Ressac – Diglee (2021)

Et si nous évoquions une retraite inspirante ?

Dans ce court récit autobiographique, Diglee nous partage avec beaucoup de finesse et de grâce sa retraite spirituelle.

En février 2020, Maureen Wingrove choisit de séjourner dans une abbaye reculée en Bretagne afin de se couper du monde et des réseaux sociaux, un confinement choisi avant celui qui lui sera imposé quelques mois plus tard.

Face aux embruns et à la nature, elle cherche à se retrouver et souhaite dédier son temps à la lecture, à l’écriture et aux dessins. Ce séjour est l’occasion d’une prise de recul face à la maladie de son beau-père et aux ombres familiales et personnelles qui planent sur sa vie. Ce temps de repli sera aussi propice à des rencontres féminines qui vont lui permettre de nourrir sa réflexion.

A l’image d’une chambre à soi, Maureen Wingrove s’isole pour mieux se réinventer. J’ai beaucoup aimé ce récit sensible qui propose une introspection salvatrice.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Entre ces murs, nourrie de mots, de peinture et de silence, je me sens abreuvée. L’eau coule de nouveau. Je réalise que rien ne manque à mon couple, c’est à moi qu’il manque des accroches pour apaiser ma soif ».

« Je partirai pour faire parler les mots et faire taire mes maux ».

« La beauté est à vivre avant tout. C’est si banal et en même temps si terrible, un soleil qui se couche. C’est un adieu aux yeux de tous, une théâtrale disparition ».

La mémoire délavée – Nathacha Appanah (2023)

Et si nous témoignions de nos origines ?

Dans ce court récit, avec beaucoup d’émotion et de pudeur, Nathacha Appanah retrace le parcours de ses ancêtres. Elle raconte comment son trisaïeul est arrivé à l’île Maurice et a connu une vie d’asservissement sur les plantations sucrières coloniales.

En 1872, il quitte l’Inde et part dans un voyage lointain et dangereux vers l’Ile Maurice. A son arrivée avec sa femme et son fils, il rêve d’un avenir prospère mais connaîtra la servitude. D’une génération à l’autre, la famille de Nathacha Appanah a vécu sur l’île. Parviendront-ils à s’y intégrer ?

Dans ce livre intime et émouvant, Nathacha Appanah amorce un travail d’une grande sensibilité autour de la mémoire familiale. Ce récit est aussi l’occasion de rendre un véritable hommage à ses grands-parents. Ponctuée de photographies, cette oeuvre lumineuse fait monter les larmes…

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La déshumanisation immédiate que provoque l’attribution d’un numéro à un être humain ne m’échappe pas. C’est un couperet qui marque l’avant et l’après; c’est une marque au fer rouge qu’on applique, brûlante et grésillante »

« Tant qu’il y aura des mers, tant qu’il y aura la misère, tant qu’il y aura des dominants et des dominés, j’ai l’impression qu’il y aura toujours des bateaux pour transporter les hommes qui rêvent d’un horizon meilleur ».

Les conditions idéales – Mokhtar Amoudi (2023)

Et si nous évoquions une enfance brisée ?

Skander est un enfant de l’Aide sociale à l’enfance. Abandonné par une mère dysfonctionnelle qui doit faire face à ses démons, Skander n’a jamais connu son père. Très jeune, il est placé en famille d’accueil.

A huit ans, Skander voit sa vie à nouveau basculer et va devoir changer de famille. Il déménage à Courseine, en banlieue parisienne et rencontre Madame Khadija. Si ce nouveau repère maternel a choisi la garde des enfants pour répondre à ses besoins d’argent, une relation particulière se tisse entre eux au fil des années.

Passionné par les études et amoureux des dictionnaires, Skander va peu à peu s’acclimater au monde extérieur et côtoyer les jeunes du quartier. Skander arrivera-t-il à maitriser son avenir ou glissera-t-il inexorablement vers la délinquance ?

Dans ce premier roman tendre, Mokhtar Amoudi met en exergue les déterminismes sociaux et les stéréotypes lancinants qui planent dans notre société. Avec un personnage particulièrement attachant et une connotation autobiographique, Mokhtar Amoudi revient sur une enfance chaotique tout en nous livrant un message d’espérance.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Je ne pensais pas à l’argent, j’étais content. On n’en aura jamais assez de toute façon. C’est comme l’amour. Il faut s’y faire ».

« On a été abandonné une fois, on se dit que ça ne pourra plus arriver, que jamais on ne se permettra de vous la refaire. Mais un adulte, c’est capable de tout »

Etre mère – Julia Kerninon (2024)

Et si nous écoutions des voix féminines ?

Dans ce recueil initié par Julia Kerninon, sept autrices vont évoquer leurs parcours autour de la maternité.

Des témoignages intimes où se mêlent peur, angoisse, joie, culpabilité ou incertitude. Les thèmes abordés sont vastes de l’accouchement, aux représentations autour de l’allaitement, à la dualité de la femme devenue mère ou encore à son rapport au corps et la crainte éprouvée pour l’avenir de ses enfants. La diversité des témoignages est frappante et chaque autrice va aborder cette thématique avec son propre vécu.

Admirative de l’oeuvre de Julia Kerninon, j’ai aimé son initiative et cette parole libérée des femmes. Cette mise a nu permet de lever le voile sur les tabous qui planent toujours autour de la maternité. Un agréable moment de lecture que je vous recommande.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Avoir des enfants nous fait peur et nous rend fortes, nous égare et nous retrouve, nous empêche et nous autorise, nous pèse et nous grise, ne nous apprend rien sinon que tout restera toujours à apprendre »

« Nos peurs, nos réflexions, nos déchirures ont droit de cité au sein des livres. Nous ne sommes peut-être que la moitié de l’humanité, mais nous l’avons créée tout entière »

Pierre et Jean – Guy de Maupassant (1888)

Et si nous évoquions une rivalité entre deux frères ?

Dans ce court récit, Guy de Maupassant dévoile une intrigue limpide en mélangeant roman naturaliste et psychologique.

Pierre et Jean Roland, deux frères à la physionomie et aux caractères opposés, ont grandi en cultivant une certaine rivalité. L’un embrasse une carrière de médecin tandis que l’autre se destine à la profession d’avocat. Lorsqu’un notaire s’invite dans la demeure des Rolands et que Jean, le cadet, hérite intégralement d’un ami de ses parents, le fragile équilibre familial vacille.

Face à cette succession soudaine, Pierre se sent lésé et les doutes jaillissent. Cet héritage révélerait-il un secret de famille ?

J’ai beaucoup aimé ce récit qui aborde une dynamique familiale avec beaucoup de modernité. Avec une écriture terriblement maîtrisée, Guy de Maupassant nous décrit avec finesse les émotions de ses personnages et la beauté des paysages normands. Je vous recommande ce très joli moment de littérature.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il portait en lui un petit point douloureux, une de ces presque insensibles meurtrissures dont on ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent, irritent, une souffrance inconnue et légère, quelque chose comme une graine de chagrin »

« Elle avait été jeune, avec toutes les défaillances poétiques qui troublent le coeur des jeunes êtres! Enfermée, emprisonnée dans une boutique à côté d’un mari vulgaire et parlant toujours commerce, elle avait rêvée de clair de lune, de voyages, de baisers donnés dans l’ombre des soirs. Et puis un homme, un jour, était entré comme entrent les amoureux dans les livres, et il avait parlé comme eux. »

J’emporterai le feu – Leïla Slimani (2024)

Et si nous dévorions une saga familiale ?

Avec « J’emporterai le feu » le dernier volet de la trilogie « le Pays des autres », Leïla Slimani achève un cycle brillant où s’entrecroise l’intime et le politique.

Nées de l’union entre Aïcha et Medhi, Mia et Inès ont grandi au Maroc dans une famille avec des idéaux résolument modernes. En tant que président d’une grande banque, Medhi rêve d’un pays prospère tourné vers le monde. Pourtant, le couple doit s’adapter à la réalité d’un Maroc contrasté.

Entre héritage traditionnel et modernité, Mia et Inès essayent de découvrir la voie de leur propre émancipation. Parviendront-elles à trouver la liberté ?

Ce dernier roman clôture parfaitement ce cycle qui explore avec talent la question de l’identité et des origines. Envoutée par des personnages brillamment construits, j’ai été à nouveau subjuguée par l’oeuvre de Leïla Slimani.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Mehdi avait beau répéter à ses filles qu’il ne fallait pas être esclave de l’opinion des autres, que seul comptait ce que l’on était vraiment, à l’intérieur, il savait que c’étaient des foutaises. Nous n’étions jamais rien d’autre que ce que les autres percevaient, ce que nous leur donnions à voir. Les secrets du cœur, les qualités cachées de l’âme, les bonnes intentions, tout ça ne comptait pas dans le vrai monde. »

« Allume un grand incendie et emporte le feu »

La mer est un mur – Marin Postel (2024)

Et si nous vivions sur une île ?

Loin du tumulte parisien, une famille retrouve sur des périodes estivales, le calme de ses origines dans une île de la Manche située à vingt kilomètres du continent. Sur ce bout de terre coupé du monde, les saisonniers, les propriétaires des maisons blanches et les pêcheurs se croisent.

Certains habitants vivent à demeure tandis que les propriétaires terriens ont choisi d’y séjourner pour de courtes périodes. S’ils ont en commun une passion pour la beauté des paysages et la splendeur de la mer, leur horizon reste différent. Ceux qui n’ont jamais quitté l’île perçoivent rapidement les limites de la mer dans une vie quotidienne spartiate entre la caserne et leur bateau de pêche.

Antoine, le fils d’une famille de propriétaires, est hypnotisé par la vie des locaux et va peu à peu se rapprocher des habitants de la caserne. Jusqu’où son attraction pour l’île le conduira-t-il ?

Dans ce premier roman, Marin Postel nous emporte avec beaucoup de mélancolie face aux embruns à l’assaut de cette île imaginaire. J’ai aimé naviguer dans ce roman délicat entre les séparations douloureuses, les amertumes et l’émancipation tant salvatrice que douloureuse d’un jeune homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Alors mon père avait eu la même tête que ces baigneurs sur la plage, en fin de journée, quand le soleil subitement se retire : un frisson léger, une angoisse passagère, cette sensation étrange qu’un bout de leur bonheur s’achève, que la vie peut leur échapper ».

« Et c’est peut-être avec l’un de ces sourires narquois, l’une de ces plaisanteries faciles partagées autour d’un verre pris légèrement trop tôt, qu’un jour Antoine a décrété que sa place était ici. Il a cru, lui aussi, qu’il était fait d’un meilleur bois »

Libre Ida – Christian Boghos (2024)

Et si nous entendions le cri d’une révolte ?

Dans ce roman, Christian Boghos nous propose de suivre l’engagement d’une femme en quête de liberté.

Face à la montée du fascisme en Italie et à l’influence de Mussolini, Ida a décidé de s’éveiller. Elle choisit de faire face à la violence des chemises noires et s’engage dans la résistance. Si ses premiers pas dans le mouvement sont timides, son influence grandit peu à peu et elle devient un véritable relai pour permettre au parti communiste de consolider son influence en Sicile.

Tapie dans l’ombre, elle va multiplier les actions. Au coeur de la résistance, elle perçoit aussi qu’elle est une femme soumise à l’influence écrasante et à la violence des hommes. Au-delà d’une révolte politique pourra-t-elle gagner sa liberté ?

Si j’ai beaucoup aimé la thématique et le versant politique de ce roman, je n’ai pas été transportée par la trame narrative. Si ce roman propose une ode à la liberté féminine, il a pour ma part manqué de relief.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Quand un pays s’enfonce dans une folie que peut-on faire chacun à sa place ? Agir sur son cercle proche, relier, sauver, aider en espérant que les autres feront de même ».

Une jeunesse au secret – Anne Gorouben (2024)

Et si nous évoquions une oeuvre de reconstruction ?

Dans ce livre intime, mêlant la pudeur des souvenirs et le flou du crayon, Anne Gorouben partage une mémoire familiale douloureuse.

Entourée de parents qui ont dû faire face à leurs propres démons, Anne Gorouben témoigne de son enfance passée dans le XVème arrondissement de Paris. Elle dévoile la violence de son éducation et l’intransigeance de sa famille. Dans ce livre époustouflant nous naviguons dans ses souvenirs qu’elle a retranscrit à travers des dessins d’une grande poésie. Nous découvrons avec elle la transmission des silences d’une génération à l’autre dans cette famille juive. A travers ses mots, elle parvient à lever le voile sur une histoire familiale marquée par la déportation. Parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Ce livre m’a profondément bouleversée. Anne Gorouben nous transporte par l’évocation d’une enfance meurtrie où plane de nombreux fantômes. Pourquoi ne pas glisser sous le sapin cette oeuvre touchée par la grâce ?

Ma note

Note : 5 sur 5.

Sauvage – Julia Kerninon (2023)

Et si nous rencontrions une femme flamboyante ?

Avec « Sauvage », Julia Kerninon nous propose un nouveau portrait de femme où s’entremêle gastronomie et soif d’indépendance.

Depuis son enfance, Ottavia Selvaggio est imprégnée par la cuisine. Son père est un cuisinier réputé à Rome. Cette passion a marqué sa vie de famille. Comme un acte de rebéllion face au métier dévorant de son mari, la mère d’Ottavia n’a jamais cuisiné. Elle semble lui avoir gardé rancune de cette carrière qui a englouti ses propres ambitions.

Malgré les réticences de sa mère, Ottavia Selvaggio décide de suivre les traces de son père et s’intéresse à la cuisine. Elle fait des premiers pas timides dans un milieu presque exclusivement masculin. Lorsqu’elle se passionne pour ce métier, Ottavia fait aussi la rencontre d’un cuisinier avec qui elle tisse une relation tumultueuse. Pourtant un homme vient tout bouleverser en lui proposant sur un coup de tête de le rejoindre à Paris. Ses amours impétueux et exigeants risquent d’engloutir sa liberté. Ottavia parviendra-t-elle à concilier sa vie de femme et ses ambitions ?

Avec une plume toujours aussi vibrante, Julia Kerninon parvient à nous plonger facilement dans le parcours d’Ottavia. S’il ne me laissera peut-être pas un souvenir indélébile, j’ai dévoré ce roman sensoriel.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Il semble que tout le monde ait oublié une loi fondamentale : la littérature est une affaire de forme bien avant d’être une histoire de fond. Tout a déjà été dit, tout a déjà été. Nous savons à peu près ce qu’est la vie, parce que nous la vivons. Ce que nous allons chercher dans la littérature, ce que nous devons y chercher, ce n’est pas ce que nous connaissons, mais ce que nous ne connaissons pas. C’est le dépaysement qui est précieux – le désemparement ».