Assassins – Philippe Djian (1994)

Nous avons déjà évoqué Philippe Djian sur le blog avec « Oh », un livre dérangeant et acide que j’avais beaucoup apprécié. Ma chronique complète est à redécouvrir ici : Oh… – Philippe Djian (2012)

J’ai eu envie de me plonger davantage dans l’oeuvre de Philippe Djian et j’ai croisé par hasard la route de « Assassins », roman publié en 1994.

Dans un huit clos oppressant, Philippe Djian dessine les portraits de différents personnages : un homme rongé par ses doutes et sa dépression, un couple usé, une jeune femme pulpeuse ou encore un inspecteur corrompu.

Les 7 protagonistes se retrouvent piégés dans une cabane montagneuse lorsqu’une pluie diluvienne s’abat sur le gite.

Les longues heures d’attente seront l’occasion d’une remise en cause de leurs amitiés, de leurs vies mais également l’occasion de jeux de dupes.

Ainsi, les protagonistes s’empêtrent dans les manipulations afin de sauver leur entreprise. En effet, un inspecteur est venu examiner les problèmes de pollution engendrés par le rejet d’une odeur fétide par leur usine. Deux enjeux se confrontent alors : le maintien des emplois et les considérations écologiques.

Le groupe d’amis va tenter d’éliminer cet inspecteur encombrant avec des manoeuvres cocasses.

Au-delà de cette toile de fond, le narrateur vacille entre sa maîtresse, relation facile et sécurisante, et une parfaite inconnue, symbole d’une renaissance amoureuse.

Le ton du roman est pour le moins absurde. Le livre oscille entre des tergiversations amoureuses et une ambiance chaotique. Je n’ai pas réussi à accrocher avec le fil narratif de cet oeuvre.

J’ai largement préféré ma rencontre avec « Oh » et je déconseille ce roman pour une première approche de l’oeuvre de Philippe Djian.

Même si l’écriture est agréable, je n’ai pas été conquise par l’intrigue.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations : 

« Si ce doit être pour maintenant, ce ne sera plus à venir. Si ce n’est plus à venir, c’est pour maintenant. Et si ce n’est pas pour maintenant, pourtant mon heure viendra. L’essentiel c’est d’être prêt. » (Hamlet, V, 2).

« Si on ne peut pas avoir le cœur de quelqu’un, faut-il pour autant renoncer au reste ? »

Mademoiselle Chambon – Eric Holder (1996)

Et si nous parlions quelques instants de la fulgurance amoureuse ?

Antonio est maçon, il partage une vie tout en simplicité avec sa femme Anne-Marie et son fils, Kevin, une vie calme et douce sans l’ombre d’un frémissement mais pour autant remplie d’un amour serein.

Un jour Antonio va chercher son fils à l’école et va faire la connaissance de Mademoiselle Chambon, l’institutrice. L’attraction est immédiate et se tisse entre eux une relation tout en pudeur et en séduction.

Rapidement Antonio va être bouleversé par cette rencontre. Il va peu à peu vaciller et se sent de plus en plus happé par son désir naissant pour l’institutrice de son fils.

Mademoiselle Chambon commence, elle aussi, à prendre des prétextes pour revoir Antonio. Un triangle amoureux se forme peu à peu entre Antonio, Véronique et Anne-Marie.

Antonio va être emporté peu à peu dans ce pas de trois et verra son quotidien transformé.

Ce roman traite d’un thème récurrent de la littérature : l’infidélité. La plume d’Eric Holder nous en fait un tableau tout en délicatesse et transporte le lecteur dans la complexité du sentiment amoureux.

Ce moment de lecture juste et délicat ne restera pas indélébile mais m’a offert un doux instant de littérature…

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations :

« Parfois, il s’empêchait si fort de penser à elle, il en avait mal au ventre. Et, plié en deux, de tenir ainsi avec les mains son estomac noué, il concevait une sorte de vertige, son corps lui-même se révoltait contre, à proprement parler, sa volonté »

« Elle se revoit, les soirs d’hiver qu’il faisait si froid dehors, pelotonnée dans ses oreillers, à lire des romans interminables et bons. Elle ne se souvient pas d’être arrivée ici, chaque fois qu’elle rentrait du travail, sans une sorte de soulagement, l’hostilité, comme la froidure, ne passait pas la porte »

Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson (2016)

« Il est possible que le progrès soit le développement d’une erreur  » Jean Cocteau

Magistral récit de voyage, Sylvain Tesson nous transporte dans les zones sombres, dans les interstices de la nature protégée et grandiose.

Grièvement blessé suite à une chute, à sa sortie de l’hôpital, il se fait le serment d’amorcer un parcours de guérison physique et mentale à travers les chemins oubliés de France.

Du 24 août au 8 novembre 2015, il entreprend un périple à pied du Mercantour au côte du Cotentin. Ce voyage thérapeutique durera deux mois et demi.

A partir d’un rapport sur les départements hyper-ruraux, Sylvain Tesson va découvrir les chemins non balisés, perdus et délaissés. Ainsi, il va parcourir à pied ces chemins noirs, cachés, entourés de haies, de sous-bois. Sentiers rocailleux ou broussailleux, toujours hors du temps, où la nature a encore toute sa place.

Ce carnet de voyage est avant tout dédié à la Nature dans une France urbanisée à outrance. Parcours de résilience, Sylvain Tesson donne du sens à notre vision du monde.

Ce retour en arrière presque vitale nous donne de nouvelles clés de lecture de notre environnement. J’ai été touchée et bouleversée par la force du message de Sylvain Tesson qui nous alerte sur le monde moderne et nous ouvre les yeux avec émotion dans une ode à la nature.

J’ai aimé la description des paysages et de la société à travers son regard si juste. C est avec grand plaisir que j’ai partagé à ses côtés ce voyage initiatique.

Sylvain Tesson nous ouvre les chemins d’une autre voie, voulez-vous l’emprunter ?

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie ».

« Les nouvelles technologiques envahissaient les champs de mon existence, bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut ».

« L’aube ouvrait le ciel, tirant une ligne de clarté entre la terre et les nuages. Ici, tout lever de soleil recourait aux efforts de l’écailler écartant les lèvres du coquillage avec son couteau. Avançant vers Granville je regardai mille fois la flèche, ce cadeau pour une fois bénéfique des hommes à l’horizon. Jamais ne me lassa la vision de cette banderille fichée dans l’inconstant. Les dunes s’effondraient, les oiseaux s’énervaient, les houx craquaient leurs flammes éteintes. Des maisons se distribuaient sur les pentes, pleines de secrets de famille. Le chemin sinuait dans les genêts, s’avançait bravement au bord des falaises, regagnait le revers des dunes, en crevait la crête, s’effaçait sur les plages ».

Sorcières la puissance invaincue des femmes – Mona Chollet (2018)

Pour clôturer le mois de la femme, et si nous parlions de ces femmes qui brandissent l’étendard de la cause féministe ?

Elles ont bouleversé les mentalités et ont fait évoluer l’image de la femme dans notre société.

Je ne m’étais jamais véritablement attelée à un roman purement féministe. C’est chose faite avec le livre de Mona Chollet, « Sorcières la puissance invaincue des femmes ».

Naïvement, je pensais découvrir l’histoire de la sorcellerie et de la documentation étoffée sur la chasse aux sorcières. Thème fascinant, je cherchais à être éclairée sur cette période sombre de l’histoire.

Dans cet essai, Mona Chollet s’intéresse bien davantage aux héritières de ces sorcières : les femmes d’aujourd’hui.

Elle dresse ainsi un tableau tripartite de la femme contemporaine : la femme célibataire, la femme sans enfant et la femme âgée. Des portraits de femmes indépendantes qui parviennent à s’extraire du modèle stéréotypé de la vie maritale.

J’ai beaucoup apprécié la partie traitant du désir de stérilité. Mona Chollet n’a pas peur des mots et nous décrit ces femmes qui ne veulent pas d’enfant. Ce choix demeure encore aujourd’hui controversé face au schéma classique bien ancré dans la société.

Ce récit, aux références nombreuses, traite aussi de la charge mentale et des renoncements auxquels de nombreuses femmes doivent faire face.

Le poids des générations successives influence nos perceptions du désir d’enfant, de la vie de couple, ou de la beauté féminine…

Je ne sais pas si je peux partager intégralement les idées militantes de cet essai mais j’ai été intéressée par l’impact des préjugés historiques sur nos conceptions contemporaines.

Un livre féministe qui ne laisse pas indifférent !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Les contemporains sont façonnés par des évènements qu’ils peuvent ignorer et dont la mémoire même se sera perdue ; mais rien ne peut empêcher qu’ils seraient différents, et penseraient peut-être d’autre façon, si ces évènements n’avaient pas eu lieu ». (Françoise d’Eaubonne, Le Sexocide des sorcières)

« Aujourd’hui, l’indépendance des femmes, même quand elle est possible juridiquement et matériellement, continue de susciter un scepticisme général. Leur lien avec un homme et des enfants, vécu sur le mode du don de soi, reste considéré comme le cœur de leur identité ».

« Bien avant de prendre clairement conscience de ce crève-cœur, j’ai vécu moi aussi immergée dans un monde où il n’y avait rien de plus réel, rien de plus digne d’intérêt que les livres et l’écriture. Peut-être nos parents nous communiquent-ils parfois des passions si violentes qu’elles ne laissent de la place pour rien d’autre – surtout quand eux-mêmes n’ont pas pu s’y adonner comme ils l’auraient voulu ».

L’adversaire – Emmanuel Carrère (2000)

Chronique judiciaire

Emmanuel Carrère revient sur un fait divers tragique. Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses deux enfants puis ses parents.

Durant toute sa vie, il a fait croire à ses proches qu’il était un brillant médecin. Façonnant une vie de mensonges pendant dix-huit ans, il passait ses journées dans sa voiture ou dans les forêts de Jura alors que sa famille le croyait au travail.

Enlisé dans une vie de secrets et de mensonges, au pied du mur, acculé et rattrapé par ses secrets, il décida d’assassiner l’intégralité de sa famille.

Emmanuel Carrère commence à nouer une correspondance épistolaire avec ce criminel tout au long de son parcours judiciaire allant jusqu’à assister à son procès et lui rendre visite en prison.

L’écrivain semble mué par une volonté de comprendre et de remplir les zones d’ombre qui se cachent derrière cet homme. Emmanuel Carrère cherche à percer les ressorts psychologiques de cet homme et à comprendre les mécanismes qui aboutissent jusqu’au crime.

En effet, cette double vie remplie de mensonges allant jusqu’aux assassinats, de sang froid, de l’intégralité de sa famille intrigue le lecteur et l’écrivain.

Un portrait qui se lit d’une traite, en un souffle, la respiration presque coupée. L’auteur nous plonge dès les premières lignes dans cette tragédie.

Si les réponses à l’inimaginable ne sont pas apportées, nul doute que les réflexions sur la psychologie de cet homme et sur la mythomanie restent intéressantes.

Je ne peux que conseiller cette enquête ancrée dans le réel pour les amateurs de faits divers.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Quand on est pris dans cet engrenage de ne pas décevoir, le premier mensonge en appelle un autre, et c’est toute une vie… »

« Un ami, un véritable ami, c’est aussi un témoin, quelqu’un dont le regard permet d’évaluer mieux sa propre vie ».

Looping – Alexia Stresi (2017)

Et si nous parlions d’un portrait de femme ?

Dans ce récit, Alexia Stresi, dresse le portrait de sa « grand-mère » Noelie et de son destin inimaginable. Noelie voit le jour dans une petite ferme située au fin fond de l’Italie. Issue d’une famille modeste, elle est élevée par sa mère et semble prédestinée à une vie de paysanne.

Et pourtant ! Son destin sera bien différent. Elle sera comme guidée vers les palais, princesse du désert lybien, ambassadrice à l’étranger, diplomate, pilote d’avion… Absolument tout semble réussir à Noelie qui traverse la vie avec une facilité déconcertante…

Ces rencontres extraordinaires seront également insufflées par Bruno, son mari. Il ne saura rien lui refuser et ira même jusqu’à prendre tous les risques pour assouvir le moindre de ses désirs : allant jusqu’à lui laisser piloter son avion au mépris des règles militaires élémentaires.

Noelie, cette femme forte et fragile, au sourire désarmant et qui parvient à atteindre tous ses rêves.

Alexia Stresi nous offre un roman féministe, un joli moment de lecture qui ne restera pas forcement ancré dans ma mémoire.

J’ai aimé voyager en Lybie avec Noelie et j’ai apprécié sa force et sa ténacité. Cependant, le portrait de Noelie lisse et parfait ne nous permet pas de déceler les zones d’ombres et les fissures qui se cachent derrière ce personnage romanesque.

J’aurais aimé accéder à la psychologie des personnages et deviner de l’humanité derrière cette vision idyllique d’une destinée.

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations :

« Peu importe l’éloignement géographique, un départ est cruel s’il fabrique un passé »

« Bruno se souviendrait toute sa vie de ce vol, sa femme, et quelle femme, endormie derrière lui, le désert tranquille sous l’avion, les loupiotes au loin qui le dirigeaient. S’il n’avait eu peur de la réveiller ou qu’elle ne se fasse mal, de bonheur il aurait volontiers fait un looping. Même deux »

Sérotonine – Michel Houellebecq (2019)

Le très controversé Michel Houellebecq nous dévoile enfin son dernier roman Sérotonine.

Le narrateur, Florent-Claude Labrouse, est viscéralement dépressif. Cet ingénieur agronome de quarante-six ans semble plongé dans une apathie morbide et survit grâce au Captorix un anti-dépresseur puissant qui le prive de toute libido. Fuyant sa dernière compagne Yuzu, personnage grotesque à la sexualité débridée, il se refuge dans une chambre d’hôtel.

Entre un climat parisien morose et la profondeur des paysages Normands, Florent-Claude retrace son passé amoureux. Seules les femmes qu’il a connu et aimé semblent le relier à la vie. Ainsi Kate, Claire mais surtout Camille lui ont permis de trouver un semblant de sens à sa vie.

Sur sa route, il renouera avec son seul ami, Ayméric d’Harcourt, devenu un agriculteur plongeant peu à peu dans la violence du désespoir. Le personnage d’Ayméric, ami rencontré durant ses années étudiantes, est particulièrement fort et donne un vrai relief à l’ouvrage.

Au delà de ce portrait, Michel Houellebecq nous décrit la révolte qui gronde dans une société aux mutations individualistes grandissantes. Il dépeint avec une profonde justesse le déclin du monde agricole face aux mutations sociétales, le climat de violence qui surnage mais surtout la solitude extrême.

Florent-Claude au-delà de ses amours déchus doit faire face à la fin de ses idéaux.

Le lecteur, impuissant, assiste à l’agonie lente mais implacable d’un homme qui a perdu un à un ses espoirs. L’amour semble le seul sentiment encore viable dans une société moribonde.

Ce dernier roman serait-il désespérément romantique ?

Michel Houellebecq ne nous avait pas habitué à des tirades sur la puissance d’un grand amour. Et pourtant, entre les lignes, il s’agit avant tout d’un terrible roman d’amour. Cet amour pur, noir et obsessionnel qui a bouleversé la vie du narrateur en nourrissant ses espoirs mais surtout ses regrets.

Michel Houellebecq crée un malaise mais il sait aussi décrire avec une profonde justesse les maux de notre société. Il parvient à la fois à nous provoquer et à nous émouvoir avec une plume toujours aussi efficace.

J’aime décidément être dérangée par Michel Houellebecq qui signe avec Sérotonine un de ses plus beaux romans.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Je ne crois pas faire erreur en comparant le sommeil à l’amour ; je ne crois pas me tromper en comparant l’amour à une sorte de rêve à deux, avec il est vrai des petits moments de rêve individuel, des petits jeux de conjonctions et de croisements, mais qui permet en tout cas de transformer notre existence terrestre en un moment supportable – qui en est même, à vrai dire, le seul moyen ».

« Les gens fabriquent eux-mêmes le mécanisme de leur malheur, ils remontent la clef à bloc et ensuite le mécanisme continue de tourner, inéluctablement, avec quelques ratés, quelques faiblesses lorsque la maladie s’en mêle, mais il continue de tourner jusqu’à la fin, jusqu’à la dernière seconde ».

« Maintenant je me retournais et je m’apercevais que la vie était finie, qu’elle était passée à côté de nous sans vraiment nous faire de grands signes, puis qu’elle avait repris ses cartes avec discrétion et élégance, avec douceur, qu’elle s’était tout simplement détournée de nous ; vraiment, à y regarder de près, elle n’avait pas été bien longue, notre vie ».

Idiss – Robert Badinter (2018)

Idiss, un récit inclassable, extrêmement personnel et poignant.

Robert Badinter nous raconte la destinée de sa grand-mère Idiss. Cette femme forte grandit en Bessarabie, région rattachée à de nombreux pays au fil du temps et aujourd’hui partagée entre la Moldavie et l’Ukraine. Idiss connait la violence de l’antisémitisme à travers les pogroms perpétrés contre les juifs.

Malgré les persécutions, elle tombe éperdument amoureuse de Schulim. De cette union née trois enfants, Avroum, l’ainé de la famille qui parvient à faire les études les plus élevées, Naftoul, le plus altruiste et sensible, et Chiffra devenue Charlotte, la mère de Robert Badinter.

Réfugiée en France avec sa famille en 1912, Idiss est hantée par la honte de son analphabétisme mais s’adapte peu à peu à la bourgeoisie parisienne et s’intègre dans la République Française.

Une vie paisible se poursuit en France. Charlotte fait la connaissance de Simon, un entrepreneur ingénieux et profondément honnête avec qui elle aura deux fils, Claude et Robert.

Avec un portrait plein de tendresse, Robert Badinter nous dévoile sa grand-mère, une femme forte, digne, courageuse et aimante. Il nous offre une vision de la société de l’entre-deux-guerres et nous décrit le basculement inéluctable vers l’horreur de la seconde guerre mondiale.

Avec une très grande émotion, nous suivons le parcours de cette famille, exilée en France, leurs espoirs pour les principes Républicains jusqu’à l’effondrement de leurs idéaux avec la République de Vichy et le déchirement de la seconde guerre mondiale.

J’ai été littéralement happée par la force de ce récit qui témoigne de l’amour d’un petit-fils pour sa grand-mère maternelle et nous livre des confidences intimes. Avec une pudeur déchirante, Robert Badinter touche le lecteur en plein coeur !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Le moment était venu du grand départ, celui dont on ne revient que comme un étranger à ces lieux qui furent familiers, à ces amis qui furent proches, à une vie qui fut la vôtre. Bref, partir sans esprit de retour, sauf comme un visiteur de son passé ».

« Idiss vient nous embrasser. J’ai conservé le souvenir du parfum d’eau de Cologne dont elle se versait deux gouttes derrière les oreilles avant de « sortir », comme elle disait. Ce parfum- là, quand il m’arrive d’en percevoir l’odeur des décennies plus tard, évoque son visage penché vers moi pour me donner un dernier baiser. Je ferme les yeux. C’est mon enfance revisitée ».

« Valises bouclées, restait le plus douloureux : dire au revoir – en réalité adieu – à notre grand-mère. Ce moment-là, je l’appréhendais plus que tout autre. Je savais que ses jours étaient comptés. Sa vie allait s’achever et je ne la reverrais jamais. Cette pensée, je la repoussais de toutes mes forces. Mais elle était la vérité ».

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu (2018)

Nicolas Mathieu est devenu en quelques mois un auteur incontournable. Je n’étais pas de celle qui avait dévoré ce roman avant que son auteur soit propulsé dans la lumière en recevant le prestigieux « prix Goncourt ».

Et pourtant, le thème du roman m’avait déjà touchée en plein cœur : un adolescent pris au piège dans une région désindustrialisée de l’Est de la France et qui fait face à un certain déterminisme social.

Le lecteur découvre un groupe de jeunes évoluant dans l’atmosphère alangui de quatre étés successifs entre 1992 et 1998.

Anthony a grandi dans cette petite vallée où les hauts-fourneaux sont désaffectés. Aux prémices de son adolescence, il commence à ressentir les émois de son premier amour, les découvertes charnelles et à commettre ses premières bêtises de jeunesse…

Lors d’une fête, il fera la connaissance de Steph. Cette jeune fille qui n’a de cesse de réapparaître dans sa vie. Issue d’une classe supérieure, elle lui semble inaccessible et pourtant, elle lui apparaît proche, elle aussi coïncée dans cette ville qui n’offre aucune issue.

On y découvre également Hacine. Ce jeune homme grandit dans cette banlieue à côté de la ville qui le met à fortiori à l’écart. Soumis aux préjugés tenaces, il finit par plonger dans la délinquance.

L’imbrication de ces portraits issus de divers milieux sociaux est extrêmement bien travaillée par Nicolas Mathieu qui nous livre un roman dense, plein de contradiction et de force. Loin des clichés, il nous emporte littéralement dans le parcours de ces jeunes.

La trame de l’histoire apparaît anodine et pourtant Nicolas Mathieu nous offre bien plus dans ce roman d’une extrême richesse. Sous fond de colères adolescentes, l’auteur nous décrit une analyse des classes chère à Bourdieu.

Ces jeunes qui vivent dans une région étriquée et désaffectée projettent de fuir. Cependant, ils apparaissent comme encrés et sclérosés dans leur milieu social à reproduire inexorablement la trajectoire de leurs parents.

Un roman coup de cœur, qui allie avec brio émotion et fresque sociale, à dévorer jusqu’à la dernière ligne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Dans chaque ville que portait ce monde désindustrialisé et univoque, dans chaque bled déchu, des mômes sans rêve écoutaient maintenant ce groupe de Seattle qui s’appelait Nirvana. Il se laissaient pousser les cheveux et tâchaient de transformer leur vague à l’âme en colère, leur déprime en décibels ».

« La minorité avait cette vertu ambiguë, elle vous protégeait mais, en prenant fin, vous précipitait tout d’un coup dans un monde d’une férocité insoupçonnée jusque-là ».

« Ces femmes qui, d’une génération à l’autre, finissaient toutes effondrées et à moitié boniches, à ne rien faire qu’assurer la persistance d’une progénitures vouées aux mêmes joies, aux mêmes maux, tout cela lui collait un bourdon phénoménal. Dans cette obstination sourde, il devinait le sort de sa classe. Pire, la loi de l’espèce, perpétuée à travers les corps inconscients de ces femmes aux fourneaux, leurs hanches larges, leurs ventres pleins ».

Les souvenirs – David Foenkinos (2011)

Au détour des étals d’un bouquiniste, j’ai croisé « Les souvenirs » de David Foenkinos, un auteur contemporain qu’on ne présente plus !

J’avais passé un joli moment en compagnie de son livre « Charlotte », prix Renaudot 2014, et j’ai eu envie de découvrir un autre de ses ouvrages…

David Foenkinos nous raconte une histoire ordinaire, celle d’un homme qui navigue dans ses souvenirs, dans ceux de ses parents et arrière-grands-parents.

Le narrateur se souvient des moments partagés avec son grand-père juste avant son décès. Ce drame le rapproche de son père, un homme taciturne et froid.

Tous les deux maillons forts et piliers de la famille, ils vont faire face ensemble aux épreuves qui marqueront leurs proches.

En effet, la mère du narrateur, à l’aube de sa retraite, plonge dans une grave dépression et laisse son père complètement désarmé.

Sa grand-mère devenue veuve aborde une nouvelle solitude. Finalement, son père prend la décision difficile de l’emmener dans une maison de retraite. Mais la vieille femme, encore dynamique ne se résout pas à laisser derrière elle la femme qu’elle a toujours été.

En fugue elle part à Etretat, sa ville natale, et tente de retrouver son insouciance mais surtout ses souvenirs…

Tout en mélancolie, David Foenkinos nous raconte une histoire qui pourrait être celle du lecteur et évoque la vieillesse, les amours distendus, les désillusions et la solitude.

Le lien fort tissé entre le narrateur et sa grand-mère est particulièrement touchant.

La plume de David Foenkinos est agréable et légère, et pourtant, je n’ai pas été entièrement conquise et touchée par ce roman. Peut-être trop proche des souffrances d’une vie, je n’ai pas été transportée autant que je l’aurais souhaité.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations : 

 « Pourquoi ne se souvient-on pas de l’enfance ? Certes, le cerveau n’est pas encore formé, et il y a tant d’explications physiologiques à ce phénomène. Mais je ne veux pas croire à la gratuité de cette donnée : il y a forcément une raison. L’enfance est souvent le terrain des plaisirs primaires, c’est pour beaucoup le paradis des joies simples et faciles à assouvir. Il y aurait sûrement un risque à se souvenir de tout cela. Je me dis qu’on ne pourrait jamais devenir adulte si on était parasité par la conscience de ce bonheur-là. On vivrait en permanence avec une nostalgie béate complètement paralysante »

« Je ne savais pas encore que les femmes importantes d’une vie s’annoncent par le néant. Je ne savais pas qu’il fallait voir dans ce désert sensuel la promesse d’une apparition »

« Les souvenirs sont une espèce de point d’arrivée : et peut-être aussi la seule chose qui nous appartient vraiment » (Georges Perec).