Le démon du bien – Henry de Montherlant (1937)

Et si nous poursuivions la lecture du cycle des « Jeunes filles » ?

Dans ce troisième volume, Henry de Montherlant poursuit son analyse des rapports amoureux, il se concentre cette fois sur le spectre du mariage.

Nous retrouvons Pierre Costals, écrivain érudit et odieux. Le cynique Costals prolonge sa relation avec Solange. Quand le mot mariage est prononcé entre eux, il perçoit cette alliance sous la forme de chaînes indissolubles. Si Solange commence à rêver d’une union officialisant leur liaison, la crainte de Costals est de plus en plus palpable.

Pourtant son attachement pour Solange le pousse à envisager ce mariage. Il débute une véritable négociation avec la mère de Solange sur les conditions de cette officialisation. Pierre Costals va torturer les deux femmes avec ses tergiversations. Jusqu’où ces hésitations maritales vont-elles conduire l’écrivain ?

Sous la plume d’Henry de Montherlant, Pierre Costals reste toujours aussi abjecte. Il suscite une profonde antipathie et pourtant il parvient toujours à nous décontenancer. Je ne peux que vous inviter à vous faire votre propos avis sur ce cycle.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Épouser un individu, passe encore. Mais il faut épouser un troupeau d’inconnus, l’obscène tribu des pères et mères, frères et sœurs, oncles et tantes et cousins, qui ont des droits sur vous eux aussi, ne serait-ce, en mettant les choses au mieux, que celui de vous faire perdre votre temps »

« On prétend que les querelles entre amants ressoudent l’amour. En réalité, elles créent des fêlures que rien ne ressoude. Quand on cherche dans son passé, on trouve que les êtres qu’on a profondément aimés, ce sont ceux avec qui l’on n’a jamais eu un accrochage. Et il y en a : ce miracle existe »

V13 – Emmanuel Carrère (2022)

Et si nous parlions d’une chronique judiciaire ?

Dans un récit immersif, Emmanuel Carrère raconte sa traversée du procès des attentats du 13 novembre 2015.

Journaliste pour l’Obs il a suivi pour l’hebdomadaire le procès organisé de septembre 2021 à juin 2022. Pendant dix mois, il a assisté chaque jour à ce procès hors norme et nous propose d’en suivre chacune des étapes. Avec un style très journalistique, il nous propose le récit de l’audition de certaines parties civiles, des accusés ou évoque l’organisation de la Cour.

Si ce récit n’est pas exhaustif, il permet cependant de nous offrir une chronique documentée et factuelle sur l’organisation du procès. Ce livre dévoile aussi son ressenti et ses questionnements sur cette expérience forte mais également éprouvante.

Je ne peux que recommander cet éclairage pour ceux qui auraient souhaité en savoir davantage sur cette traversée judiciaire.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Profession? Combattant de l’Etat islamique. » Le président regarde ses notes et, placide: « Moi, je vois intérimaire. »

« J’ai lu, entendu dire et quelquefois pensé que nous vivons dans une société victimaire, qui entretient une confusion complaisante entre les statuts de victimes et de héros. Peut-être, mais une grande partie des victimes que nous écoutons jour après jour me paraissent bel et bien des héros. À cause du courage qu’il leur a fallu pour se reconstruire, de leur façon d’habiter cette expérience, de la puissance du lien qui nous unit aux morts et aux vivants. Je me rends compte en relisant ces lignes qu’elles sont empathiques, mais je ne sais pas comment le dire moins emphatiquement : ces jeunes gens, puisque presque tous sont jeunes, qui se succèdent à la barre, on leur voit l’âme. On en est reconnaissant, épouvanté, grandi ».

Le diable au corps – Raymond Radiguet (1923)

Et si nous parlions d’un amour né durant la Première Guerre mondiale ?

François, jeune lycéen, perçoit la guerre des tranchées comme « quatre ans de vacances ». Les hommes sont partis au front et il profite librement de son innocence. Lorsqu’il fait la connaissance de Marthe, il est comme foudroyé par un amour tendre et aussi fougueux que sa jeunesse. Marthe fiancé à Jacques, lui paraît cependant inaccessible.

Quand Jacques part au front, François parvient à conquérir le coeur de cette femme de trois ans son ainée. Rapidement Marthe cède à l’élan passionné qui la porte vers le jeune François. Face aux voisins inquisiteurs ou aux reproches familiaux, leur amour parviendra-t-il à demeurer dans l’insouciance ?

Je n’ai pas été complètement conquise par ce court récit. Si les ébats de cette jeunesse fougueuse sont retranscrits par une plume impeccable, ce roman a pour ma part manqué d’émotion. Je ne regrette pas d’avoir enfin découvert ce classique même si je n’ai éprouvé qu’une empathie modérée pour son héros désinvolte.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu’y puis-je? Est-ce ma faute si j’eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre? Sans doute, les troubles qui me vinrent de cette période extraordinaire furent d’une sorte qu’on n’éprouve jamais à cet âge ; mais comme il n’existe rien d’assez fort pour nous vieillir malgré les apparences, c’est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l’embarras. Je ne suis pas le seul. Et mes camarades garderont de cette époque un souvenir qui n’est pas celui de leurs aînés. Que ceux déjà qui m’en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances « 

« Ce qui chagrine, ce n’est pas de quitter la vie, mais de quitter ce qui lui donne un sens »

L’assommoir – Emile Zola (1877)

Et si nous évoquions une des oeuvres les plus intenses de la série des Rougon-Macquart ?

Oeuvre emblématique du cycle des Rougon-Macquart, l’assommoir évoque la déchéance progressive et inéluctable de Gervaise.

Dans une chambre exiguë, Gervaise Macquart vit avec ses deux enfants Etienne et Claude nés de son union avec Lantier, un homme manipulateur et malhonnête. Lorsque Lantier la quitte brutalement en lui laissant la charge de leurs enfants, Gervaise trouve le courage de subvenir à ses besoins et devient blanchisseuse. Cet emploi modeste lui offre, à force de travail, un semblant de stabilité.

Dans sa nouvelle vie indépendante, Gervaise rencontre Copeau, un ouvrier travailleur et sobre qui lui propose de partager une vie modeste. Gervaise se laisse convaincre et décide de fonder une famille avec cet homme compréhensif qui accepte ses deux enfants. Elle bâtit une vie paisible avec Copeau et accède à la réussite mais l’implacable déterminisme de son milieu la rattrape.

Avec géni, Emile Zola expose le poids héréditaire et social qui engloutit Gervaise. Entre misère, alcoolisme et violence, nous assistons à sa chute progressive et inexorable.

Lors de ma relecture de ce roman, j’ai été à nouveau bouleversée par l’inévitable effondrement d’une femme face à son milieu. Je ne peux que vous inciter à découvrir ce récit profond, sombre, d’une force incroyable porté par la plume magistrale d’Emile Zola.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Pendant un printemps, leurs amours emplirent ainsi la forge d’un grondement d’orage. Ce fut une idylle dans une besogne de géant, au milieu du flamboiement de la houille, de l’ébranlement du hangar, dont la carcasse noire de suie craquait. Tout ce fer écrasé, pétri comme de la cire rouge, gardait les marques rudes de leurs tendresses »

« Son rêve était de vivre dans une société honnête, parce que la mauvaise société, disait-elle, c’était comme un coup d’assommoir, ça vous causait le crâne, ça vous aplatissait une femme en moins de rien »

Gros-Câlin – Romain Gary (1974)

Et si nous parlions d’un récit humoristique déroutant ?

Avec ce premier roman sous le nom de plume Emile Ajar, Romain Gary avec son humour mordant dresse le portrait d’un homme seul et incompris.

Afin de rompre sa solitude, Michel Cousin fait l’acquisition d’un « python » qu’il prénomme « Gros-Câlin ». Il croit percevoir dans cet animal de compagnie atypique l’affection et la tendresse qu’il recherche. Ce modeste employé de bureau n’hésite pas à parader avec son python dans la rue afin d’attirer les regards et parler avec des inconnus. Grâce à l’animal, il parvient aussi à échanger avec Mlle Dreyfus, une femme qu’il rencontre dans l’ascenseur chaque jour et dont il est tombé amoureux.

Cependant, Michel doit faire face à un dilemme cornélien lorsqu’il s’attache à la souris qui doit nourrir « Gros-Câlin ».

Cette fable invraisemblable et loufoque dresse le portrait sensible d’un homme paralysé par le regard implacable d’autrui. La description d’un être incompris broyé par un malaise existentiel et son rapport aux autres est parfaitement mené par Romain Gary durant tout le récit.

Même s’il ne s’agit pas de mon roman préféré de son oeuvre, j’ai aimé comment l’auteur parvient à mélanger rire et émotion. Je vous recommande cette rencontre tendre et fantasque avec un homme rongé par la solitude jusqu’à la folie.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Il y a dix millions d’usagés dans la région parisienne et on les sent bien, qui ne sont pas là, mais moi, j’ai parfois l’impression qu’ils sont cent millions qui ne sont pas là, et c’est l’angoisse, une telle quantité d’absence ».

« On ne sait pas assez que la faiblesse est une force extraordinaire et qu’il est très difficile de lui résister ».

« La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres ».

George Sand, Fille du siècle – Séverine Vidal et Kim Consigny (2021)

Et si nous faisions le portrait de George Sand ?

Avec un roman graphique captivant, Séverine Vidal et Kim Consigny dressent le portrait d’une femme libre aux convictions politiques et artistiques fortes.

Née en 1804, Aurore Dupin a dû trouver sa place dans une société régie par les hommes. Elle casse les codes de son genre, porte avec aisance le pantalon, fume, se sépare de son mari et vit intensément ses passions amoureuses ou artistiques.

Aurore n’a qu’une seule idée en tête : écrire. Pourtant, en tant que femme, cette ambition semble bien inaccessible. Elle va déjouer les obstacles, se donnera le nom de George Sand, un nom masculin, et parviendra à vivre de sa plume.

Cette bande dessinée étoffée dresse le portrait complet de George Sand de ses passions amoureuses à ses élans de liberté. Ces dessins nous transportent facilement à ses côtés dans sa quête d’émancipation amoureuse et intellectuelle.

Ce roman graphique porté par des dessins incisifs nous dévoile la vie d’une autrice admirable qui a su révolutionner son époque. Un vrai coup de coeur que je vous recommande de glisser sous le sapin !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

La solitude Caravage – Yannick Haenel (2019)

Et si nous mêlions art et littérature ?

Foudroyé par le portrait de Judith de Caravage, Yannick Haenel a été envouté adolescent par ce tableau aussi sensuel que réaliste.

A travers une analyse méticuleuse des oeuvres du Caravage, l’auteur présente ce peintre mythique aussi talentueux que scandaleux. Il décrit avec précision le réalisme de ses toiles, la lumière de ses tableaux, la relation du Caravage avec Dieu ou encore son rapport à la mort.

Avec beaucoup d’érudition,Yannick Haenel nous emporte sur les traces du Caravage de Rome à Naples et délivre une analyse personnelle de son rapport au peintre.

Si j’ai trouvé les propos parfois verbeux, j’ai aimé le regard porté par l’écrivain sur l’oeuvre de cet artiste et sa passion communicative pour son art.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« En un sens, durant cette nuit consumée dans l’attente d’une femme, et dans le feu exaspéré des livres dont je tournais les pages avec la vitesse d’un dément, j’ai tout vu du Caravage »

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour ; il nous enjoint de lever haut notre coupe remplie d’un vin d’amour, et de la vider jusqu’à la lie »

« Les peintres nous ouvrent à la consistance du visible; alors que la sensibilité s’épaissit et que les ténèbres ne cessent de l’engraisser, regarder aujourd’hui de la peinture élargit notre révélation du monde jusqu’à une opulence inespérée »

La Cousine Bette – Honoré de Balzac (1846)

Et si nous parlions d’une vengeance impitoyable ?

Lisbeth Fischer dit « La Cousine Bette » est une femme sèche et froide. Depuis son enfance, elle a toujours été transparente à côté de sa cousine Adeline aussi belle que vertueuse. Face à sa famille elle ne laisse rien transparaître et se positionne comme une confidente. Elle enfouit la jalousie lancinante qui la ronge.

La Cousine Bette a assisté au mariage d’Adeline et d’un baron, Hector Hulot. De cette union est née deux enfants, Hortense et Victorin. Sous cette image conjugale et familiale parfaite se dissimule les penchants du baron Hulot pour les femmes. Il dilapide la fortune familiale à travers des dépenses dispendieuses pour ses maîtresses. Son désir ne semble jamais assouvi.

Lorsque Lisbeth Fischer se lit d’amitié avec Valérie Marneffe, une courtisane mariée prête à tout par ambition, elle croit entrevoir l’instrument de sa vengeance. La Cousine Bette parviendra-t-elle à concrétiser son élan irrésistible de revanche ?

Je ne peux que vous recommander ce roman de moeurs machiavélique. Cette oeuvre de la comédie humaine conjugue une intrigue entrainante avec de nombreux personnages sombres et fascinants. J’ai été emportée par les interactions entre les personnages et le rythme effréné du récit.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citation :

« L’amour et la haine sont des sentiments qui s’alimentent par eux-mêmes ; mais, des deux, la haine a la vie la plus longue. L’amour a pour bornes des forces limitées, il tient ses pouvoirs de la vie et de la prodigalité ; la haine ressemble à la mort, à l’avarice, elle est en quelque sorte une abstraction active, au-dessus des êtres et des choses »

L’Education sentimentale – Gustave Flaubert (1869)

Et si nous évoquions la plume flamboyante de Gustave Flaubert ?

Dans ce volume, Gustave Flaubert revient sur le parcours sentimental de Frédéric. Ce jeune homme porte un amour démesuré et intense pour Madame Arnoux. Véritable madone, cette femme mariée inaccessible et mystérieuse ne cesse de le fasciner.

Lorsque Frédéric l’aperçoit pour la première fois sur le ponton d’un navire, il est foudroyé par cette rencontre. Installé à Paris pour ses études, il cherche désespérément à la revoir et finit par devenir ami avec son mari, Monsieur Arnoux. Ce marchand d’art incarne les vicissitudes de la petite bourgeoisie entre affaires douteuses et infidélités.

Grâce à cette relation avec son époux, il se lit durablement à la famille. Pourtant, l’impossibilité de sa relation avec Madame Arnoux vient essouffler cet amour de jeunesse. De nouvelles rencontres féminines arriveront-elles à briser une relation fantasmée ?

Double masculin de Madame Bovary, Frédéric par sa candeur romantique nous transporte dans sa relation avec la figure angélique et vertueuse de Madame Arnoux. Porté par une plume aussi éblouissante que moderne, ce roman nous expose, à travers le regard de Frédéric, un amour romantique mais aussi les basculements politiques de toute une époque.

Je vous invite à dévorer ce grand classique de la littérature d’une beauté incandescente.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elles avait portées, les gens qu’elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites »

« Elle ressemblait aux femmes des livres romantiques. Il n’aurait voulu rien ajouter, rien retrancher à sa personne. L’univers venait tout à coup de s’élargir. Elle était le point lumineux où l’ensemble des choses convergeait ; – et, bercé par le mouvement de la voiture, les paupières à demi closes, le regard dans les nuages, il s’abandonnait à une joie rêveuse et infinie »

Ce n’est pas loin du paradis – Laurent Peyrard (2022)

Et si nous parlions d’un premier roman ?

Ce roman d’apprentissage dessine une jeunesse fougueuse emportée par ces élans amoureux et violents.

Jeune homme désabusé et en perte de repères, Eric est un adolescent qui a dû mal à trouver sa place dans la société. Constatant la distance grandissante qui le sépare de ses parents, il n’arrive plus à communiquer avec eux. Au collège, Eric se rapproche de fréquentations douteuses où la violence et les excès façonnent les amitiés.

Quand Eric croise le regard de Anne, la simplicité et la sincérité de leur relation est une évidence. Emporté par cet amour naissant, Anne contribue à le faire grandir. Quand leur union est compromise par une bande rivale, Eric fera tout pour préserver la quintessence de leur passion.

Récit d’un amour contrarié, ce roman conjugue passion amoureuse et exploration d’une jeunesse en perdition. Ce premier roman prometteur n’est pas sans rappeler une oeuvre qui m’avait bouleversée, « leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu.

Malheureusement j’ai trouvé ce roman parfois stéréotypé et je n’ai pas été complètement conquise. Cependant, ce moment de lecture reste agréable et entrainant notamment grâce au personnage attachant et contrasté d’Eric.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.