmentaire, Sheena Patel casse les codes et propose une immersion sans floriture dans la perversion des relations, sous l’influence déformante des réseaux sociaux.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Je peux sentir la perversion de sa cruauté contenue dans son émerveillement devant mes larmes ».

« Je vis dans la rêverie. Mes rêveries tournent constamment autour de lui. Je veux que l’homme avec qui je veux être change. (…) Je fantasme et je tombe amoureuse d’une version de lui dont je ne suis pas sûre qu’elle existe en dehors de mon imagination ».

Les Sirènes de Badgad – Yasmina Khadra (2006)

Et si nous plongions dans l’enfer de Bagdad ?

Avec ce roman, Yasmina Khadra nous propose une immersion dans une guerre dévastatrice.

Un jeune Bédouin vit à Kafr Karam, modeste village jusqu’alors préservé du conflit. Dans ces terres reculées, la vie s’écoule paisiblement entre les traditions et le silence du désert. Quand le jeune homme découvre la violence et les exactions des soldats américains, tout s’effondre. Face à son village dévasté et au déshonneur familial, une immense vague de haine submerge ce jeune homme d’un naturel paisible.

Porté par une colère implacable, il décide de rejoindre Bagdad et glisse dans les ténèbres de la radicalisation. Jusqu’où ira-t-il pour laver l’affront et le déshonneur ?

Ce dernier roman vient clore la trilogie après « Les hirondelles de Kaboul » et « L’attentat ». Si ce dernier volet m’a paru moins percutant que les précédents, Yasmina Khadra témoigne des mécanismes de la violence et de l’incompréhension profonde entre Orient et Occident. Ce roman, bien que moins émouvant, demeure tout aussi glaçant et explore le parcours d’un jeune homme brisé par la guerre.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Il faut t’endurcir. Il faut savoir renoncer aux peines des autres ; elles ne sont bonnes ni pour eux ni pour toi. Tu es trop mal loti pour t’attendrir sur le sort d’autrui… » En vain. On ne naît pas brute, on le devient ; on ne naît pas sage, on apprend à l’être. Moi, je suis né dans la misère et la misère m’a élevé dans le partage ».

« Ça a toujours été ainsi ; quand on ne trouve pas un sens à un malheur, on lui invente un coupable ».

La foudre – Pierric Bailly (2023)

Et si nous percevions une fascination dérangeante ?

Au cœur du Jura, Julien évolue paisiblement dans une montagne qu’il connaît parfaitement entre ses brebis et ses chiens. Il s’apprête à vivre un changement radical lorsque sa compagne, Héloïse, est mutée sur l’île de La Réunion. S’il n’ose l’avouer, il appréhende ce départ qui vient ébranler son quotidien solitaire dans les alpages.

Dans son chalet, il découvre une coupure de presse qui évoque le meurtre d’un chasseur par un militant écologiste. Il découvre que le mis en cause est Alexandre, son ancien ami de lycée. Ce fait divers fait ressurgir des souvenirs enfouis et la relation ambivalente qui le liait à Alexandre. Intrinsèquement marqué par le charisme d’Alexandre, celui-ci exerçait sur lui un tel magnétisme qu’il s’était même imprégné de son rire. Face à ces révélations, il décide dans un élan soudain entre curiosité et compassion de recontacter Nadia, la femme d’Alexandre.

Happé par cette fascination mêlée de jalousie pour Alexandre, Julien se rapproche de Nadia jusqu’à intégrer son quotidien. Jusqu’où cette relation équivoque le conduira-t-il ?

Dans un décor somptueux, ce roman orageux explore des relations amicales et amoureuses d’une rare intensité et empreintes de fantasmes. Pierric Bailly interroge également l’influence des liens noués durant l’adolescence sur la construction de notre identité. Si je n’ai pas retrouvé l’élan narratif du « Roman de Jim » et que j’ai perçu quelques longueurs, j’ai néanmoins beaucoup aimé la richesse psychologique de cette œuvre.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« C’est ça la bascule de la quarantaine. La période de l’enfance et de l’adolescence qui s’amenuise. Non seulement on s’en éloigne, mais au regard de tout ce qu’on a vécu ensuite, l’enfance et l’adolescence paraissent de plus en plus concises. Ça reste des moments fondateurs mais des moments qui n’ont pas duré aussi longtemps qu’on le pensait ».

« Quand on y pense, l’influence de ce type sur ma vie est démente. Ce type avec lequel je n’ai rien partagé d’important et que j’ai finalement peu fréquenté est à l’origine de tous les tournants décisifs de mon existence ».

Un autre m’attend ailleurs – Christophe Bigot (2024)

Et si nous évoquions les dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar ?

Dans ce roman, Christophe Bigot lève le voile sur la dernière relation fusionnelle et destructrice de Marguerite Yourcenar.

En 1980, Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie Française. Reconnue par ses pairs, sa renommée littéraire est à son apothéose.

Derrière cette réussite se cache un grand bouleversement dans l’existence personnelle de Marguerite Yourcenar. Grace Frick, sa compagne depuis quarante ans vient de succomber à la maladie qui la ronge depuis plusieurs années. Face au deuil, elle cherche à quitter une vie sédentaire aux États-Unis et retrouver un souffle de vie.

Quelques mois plus tôt, elle a rencontré Jerry Wilson, d’une beauté envoûtante, elle est subjuguée par cet homme qui fait renaître un amour enfoui. Le caractère solaire et la vitalité de Jerry l’entraînent à travers le monde. Mais que se cache-t-il derrière cet homme charismatique ?

Christophe Bigot choisit de nous révéler sa propre interprétation des dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar en se basant sur des faits réels. Si j’ai aimé me plonger dans la vie de cette écrivaine, je n’ai pas adhéré au versant romanesque de cette œuvre.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« La sensualité dure autant que la vie, plus ou moins forte selon les individus, et on est sans cesse forcé d’en tenir compte. J’ai appris à connaître que l’érotisme demeure un rite sacré jusqu’à la fin des jours. Ce dont j’avais cru m’évader est miraculeusement revenu ».

« Le bonheur, est-il autre chose qu’une illusion rétrospective? Quand bien même on saurait qu’on est heureux à un certain moment, ce sentiment serait encore altéré par la conscience qu’on en a, la crainte qu’il ne s’arrête, voire l’impression étrange que le ver est déjà dans le fruit ».

Stupeur – Zeruya Shalev (2023)

Et si nous évoquions un chamboulement intérieur ?

Dans Stupeur, Zeruya Shalev explore les méandres intérieurs de deux femmes entre pardon, culpabilité, colère et non-dits.

Ayant entretenu une relation conflictuelle avec son père, Atara n’a jamais véritablement compris cet homme. Au moment de son décès, elle entrevoit la vie de son père avant qu’il devienne cet être maltraitant qui a profondément fragilisé son enfance. Face à ce secret, elle essaie de le comprendre et rencontre sa première épouse : Sarah.

La rencontre avec le premier et unique grand amour de son père va heurter son existence. Atara parviendra-t-elle à résoudre ses propres névroses en découvrant l’histoire familiale ?

A travers les trajectoires de ces deux femmes, Zeruya Shalev dévoile l’histoire israélienne où se mêlent le politique et le religieux. Si j’ai trouvé quelques longueurs dans ce roman, j’ai aimé sa portée psychologique et les bouleversements intérieurs de ses deux protagonistes.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Elle avait aussi une prière spéciale, qu’elle se répétait avant de dormir, ses petites mains plaquées l’une contre l’autre dans une supplique chuchotée. « Mon Dieu, rappelle-le bientôt à toi ou alors apprends-lui à aimer » ».

« Leur vie commune lui apparait soudain comme des travaux forcés, ils creusent au fond d’une mine le plus souvent sombre et étouffante, mais, de temps en temps, découvrent quelques diamants d’une beauté inégalée »

« C’est qu’elle a soudain l’impression que la fin de sa famille annonce la fin du monde, tout va s’effondrer, la ville, le pays, la terre entière, et personne n’aura le temps de dire adieu à son prochain. En une nuit, une catastrophe soudaine va anéantir l’espèce humaine qui ne sait pas aimer. Vous avez réussi à aller dans l’espace, à construire des tours qui atteignent les cieux, à faire des découvertes époustouflantes, mais vous n’avez pas appris à aimer ».