Qui a tué mon père – Edouard Louis (2018)

Envie de se plonger dans un pamphlet politique court et cinglant ?

J’avais déjà beaucoup apprécié En finir avec Eddy Bellegueule, c’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai débuté un des autres textes marquants d’Edouard Louis « Qui a tué mon père ».

L’écrivain raconte son père dans ce court récit amplement autobiographique.

Edouard Louis envisage son rapport complexe et profond à son père. L’ouvrage débute ainsi par ses quelques mots reflets de l’intensité de ce récit :

« Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots là qu’il faudrait commencer : Un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. »

Dès les premières lignes, Edouard Louis nous fait part du gouffre inouï creusé entre lui et son père au fil des années, deux êtres qui ne se sont jamais véritablement compris. Un père resté hostile à la féminité de son fils mais qui, pour autant, n’a jamais cessé de l’aimer.

Dès son enfance, l’écrivain se place comme différent et diamétralement opposé à son géniteur. Pour autant, durant tout le récit, un amour puissant les lie l’un à l’autre par la beauté de certains gestes. Cette ambivalence, reflet de leur rapport intime, est criante de vérité.

Mais ce texte est également un pamphlet politique, Edouard Louis exprimant avec beaucoup de force comment la politique a brisé son père.

Comment, l’usure du travail à l’usine a fini par broyer son dos. Puis, comment les réformes successives l’ont obligé à une reprise d’un travail comme balayeur malgré des souffrances physiques insoutenables.

J’ai découvert un réquisitoire acerbe sur les conséquences des choix politiques sur les individus.

Les deux volets de ce récit sont portés par une belle écriture incisive. Un livre viscéral qui emporte immédiatement son lecteur.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Quand on lui demande ce que le mot racisme signifie pour elle, l’intellectuelle américaine Ruth Gilmore répond que le racisme est l’exposition de certaines populations à une mort prématurée ».

« Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’était vivre ou mourir. »

« L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique ».

L’extase du selfie – Philippe Delerm (2019)

Et si nous nous attardions sur les petits gestes du quotidien ?

Philippe Delerm dans ce nouveau livre « d’instantanés littéraires » pose des mots sur nos gestes.

Avec finesse, il dissèque ces moments fugaces, ces gestes mécaniques et coutumiers.

Ainsi, ce recueil offre un sens à la manière de tenir un verre négligemment sans le boire, de plier un drap, d’acquiescer sans savoir à quoi, de passer la main sur un livre…

Il offre un nouvelle signification aux gestes contemporains avec « l’extase du selfie » ou « les embarras du vapotage » ou au contraire redonne vie à des gestuelles ancrés comme « d’une seule main la clémentine » ou « l’heure au gousset ».

Une description du quotidien réalisée avec finesse et acuité par l’auteur, j’apprécie toujours autant la capacité remarquable de Philippe Delerm à mettre des mots sur nos propres ressentis.

J’ai eu la chance d’être invitée à la rencontre avec l’auteur dans les locaux de Babelio. Ainsi, nous avons pu échanger avec lui autour de ce livre.  J’ai aimé son regard, sa vision du selfie qu’il évoque comme une manière « de se rapprocher de soi-même tout en s’éloignant » ou encore cette manière insidieuse d’attendre avec délectation pour boire un verre de vin comme pour être « maître du temps ».

Dans ce nouveau livre, Philippe Delerm perce à jour nos postures corporelles et les laissent suspendues dans un doux moment de poésie.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Ce qui est bien c’est d’être soi, que la main soit si ronde, que l’on devienne l’élégance un peu flatteuse d’une geste faussement distrait, l’éternité d’une soif qui jamais ne s’étanche »

« On vient de vous offrir ce livre. Il recèle par essence une promesse de solitude, d’éloignement, de silence ».

La nuit des temps – Barjavel (1968)

Envie de se détacher de son quotidien ?

Un pari amplement réussi avec « La nuit des temps » de Barjavel. Classique de la littérature où se mêle avec virtuose science fiction, roman d’amour et découverte scientifique.

Une expédition française au coeur de l’Antarctique révèle un trésor enfoui depuis plus de 900 000 ans.

Cette découverte aboutira à la création d’une expédition regroupant les plus grands scientifiques et experts de la planète dont Simon un éminent professeur. Pour percer ce mystère dissimulé au coeur de la glace, cette expédition se surpasse et doit faire face aux intérêts des grandes puissances.

Nichées au coeur de la glace, les explorateurs décèlent deux sphères où reposent une femme, Eléa, et un homme, Coban, d’une beauté irréelle. Ces humains sont le vestige d’une civilisation éteinte depuis des millénaires.

L’équipe prendra la décision historique de réveiller une des créatures endormie. Au-delà de la découverte scientifique, Simon rencontre alors Eléa.

Cette femme bouleversa à jamais son avenir. Pourtant, elle est pour toujours destinée à un autre homme, Païkan, son seul et unique amour resté enfermé des années en arrière…

Ce classique de la littérature française nous offre l’équilibre parfait entre aventure et amour tragique. Je suis restée conquise par la vision de l’humanité livrée par Barjavel, par la force des émotions qu’il véhicule tout au long de son roman mais aussi par l’attraction de ce livre.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité »

« Son visage grave était lumineux de confiance et d’élan. Elle était pareille à la plante nouvelle, gonflée de jeunesse et de vie, qui vient de percer le sol obscur, et tend vers la lumière la confiance parfaite et tendre de sa première feuille, avec la certitude que bientôt, feuille après feuille, elle atteindra le ciel… »

Le collaborateur – Louis Aragon (1945)

Et si la plume était une arme ?

Aragon nous propose une littérature combattante avec ce recueil de trois nouvelles publiées clandestinement pendant la seconde guerre mondiale.

Dans une note datée de 1964, Aragon décrivait à propos de ce recueil :

« Il est difficile à l’auteur de relire cette dernière nouvelle, écrite dans la colère d’un temps où les faits parlaient plus haut que le sens humain ».

La première nouvelle, les rencontres, nous décrit les destinées croisées de Pierre Vandermeulen, surnommé Julep, un journaliste et Emile Dorin, un militant communiste.

Si Pierre ne partage pas les opinions engagées d’Emile, sa force et son courage semblent peu à peu le fasciner. Pierre prend conscience qu’il ne faut pas laisser les camarades derrière lui et voit ses convictions bousculées.

Puis, dans « le collaborateur », Aragon nous dresse le portrait de Grégoire Picot, un réparateur radio qui prône « la logique » comme étendard pendant l’occupation allemande. Ouvertement collaborateur, pour Gégoire Picot les allemands font simplement leur devoir. Mais serait-il envisageable pour lui de basculer dans l’autre camp ?

Enfin, dans « le droit romain n’est plus », nous faisons la connaissance d’une jeune allemande, Lotte Müller, qui se désoeuvre sous l’occupation. Sa seule distraction s’avère être les exécutions successives prononcées par le tribunal militaire allemand présidé par le commandant Von Luttwitz-Randau. Très vite, ils vont, tous les deux, faire face à un groupe de maquisards qui remettra leur adhésion au parti en cause…

Dans ces trois nouvelles, Aragon porte la voix de « l’autre camp » et donne la parole aux collaborateurs et occupants pendant la seconde guerre mondiale. J’ai aimé l’angle d’approche d’Aragon qui pour mieux comprendre l’indicible a décidé de donner la parole « à l’autre ». 

A cet égard, j’ai beaucoup apprécié la nouvelle « le collaborateur » qui humanise cet autre qui nous apparaît si monstrueux.

Ces nouvelles portées par la belle plume d’Aragon amènent le lecteur à réfléchir…

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Et quand il y en a un de tombé, il faut que dix autres se lèvent ».

« Le grand cheval, d’ailleurs, il était pacifiste, avant guerre. Alors, il a changé sans avoir changé. Il faut de la logique. Il croyait à la paix par le chambardement, maintenant il croyait à la paix par la collaboration ».

Les ombres errantes – Pascal Quignard (2002)

Perplexité,

C’est le premier mot qui vient à ma mémoire en évoquant ce livre. J’aborde pour la première fois l’oeuvre vaste et inspirante de Pascal Quignard avec « Les ombres errantes »

Auréolé du prix Goncourt, ce recueil de pensées nous ouvre la voie sur sa vision du monde et de l’humain. Une approche construite à travers le prisme de la mort, de la nature et de la littérature.

Pascal Quignard fait également de nombreuses références à l’histoire sous forme d’images comme pour illustrer son propos.

Il m’apparaît difficile de vous donner un résumé de cet oeuvre tant le fil de sa pensée s’avère décousu.

Sa vision de la littérature m’a beaucoup touchée puisqu’elle redonne une véritable place à la lecture dans la société.

Cependant, j’ai trouvé ce texte, pour ma part, ardu et difficile d’accès. A la fois conquise par la force de certaines citations, je n’ai néanmoins pas réussi à m’accrocher à l’ensemble du livre et je suis comme « passée à côté » de ses pensées.

Pour autant, j’ai vraiment envie de faire une nouvelle tentative pour découvrir son oeuvre qui m’apparaît inspirante et profonde. J’envisage de m’atteler à son livre « tous les matins du monde ».

En effet, si j’ai eu des difficultés à accéder à son propos, la beauté de nombreux passages n’en demeure pas moins fulgurante.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations :

« L’attraction qu’exercent sur moi les livres est d’une nature qui restera toute ma vie plus mystérieuse et plus impérieuse qu’elle peut le sembler à d’autres lecteurs ».

« Les nuages noirs dans le ciel, comme ils se déchiraient, la voûte bleue parut soudain dans un état de nudité dont il m’est difficile de donner l’idée. Le bleue était frais et luisant au fond du ciel noir ».

« Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c’est errer. La lecture est l’errance ».

« J’ai cherché dans tout l’univers le repos et je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs que dans un coin avec un livre ».

« La mer était sans écume, lissée, extrêmement brillante, resplendissante. Chaque vague était comme une grande tuile d’or qui s’élevait, qui avançait ».

Journal de L. – Christophe Tison (2019)

Et si nous donnions la parole à Lolita ?

L’oeuvre magistral « Lolita » de Vladimir Nabokov publié en 1955 nous avait fait découvrir un des personnages les plus envoûtants de la littérature à travers la voix de son ravisseur, Humbert Humbert.

Dans l’imaginaire public, Dolorès Haze dit « Lolita » est demeurée une jeune fille énigmatique. Christophe Tison a percé son secret en partant sur ses traces.

Il publie son journal rédigé de 1947 à 1952 sous le prisme de ses rencontres masculines et nous dévoile le tournant de son adolescence.

A la mort de sa mère, Lolita, est détenue par son beau-père, Humbert Humbert, qui l’emmène pour un long voyage à travers l’Amérique. Chaque nuit, cet homme l’a rejoint dans son lit.

Son innocence et son enfance lui sont brutalement enlevées. Lolita navigue entre sa volonté de fuir et cette sidération qui la retient sous la coupe de son beau-père.

Peu à peu, elle prend conscience de ses charmes et parviendra à en user. Elle percevra ses rencontres avec de nouveaux hommes comme le début de sa délivrance. Pourtant, la jeune fille sombrera encore davantage dans l’obscurité.

Christophe Tison a tenté un parallèle osé avec le célèbre roman de Vladimir Nabokov. En changeant de point de vue et en redonnant la parole à son héroïne, il réussit avec brio à mettre en lumière Lolita et dessine cette enfance brisée avec une extrême sincérité.

Le célèbre roman de Vladimir Nakobov méritait cette démystification. Vladimir Nabokov, avec sa plume magistrale, avait réussi à humaniser son ravisseur et faisait de « Lolita », une nymphette sexualisée. Pour sa part, Christophe Tison a donné enfin la parole à la victime silencieuse en nous livrant ses plus profondes confessions.

Si le roman de Vladimir Nabokov reste inégalable, le personnage de Lolita, sous le regard de Christophe Tison, m’a profondément émue.

Ce livre m’a emportée et m’a donné aussi l’envie de redécouvrir le classique « Lolita » dont ma lecture remonte à plusieurs années…

Merci à Babelio et aux éditions Goutte d’Or pour l’envoi de ce livre.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« La première neige est tombée. Tout est pur, vierge. En allant à l’école, j’ai marché dans l’air glacé et mes pas dans le tapis de neige semblaient ouvrir un chemin que personne jamais n’avait emprunté ».

« Une pleine mer de sperme qui n’appartient à personne, à aucun de ces hommes, et qui est la loi des grands singes, leur violence première et l’aliment de leur folie ».

« C’est un long après-midi, les minutes sont des heures. Dehors, le soleil brûle, dévaste tout, mais il pénètre doucement dans sa chambre à travers les persiennes closes, comme s’il savait que se passait là quelque chose d’intime et de profond ».

Tu me vertiges – Florence M.-Forsythe (2017)

Aussi beaux que talentueux, Albert Camus et Maria Casarès ont vécu un amour inconditionnel.

Leur relation éclos dans un Paris brisé par la seconde guerre mondiale. Albert Camus publie « l’Etranger » tandis que la jeune Maria Casarès, débute sa carrière aux Mathurins en 1942. Très rapidement, elle devient une comédienne en vue et lui un écrivain incontournable.

Lors de leur première rencontre chez Michel Leiris, ils éprouvent l’un pour l’autre un véritable coup de foudre et deviennent très vite amants.

Au lendemain de la libération, Francine, l’épouse de Camus rentre à Paris et le couple est forcé de mettre un terme à cette idylle naissante. Pourtant, après quelques années, une attraction viscérale les lie à nouveau l’un à l’autre.

Au-delà de ce couple mythique, Florence M.-Forsythe nous décrit un Paris fascinant où se mélangent intellectuels et artistes. Camus et Casarès côtoient entre autres : Sartre, Beauvoir, Picasso…

J’ai aimé voyager avec eux dans ce Paris des années 40 entre les clubs de jazz, les théâtres et les galeries d’art. La richesse des échanges autour de l’art, de la littérature et du cinéma laisse rêveur.

Je me suis néanmoins interrogée sur l’aspect romancé dans la description de ce couple célèbre. Quelle est la part de fiction dans l’oeuvre ? En effet, il n’est pas aisé de donner un aperçu de l’intimité d’un couple devenu si légendaire.

Si ce roman n’est pas incontournable, j’ai aimé cette première découverte avec ce couple passionnant. Une approche agréable qui m’a donné envie de découvrir les correspondances de Camus et Casarès publiées aux éditions Gallimard en 2017…

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Moi, c’est l’océan qui me met dans tous mes états. Sur le plage, je me plante devant lui, et j’entends son grondement ; et quand il me lèche les pieds sur la grève, les entourant de sa bave mousseuse, une sève chaude monte dans mes jambes et m’envahit ».

« Aura-t-il un jour, comme Eluard, une femme, tout à la fois, maîtresse, amie, muse qu’il appellerait non pas « la parfaite », comme le poète nomme Nusch, mais d’un nom pour elle seule inventé ? Un jour, pourrait-il dire à une femme unique « soyez follement aimée » comme Breton ? Vivra-t-il l’amour libéré, l’amour révolte, celui qui remet tout en cause? »

« La passion peut être une lame acérée ; mais l’amour se façonne, pierre après pierre, jour après jour »

Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui (2018)

Entre l’enfance et l’acceptation du désir, Nina Bouraoui raconte son passé. Elevée en Algérie puis en France, l’écrivaine navigue entre deux pays sans vraiment trouver son identité.

Cette quête de soi sera aussi celle de sa sexualité. Aimant les femmes depuis toujours, elle ne parvient pas à s’accepter pleinement avant de découvrir les nuits parisiennes. Au détour de ses sorties nocturnes au Kat, un club où se mélange des femmes de tous horizons, elle rencontre celle qui contribuera à faire naître un désir refoulé depuis l’enfance.

Nina Bouraoui laisse remonter des souvenirs éparpillés afin de dessiner peu à peu les liens entre sa quête identitaire et sexuelle.

Ce roman intime nous livre le parcours d’une errance emprunte de peur. En effet, la narratrice reste honteuse de sa différence. Pourtant, peu à peu, elle parvient à s’accepter.

Ce roman autobiographique retrace des instants de vie. J’ai été particulièrement déroutée par la forme de ce roman. En effet, écrit sous forme de brides, je n’ai pas réussi à m’accrocher à ses souvenirs désordonnés.

Si le style est élégant, j’ai trouvé que l’intimité de son texte et les souvenirs éparses laissaient le lecteur quelque peu de côté. Si la construction est originale, je n’ai pas réussi à être touchée autant que je l’aurai voulu.

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations : 

« L’écriture n’apaise pas, c’est le feu sur le feu »

« La France c’est le vêtement que je porte, l’Algérie c’est ma peau livrée au soleil et aux tempêtes »

« Le Kat est relié à mon premier désir d’écriture, comme si le désir des corps, assouvi ou non, la découverte d’un nouveau monde, l’acceptation et l’exploration d’une sexualité en dehors de la norme menaient au livre, à l’imaginaire, aux mots ».

« Il faut savoir l’accepter, la vie n’est pas un rêve, nous ne sommes pas sur terre pour avoir sans cesse du plaisir, la part qui pèse est supérieure à la légèreté ».

Fugitive parce que reine – Violaine Huisman (2018)

A l’occasion de la fête des mères et si nous dressions le portrait d’une mère devenue reine dans le cœur de ses deux filles ?

Maman, Maman,
Toi qui m’aimes tant,
Pourquoi partir sans me prévenir ?
Car maintenant je vais souffrir
Souffrir de ne pas te voir revenir
Que t’a-t-on fait pour te faire partir,
Partir sans même écrire
J’espère que tel était ton désir,
Mais comment savoir si tu prends du plaisir
Es-tu en train de pleurer ou de rire ?
Peut-être es-tu en train de vieillir ?
Que tu ne peux même plus dormir !
Mais il faut que tu saches que je t’aime,
Aussi profondément que je le dis dans ce poème !

Catherine, cette mère magistralement imparfaite, excessive, excentrique, extravagante, a tissé une relation exclusive avec ses deux filles.

Dans la première partie du roman, Violaine, la cadette et narratrice, nous raconte sa mère, à la fois rayonnante et défaillante. Maniaco-dépressive, rongée par l’alcool et les excès, elle ne semble pas créer un environnement sécurisant afin que ses filles puissent toutes les deux s’épanouir. Et pourtant, un amour inconditionnel les lie toutes les trois que rien ne semble pouvoir altérer.

La seconde partie m’a particulièrement touchée. La narratrice cherche à comprendre l’histoire de vie de Catherine. Au fil des pages, nous apprenons de mieux en mieux à la découvrir en parcourant avec elle son enfance et ses failles. Cette description humanise cette mère qui apparaît, tout d’abord, nocive pour ses enfants. Son terrible parcours de vie permet de bien mieux comprendre ses rapports avec ses filles.

Ce premier roman, nous livre des portraits touchants dépeints avec une plume à vif.

J’ai aimé cet bel ode à l’amour maternel mais surtout l’omniprésence du poids des générations successives dans les rapports filiaux.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Le foyer de maman était un âtre, elle y faisait feu de tout bois pourvu qu’y règnent l’ardeur des sentiments, la chaleur brûlante de sa foi en l’âme humaine ».

« Fugitive comme un astre derrière un nuage, elle reparaît moins vive, éteinte mais pas tout à fait perdue. Ce n’est pas son heure. Il faut encore lutter »

« On n’a pas le droit de baisser les bras, ces bras qui entourent pour donner de l’amour à nos enfants quand ils appellent au secours »

La vraie vie – Adeline Dieudonné (2018)

L’engouement médiatique autour de ce premier roman m’avait fait différer sa lecture. Je préférais m’y plonger la tête reposée afin de pouvoir l’appréhender en toute objectivité.

J’ai ainsi pu partager, quelques mois plus tard, la claque qui a été celle de très nombreux lecteurs et qui a valu à Adeline Dieudonné autant de louanges.

La vraie vie, c’est la vie à laquelle une jeune fille de 10 ans ne devrait jamais être confrontée. La narratrice grandit dans un pavillon avec ses parents et son petit frère, Gilles, un jeune garçon lumineux âgé de 6 ans.

Dans ce pavillon au coeur d’un lotissement, on pourrait penser que la jeune fille est entourée d’une famille paisible et aimante.

Pourtant, sa maison est celle des cadavres d’animaux que son père, chasseur, idolâtre. Son enfance est rythmée par les cris de son père, la violence pure, la peur et la passivité de sa mère.

Malgré ce manque d’amour, l’héroïne parvient à créer des rêves et des jeux et à tenter, tant bien que mal, de vivre son enfance.

Un violent accident va venir bouleverser ce quotidien précaire déjà rempli de noirceur. Son frère en ressortira profondément détruit.

Tenace, elle va essayer d’effacer cette vie qui lui apparaît comme une erreur à corriger. Obstinée, elle fera tout pour modifier le passé et faire à nouveau rire son frère.

Il y a très longtemps que je n’avais pas été autant captivée par un roman. J’ai littéralement dévoré ce livre en quelques heures. Le contraste entre la noirceur, la violence et la tendresse de l’adolescente est saisissant. La scène dans la forêt, presque cinématographique, est envoûtante.

J’ai été bousculée par la force qui se dégage de la plume d’Adeline Dieudonné. Son héroïne m’a conquise par son courage et son pouvoir de résistance hors du commun.

Aussi lumineux que sombre, ce roman témoigne du quotidien de certaines familles une fois la porte close mais redonne aussi espoir en la force de résilience de l’être humain.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« C’était le mois de juillet et pourtant les nuits me semblaient plus noires et plus froides qu’en hiver »

« J’aimais la nature et sa parfaite indifférence. Sa façon d’appliquer son plan précis de survie et de reproduction, quoi qu’il puisse se passer chez moi. Mon père démolissait ma mère et les oiseaux s’en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. Ils continuaient de gazouiller, les arbres grinçaient, le vent chantait dans les feuilles de châtaignier »

« On dit que le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart. On ne dit rien sur le silence qui suit un coup de feu. Et la mort d’un homme. »