Un chant de Noël – Charles Dickens (1843)

Et si nous prolongions la magie de Noël ?

Dans ce conte, Charles Dickens propose que la féérie de Noël vienne humaniser les relations.

Ebenezer Scrooge est un être aigri, colérique et avare ; il préfère rester seul et évite tout contact avec autrui. Taciturne, il cultive un caractère exécrable vis-à-vis de son entourage, qu’il s’agisse de son employé ou de sa propre famille.

Dans la nuit de Noël, le fantôme de son ancien associé, Jacob Marley, lui apparaît. Il lui annonce que plusieurs esprits vont venir remettre en cause ses convictions. Ces apparitions successives convoquent son passé, son présent et son futur, et l’initient à l’empathie. Scrooge va alors percevoir le monde sous un nouveau regard. Comment cette nuit magique viendra-t-elle ébranler son existence ?

Malgré la richesse de l’écriture, qui promeut avec réussite les bons sentiments, ce texte ne m’a pas réellement émue. En effet, ce conte n’est pas parvenu à me transporter pleinement dans son univers onirique.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Par une heureuse, juste et noble compensation des choses d’ici-bas, si la maladie et le chagrin sont contagieux, il n’y a rien qui le soit plus irrésistiblement aussi que le rire et la bonne humeur ».

« Le brouillard et les frimas enveloppaient tellement la vieille porte sombre de la maison, qu’il semblait que le génie de l’hiver se tient assis sur le seuil, absorbé dans ses tristes méditations »

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig (1927)

Et si nous nous laissions enivrer par une passion ?

Une femme âgée et distinguée décide de confier à une jeune homme le récit de l’épisode le plus fugitif et le plus marquant de son existence. Avec appréhension, elle confesse les vingt-quatre heures qui ont bouleversé sa vie.

Des années plus tôt après le décès de son mari, cette anglaise a rencontré un jeune homme au casino de Monte-Carlo. Littéralement fascinée par les mains de cet homme consumé par le jeu, elle est hypnotisée par l’urgence et la passion qui se dégagent de sa gestuelle. Elle décèle rapidement la détresse qui irradie du jeune homme et décide de lui porter secours. Pourtant son devoir est emprunt d’une attraction sensuelle indéniable, jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour le sauver ?

Dans cette nouvelle aux ressorts psychologiques brillants, Stefan Zweig nous propose une immersion dans l’esprit d’une femme foudroyée par la passion. La fièvre amoureuse et l’addiction aux jeux s’entrecroisent dans un ballet lancinant et envoûtant. Dans ce court récit Stefan Zweig est tout simplement au sommet de son art !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« …mais le sentiment d’une femme sait tout, sans paroles et sans conscience précise. Car…maintenant je ne m’abuse plus…, si cet homme m’avait alors saisie, s’il m’avait demandé de le suivre, je serais allée avec lui jusqu’au bout du monde ; j’aurais déshonoré mon nom et celui de mes enfants… »

« Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé »

Récitatif – Toni Morrison (1983)

Et si nous lisions une énigme de Toni Morrison ?

Dans cette nouvelle, Toni Morrison nous propose une réflexion brillante autour de l’identité.

Lorsqu’elles se rencontrent, Twyla et Roberta ont à peine huit ans. Elles ont été recueillies et vivent dans un orphelinat. Si l’une est blanche et l’autre noire, elles partagent toutes les deux un même destin tragique. Durant leur séjour, elles vont se lier d’amitié et devenir inséparables.

Lorsqu’elles quittent le foyer, elles vont prendre des chemins différents. Pourtant au fil des années, Twyla et Roberta vont se recroiser à plusieurs reprises. Elles constatent alors le chemin parcouru et se remémorent cette enfance partagée. Ces rencontres feront-elles surgir des souvenirs enfouis ?

Avec un style brillant, Toni Morrison nous interroge sur nos préjugés et notre vision du monde. Avec espièglerie, elle piège son lecteur qui ne parviendra jamais véritablement à discerner l’identité de Twyla et Roberta et leur couleur de peau respective. Avec une postface passionnante de Zadie Smith qui permet d’éclairer ce texte, j’ai été conquise par cette nouvelle au style ciselé et corrosif.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Difficile de quitter un terrain de souffrance pour « passer à autre chose » si cette souffrance n’est pas reconnue ni décrite ».

« On ne s’aimait pas tant que ça, au début, mais personne d’autre ne voulait jouer avec nous parce qu’on n’était pas de vraies orphelines avec des parents beaux, morts et au ciel. Nous, on avait été abandonnées. Même les Portoricains de New York et les Indiens du Nord nous ignoraient ».

Rose royal – Nicolas Mathieu (2020)

Et si nous parlions d’un livre aussi amer que sensible ?

Dans ce recueil de nouvelles, Nicolas Mathieu nous propose deux récits « Rose Royal » suivi du texte « La Retraite du juge Wagner ».

Femme divorcée d’une cinquantaine d’années, Rose a connu de nombreuses désillusions amoureuses. Des relations tortueuses et toxiques se sont succédées où la violence était omniprésente. Depuis qu’elle vit seule, Rose a pris pour habitude de glisser un révolver dans son sac. Cette arme lui offre une toute nouvelle assurance. Quand elle rencontre Luc cette quête d’indépendance vacille, cet amour lui apportera-t-elle enfin la sérénité ?

La seconde nouvelle nous permet de rencontrer le juge Wagner. Ce juge en retraite a mis de côté la justice même si les ombres menaçantes de ses anciennes affaires planent toujours autour de lui. Quand il fait la connaissance de Johann, une certaine affection va commencer à se tisser entre ce jeune homme perdu et cet ancien juge. Parviendra-t-il à sauver une jeunesse en perdition ?

Ces récits forts posent un regard acerbe sur toute une génération. J’aime la plume de Nicolas Mathieu, son acuité mais aussi sa sensibilité. Je ne peux que vous recommander ces deux nouvelles sombres d’une grande réussite !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il valait mieux tout oublier. Un couple a autant besoin de douceur que d’amnésie. Aucun amour ne peut survivre à ses archives »

« Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route. Il n’était ni gras, ni particulièrement bien creusé, mais le temps y avait laissé sa marque de larmes et de nuits blanches ».

Les Deux Soeurs – Stefan Zweig (1936)

Et si nous nous enivrions à nouveau de la plume de Stefan Zweig ?

Dans ce recueil, nous découvrons deux nouvelles méconnues et poétiques de Stefan Zweig. Ces récits intérieurs dévoilent les premiers émois fougueux d’un adolescent et mettent également en lumière la rivalité de deux soeurs jumelles.

Tout d’abord, « Une histoire au crépuscule » propose de décrire une passion amoureuse. Un jeune homme qui vient à peine de sortir de l’adolescence séjourne dans une belle demeure avec ses cousines et plusieurs femmes. Durant son séjour, il rencontre au crépuscule une étrangère. Cachée dans l’ombre, celle-ci ose montrer son désir pour le garçon et l’enlace fougueusement. Cette rencontre avec une inconnue au doux parfum et à la sensualité indéniable plonge le jeune homme dans une ivresse charnelle. Il s’éprend de cette femme jusqu’à lui vouer une passion dévorante et fantasmée. Parviendra-t-il à percer le mystère de cette inconnue ?

Dans la seconde nouvelle « Les Deux Soeurs », Stefan Zweig propose une rencontre avec deux soeurs jumelles. Issues de l’union entre un commandant ambitieux et une magnifique épicière, Helena et Sophia sont rivales depuis l’enfance. Elles s’épanouissent dans un duel acharné et aspirent à une réussite luxueuse. Quand Helena quitte brusquement la maison et se jette dans une vie où ses charmes vont lui permettre d’accéder à la richesse, Sophia est dévastée. Pourtant, elle n’est pas décidée à perdre la bataille, qui gagnera ce combat ?

Entre vanité exacerbée, affres de la jalousie ou fougue de jeunesse, Stefan Zweig parvient à nouveau dans ces courts récits à dépeindre avec talent l’âme humaine. Il arrive en quelques lignes à dévoiler les sentiments enfouis de ses personnages et propose deux nouvelles au charme indéniable.

Ma note

Note : 5 sur 5.

« Peu lui importe de savoir comment cette femme est parvenue jusqu’à lui, de connaître son nom : il lui suffit de boire, les yeux clos, jusqu’à l’ivresse, le désir avide de ces lèvres étrangères, leur parfum humide, et d’abdiquer toute volonté, éperdu, transporté par une vague immense de passion ».

« L’amour n’a peut-être rien de plus délicieux à offrir que ces instants de rêves aux couleurs pastels, dans la pénombre ».

Le destin personnel – Elsa Triolet (1947)

Et si nous parlions du destin de deux femmes sous l’occupation ?

Avec une plume limpide et éclatante, Elsa Triolet propose deux récits où planent l’ombre inquiétante de l’occupation.

Dans la première nouvelle « le destin personnel », Elsa Triolet évoque la vie de Charlotte. Son époux Georges a été fait prisonnier de guerre et elle vit dans des conditions modestes avec sa mère et sa belle famille. Cette vie exiguë à Paris l’oppresse jour après jour. Quand son amie Margot et son époux lui proposent de les rejoindre dans une demeure reculée, elle accepte. Elle cotoie le couple mais profite de son séjour pour trouver de véritables espaces de liberté. Ce séjour dans la France libre sera-t-il synonyme d’apaisement ?

Dans la seconde nouvelle « La belle épicière », une femme évolue avec son jeune fils dans une vie conformiste aux côtés d’un mari absent et violent. Commerçante, elle doit assumer seule la charge de l’épicerie. Un inconnu rentre dans sa vie et avec lui des aspirations charnelles. Jusqu’où cet élan libertaire la conduira-t-elle ?

Dans ces deux nouvelles, Elsa Triolet dresse le portrait de deux femmes sous l’occupation. Des personnages libres qui sont contraintes de se conformer aux carcans de la société. Leur envol est finement décrit par Elsa Triolet et j’ai beaucoup apprécié sa plume.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Je sors dans le jardin. Il fait presque complètement nuit. Je lève mes jupes et je fais pipi au beau milieu, devant l’escalier à balustres. Je me déshabille. Ah, l’inexprimable plaisir de l’air frais sur tout le corps. Je laisse mes vêtements épars par terre et je sors toute nue sur le plateau. Un coup de vent me fait frissonner. Je vais aller jusqu’à l’endroit d’où l’on voit la ville, je veux une fois goûter toutes les joies d’un coup ».

Désirer – Emma Becker, Wendy Delorme, Joy Majdalani, Emmanuelle Richard, Marina Rollman, Laurine Thizy (2023)

Et si nous parlions d’érotisme ?

Dans ce recueil de nouvelles, six femmes abordent le désir féminin. Ainsi, elles explorent avec un style limpide et décomplexé les fantasmes féminins.

Dans ces récits engagés et érotiques, nous percevons la force d’un désir pluriel, les rapports érotisés pour des hommes aux physiques hors normes, la force des fantasmes inassouvis ou la complexité des rapports adultères. Dans ce travail collectif, les six plumes féminines se suivent avec une grande harmonie de style.

Dans ces nouvelles charnelles, les femmes sont aux centres et poursuivent cette quête d’une sexualité épanouie, ouverte et libre. Un récit sensuel que je vous recommande pour mieux appréhender la pluralité de la sexualité féminine et la force des mots dans l’érotisation des rapports amoureux ou sensuels.

Merci aux éditions L’iconoclaste pour cet envoi

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l’autre ».

Nouvelles de Pétersbourg – Nicolas Gogol (1842)

Et si nous plongions dans une oeuvre fantastique de Nicolas Gogol ?

Pour ce voyage insolite à Saint Pétersbourg accompagné de Gogol, nous découvrons les personnages absurdes de cinq nouvelles : la perspective Nevski, le portrait, le Journal d’un fou, le nez et le manteau.

Ces récits nous font découvrir successivement: un homme qui se lance à la poursuite d’une femme à la beauté envoûtante jusqu’à en perdre la raison, un peintre qui fait l’acquisition d’un tableau aussi fascinant qu’inquiétant, un fou qui se prétend le futur roi d’Espagne, un homme ayant un matin constaté la disparition de son nez ou un autre faisant l’acquisition inestimable d’un manteau…

Ces nouvelles loufoques et engagés sont fascinantes. Ces écrits oscillent entre un ton dramatique et humoristique pour dépeindre la société russe. Gogol parvient à mettre l’accent avec finesse sur les conditions d’internement, la misère ou les mœurs bourgeoises.

Source d’inspiration pour des grands écrivains, nous percevons d’ores et déjà dans ce recueil les prémices du style kafkaïen.

Je ne peux que vous recommander cette initiation caustique à la littérature russe.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« L’or était devenu sa passion, son idéal, sa peur, son plaisir, son but. Des liasses de billets s’entassaient dans ses coffres, et, comme tous ceux à qui le sort fait ce terrible présent, il commença à devenir ennuyeux, inaccessible à tout ce qui n’était pas l’or ; avare sans la moindre raison, il amassait sans le moindre but ; et il allait se transformer en l’un de ces êtres étranges comme en connaît tant notre société sans émotion, qui inspirent de l’horreur à tout homme de cœur plein de vie, car il voit en eux des sépulcres mouvants où un cadavre a pris la place du cœur »

« Soudain, il s’arrêta, comme foudroyé, devant l’entrée d’un immeuble ; un phénomène indicible venait de se produire devant ses yeux ; un carrosse s’arrêta devant l’entrée ; les portières s’ouvrirent ; un monsieur en uniforme en bondit, tout courbé, et courut pour gravir l’escalier. Quelle ne fut pas l’épouvante et en même temps la stupeur de Kovaliov quand il reconnut que c’était là son propre nez ! »

Les Amants d’Avignon – Elsa Triolet (1945)

Et si nous parlions d’une héroïne de la résistance ?

Avec cette courte nouvelle, Elsa Triolet dévoile une histoire d’amour en plein coeur de la Seconde Guerre mondiale.

Elle nous raconte surtout la destinée d’une femme de l’ombre sous l’occupation. Juliette Noël, modeste dactylo, voyage sans arrêt dans des trains bondés avec sa petite valise. Très vite, ses voyages multiples révèlent sa double vie. Cette modeste employée de bureau s’est engagée au coeur de la résistance où elle mène un combat implacable.

Durant l’une de ses missions, elle fera la connaissance d’un autre résistant. Si la force de leur rencontre est indéniable, pour autant l’heure n’est pas aux amours sur le pont d’Avignon…

L’allure banale de Juliette Noël et sa personnalité semblent à l’opposé de l’image d’une résistante acharnée. Et pourtant, la force secrète et le courage qui émanent de cette femme est admirable. Avec cette courte nouvelle contenu dans le recueil « Le premier accroc coûte deux cent francs », Elsa Triolet a obtenu le prix Goncourt en 1945.

Le parcours d’Elsa Triolet, elle-même résistante, n’est pas s’en rappeler la destinée de Juliette Noël. Ainsi, elle nous dévoile une image terriblement réaliste de la résistance française durant la Seconde Guerre mondiale.

Cette lecture m’a fait écho avec l’ouvrage « Le collaborateur et autres nouvelles sur la guerre » de Louis Aragon, qu’Elsa Triolet a profondément inspiré. Je ne peux que saluer la puissance de ce témoignage.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Et ne croyez pas qu’Avignon succombe sous le poids de l’histoire, cette ville est tissée de légendes, chaque jour y ajoute un fil, ici chacun est Pétrarque, chacune est Laure …
Que de couples immortels dans les rues de cette ville de l’amour, de cette ville mystique et galante… Et maintenant…Maintenant, il nous ont tout pris… Jusqu’à nos rêves d’amour… Le monde n’est plus peuplé que de couples séparés, d’amour déchiré, déchirant… Leurs drapeaux sur nos murs, la foule des soldats conquérants… »

Tais-toi, je t’en prie – Raymond Carver (1976)

Et si nous nous immergions dans la réalité du quotidien ?

Avec ce recueil de vingt-deux nouvelles, Raymond Carver nous plonge au coeur du quotidien. Un ordinaire, ni éclatant ni lumineux, mais bien construit autour d’une vérité crue.

Ouvriers, magasiniers, caissiers, facteurs, commerciaux ou chômeurs, tous portent les mêmes interrogations sur le monde ou sur leur vie de couple. Dans des pavillons américains, des familles sont confrontées aux aléas du quotidien entre le règlement des factures, l’éducation des enfants ou la médisance des voisins…

Face aux ravages de l’alcool ou de la pauvreté, Raymond Carver dresse le tableau de ces familles américaines. Ces nouvelles, d’une profonde sincérité, mettent de côté tous les faux semblants.

A travers ces scènes d’un quotidien ordinaire, Raymond Carver dessine des portraits violents, cruels ou tragiques. Sous le prisme de la banalité, ces écrits vont nous en dire bien plus sur la solitude grandissante des êtres.

Portées par une belle écriture, ces nouvelles content des instants ordinaires parfois emprunts d’une désespérance sans limite.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« C’est vrai que la campagne était paisible ; il s’en dégageait un certain charme aussi, et l’idée de se trouver propriétaire de quelque chose de vraiment durable, de vraiment permanent, ne manquait pas d’attrait non plus. Il éprouva un subit élan de tendresse envers le modeste verger ».

« Papa ? Tu vas penser que je suis dingue, mais j’aurai voulu te connaître quand tu étais petit. Quand tu avais à peu près l’âge que j’ai maintenant, tu vois. Je ne sais pas comment t’expliquer ça, mais ça me manque. Quand j’y pense, ça me fait comme un trou. Comme si une partie de toi n’était déjà plus là ».