Pot-Bouille – Emile Zola (1882)

Et si nous emménagions dans un immeuble bourgeois avec Emile Zola ?

Arrivé à la moitié du cycle des Rougon-Macquart, Emile Zola propose une immersion dans la sphère bourgeoise et dresse le portrait d’une multitude de personnages.

Lors de son arrivée à Paris, Octave Mouret emménage rue de Choiseul au quatrième étage d’un immeuble haussmannien et rencontre ses voisins. Un notaire, un architecte, un conseiller à la cour d’appel ou de plus modestes employés se succèdent à chaque étage. Ces familles bourgeoises s’arguent de bonnes moeurs mais derrière les portes closes les adultères et les vices sont innombrables.

Nous retrouvons au dernier étage de l’immeuble, des vies parallèles celles des femmes de chambre et des cuisinières. Elles évoluent dans l’ombre et connaissent les secrets de famille.

Jeune homme arriviste, Octave use de ses charmes et espère se lier aux femmes pour parvenir à faire fortune. Il évolue au coeur de ces intrigues bourgeoises pour trouver sa place. Jusqu’où cette quête d’ascension le mènera-t-il ?

Emile Zola se sert d’Octave pour retranscrire la vie et décrire la place des femmes à chaque étage de l’immeuble. Avec un style remarquable, ce roman met en lumière l’hypocrisie bourgeoise et la condition des invisibles.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Et, de ce flot de paroles, montait le respect, l’appétit furieux de l’argent, toute cette religion de l’argent dont elle avait appris le culte dans sa famille, en voyant les vilenies ou l’on tombe pour paraître seulement en avoir ».

« Ils restaient, la main dans la main, face à face, sans pouvoir détourner les yeux ; et leurs mains se glaçaient, et leurs yeux s’avouaient l’ordure de leur liaison, l’infirmité des maîtres étalée dans la haine de la domesticité. C’était ça leurs amours, cette fornication sous une pluie battante de viande gâtée et de légumes aigres ! »

La propagandiste – Cécile Desprairies (2023)

Et si nous dévoilions le passé d’une collaboratrice sous l’occupation ?

Lorsqu’elle était enfant, des zones d’ombre ont toujours plané autour de sa mère, Lucie. Bien des années plus tard, la narratrice devenue historienne cherche à percer le mystère de cette mère énigmatique qu’elle n’a jamais véritablement comprise.

En retraçant le parcours de sa mère dans le Paris de l’occupation, elle va essayer de lever le voile sur les secrets de famille. Lucie a toujours eu pour habitude d’organiser des réunions bruyantes et frivoles avec les femmes de la famille dans un appartement bourgeois. Lors de ces rencontres, elle a gardé le silence sur les années de guerre. Pourtant, certains non-dits sont bien présents et la narratrice a toujours discerné les opinions tranchées de sa mère.

Pour mieux comprendre Lucie, il faut aussi mieux connaître un fantôme masculin qui a occupé une place centrale dans sa vie. Cet homme c’est le grand amour de Lucie. Elle l’a connue durant la Seconde Guerre mondiale et a partagé avec lui le même engagement politique. Encore aujourd’hui, son nouveau mari et père de la narratrice n’a jamais contredit l’omniprésence de cet homme. Au fil de ses recherches, l’historienne va découvrir tout l’engagement de sa mère. Devenue fervente militante nazie, collaboratrice et propagandiste active, Lucie a-t-elle été entrainée par amour ou emportée par des convictions plus profondes ?

Derrière cette femme forte se cache des convictions glaçantes. J’ai apprécié ce regard différent porté sur les années d’occupation. Dans ce premier roman imminément personnel, Cécile Desprairies nous dévoile le parcours de sa propre famille. Un récit enrichissant sur une période sombre de l’histoire.

Je remercie les éditions du seuil et l’équipe Babelio pour l’envoi de ce livre à paraitre le 18 août prochain.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Depuis quelques temps, Lucie, qui n’a que vingt-quatre ans, adopte un style à la Goebbels : fanatique, exalté mais maîtrisé. La moindre prise de parole est conçue comme un évènement d’une intensité dramatique hors du commun, quelque part entre la transe et l’extase ».

L’herbe rouge – Boris Vian (1950)

Et si nous partagions un instant d’absurdité avec Boris Vian ?

Dans ce récit fantastique et à travers le personnage de Wolf, Boris Vian amorce une introspection psychanalytique.

Wolf a créé une machine à remonter le temps. Avec une frénésie inquiétante, il se replonge inlassablement dans son passé. A cette occasion, il revit son éducation religieuse et les grandes étapes de son parcours amoureux. Ce voyage dans le passé fera ressurgir ses plus profondes angoisses dans le but de les détruire.

Wolf parviendra-t-il à se libérer de ses démons intérieurs ?

Véritable psychanalyse, Boris Vian use du personnage de Wolf pour se libérer de ses propres turpitudes. Avec un style sombre et absurde, il nous plonge dans les méandres de son rapport aux femmes, à son éducation ou à sa conception de la société. Si j’ai aimé le style inimitable de Boris Vian, ce récit complètement loufoque n’est pas mon préféré de l’auteur.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Il y a deux façons de ne plus avoir envie de rien : avoir ce qu’on voulait ou etre découragés parce qu’on l’a pas »

« C’est tuant, de traîner avec soi ce qu’on a été avant, dit Wolf. »

Nana – Emile Zola (1880)

Et si nous nous rapprochions d’un mythe féminin ?

Personnage emblématique de l’oeuvre de Zola, Nana la fille de Gervaise est l’une des courtisanes les plus célèbres de la littérature.

La jeune Nana peine à élever son fils Louis et doit user de son corps pour subvenir à ses besoins. Peu à peu, sa beauté et sa sensualité lui permettent d’accéder à la réussite. Les portes du théâtre s’ouvrent face à son charisme, elle devient Vénus et se mue en actrice.

Ses charmes indéniables lui donnent accès à une ascension tant convoitée. Elle utilise son pouvoir implacable sur les hommes pour asseoir sa domination. Pourtant, comme une ombre le déclin rode autour d’elle, un élan amoureux inéluctable va précipiter sa perte. Nana cédera-t-elle à la passion alors que son goût du luxe ne cesse de croitre ?

Emile Zola nous offre un portrait de femme fascinant. Récit d’une émancipation féminine d’une grande modernité, j’ai aimé suivre le parcours flamboyant de Nana jusqu’à la dernière ligne. Une des oeuvres les plus marquantes de la série des Rougon-Macquart que je vous recommande les yeux fermés.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Alors, Nana devint une femme chic, rentière de la bêtise et de l’ordure des mâles, marquise des hauts trottoirs »

« C’était comme la cuisson d’une blessure ancienne, non plus ce désir aveugle et immédiat, s’accommodant de tout, mais une passion jalouse de cette femme, un besoin d’elle seule, de ses cheveux, de sa bouche, de son corps qui le hantaient. Lorsqu’il se rappelait le son de sa voix, un frisson courait ses membres. Il la désirait avec des exigences d’avare et d’infinies délicatesses »

« C’étaient des souplesses de couleuvre, un déshabillé savant, comme involontaire, exquis d’élégance, une distinction nerveuse de chatte de race, une aristocratie du vice, superbe, révoltée, mettant le pied sur Paris, en maîtresse toute-puissante »

Le voyage en Hollande et autres poèmes – Louis Aragon (1964)

Et si nous nous délections du lyrisme de Louis Aragon ?

Accompagné par Elsa Triolet, Louis Aragon devait initialement s’accorder quelques jours de villégiatures en Suisse. Ils ont finalement fait le choix audacieux de poser leurs valises en Hollande.

Dans ce recueil de poèmes, Louis Aragon nous partage ses impressions de voyages. Si le séjour reste pluvieux, Louis Aragon parvient à décrire les paysages hollandais et nous le suivons dans sa découverte mélancolique et colorée d’Amsterdam.

D’autres poèmes sont rassemblés dans cet ouvrage et j’ai découvert avec délice « la messe d’Elsa », des poèmes ardents et irrésistibles qui parviennent à nous partager tout l’absolu du sentiment amoureux

Je ne peux que vous inciter à lire et (re)lire ces poèmes à voix hautes pour que leur force lyrique puisse définitivement vous imprégner. Un incontournable moment de poésie avec Louis Aragon.

Je remercie les éditions Seghers pour l’envoi de ce recueil de poèmes explicité avec beaucoup de délicatesse par la préface d’Olivier Barbarant. Un très bel objet pour bien débuter vos vacances d’été !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

Il n’est à voir que ton visage

Entendre que ta voix aimée

Car soient mes yeux ou non fermés

Je n’ai que toi de paysage

Que toi de ciel et d’horizon

Que toi de sable dans mes dunes

De nuit noir et de clair de lune

De soleil à mes frondaisons

Breughel d’Enfer ou de Velours

Moulins tulipes diableries

N’est Hollande à ma songerie

Que mon amour que mon amour

Ils ont tué Oppenheimer – Virginie Ollagnier (2022)

Et si nous rencontrions le père de la bombe atomique ?

Ce roman nous propose une rencontre avec Robert Oppenheimer, un éminent scientifique devenu le père de la bombe atomatique.

En pleine Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine tente de trouver une solution pour mettre un terme au conflit. Quand, le général Groves rencontre Robert Oppenheimer, sa promiscuité avec la mouvance gauchiste inquiète les militaires. Pourtant le général Groves fait le choix audacieux de le nommer directeur scientifique du Projet Manhattan. Dans un laboratoire coupé du monde à Los Alamos, Robert Oppehnheimer et son équipe feront naître la première bombe atomatique. Cette bombe va bouleverser le cours de l’histoire.

Nommé Président de la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis, Robert Oppenheimer devient intouchable. Son aura est indéniable et il s’oppose frontalement au développement exponentiel des armes nucléaires. En 1953, l’Amérique est bousculée par le maccarthysme, les relations communistes de Robert Oppenheimer sont minutieusement étudiées. Prétexte à sa chute, le brillant scientifique pourra-t-il lutter contre ses détracteurs ?

Construit sous forme de puzzle, ce roman alambiqué navigue dans les périodes historiques. Un roman intelligent, mêlant politique, science et histoire qui nous en apprend beaucoup sur la destinée de Robert Oppenheimer. J’ai apprécié cette découverte même si je me suis parfois perdue dans le fil narratif de ce récit.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Il était devenu le père de la bombe atomique, admiré, jalousé autant que haï dans le monde entier »

« Si Oppenheimer était un gauchiste, il l’était à la manière des grands bourgeois se préoccupant de la misère des petits, de l’injustice du coût de l’éducation et des soins. Rien dans son discours ne laissait à penser à un bolchevik couteau entre les dents ».

Le maître des âmes – Irène Némirovsky (1939)

Et si vous consultiez un médecin sans scrupule ?

Installé à Nice avec sa femme, Dario est un jeune médecin ambitieux. Pourtant ses projets rencontrent l’obstacle de ses origines grecque et italienne. Cet étranger perçu comme un « métèque » n’inspire pas la confiance d’une clientèle bourgeoise du sud de la France.

Quand il devient père, l’urgence de s’établir en tant que médecin se fait de plus en plus pressante. Sa situation financière est si dramatique que Dario doit lutter pour sa survie et celle de sa famille. Acculé et affamé, il conclue un marché illégal en acceptant de pratiquer un avortement clandestin.

Ce premier pas illicite contribue à son basculement. Rongé par son arrivisme, il décide de détourner une théorie psychanalytique à son profit. En usant de propos savants et de son charisme, il parvient à susciter la confiance de ses patients. Génie illusionniste, il utilise la détresse et la crédulité des malades pour parvenir à une ascension sociale et financière. Devenu riche et célèbre, son élévation machiavélique connaîtra-t-elle une fin ?

Dans ce roman très bien mené, Irène Némirovsky interroge la rage d’un homme. Profondément meurtri par son statut d’immigré, Dario a soif de revanche sur sa condition. L’humiliation qui le ronge le transformera en un homme corrompu et froid. Porté par une plume maîtrisée et grinçante, ce roman est une belle réussite.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citation :

« Le désir des femmes l’envahissait parfois brusquement, aux instants les plus durs de son existence, comme si toute la lie, au fond de son âme, remontait alors à la surface ».

« Le départ avait toujours été pour lui le seul remède souhaitable. Là où d’autres travaillent davantage ou cherchent l’oubli dans le vin ou les femmes, il rêvait de trains rapides et de villes étrangères, sachant bien qu’il n’y trouverait que malheur et misère, mais une autre misère, sans doute. C’était déjà cela de gagné »

La femme de trente ans – Honoré de Balzac (1842)

Et si nous suivions le parcours d’une femme ?

Dans ce roman composé de plusieurs parties, Honoré de Balzac retrace l’évolution d’un personnage féminin.

Julie, une jeune femme ingénue et naïve, s’amourache de Victor d’Aiglemont. Colonel de cavalerie, ses exploits militaires et son charisme impressionnent la jeune femme. Pourtant le père de Julie perçoit déjà les failles de Victor et les entraves à leur union.

Quelques mois après leur mariage, Julie constate déjà l’incompatibilité de leurs caractères. Face à l’échec de cette relation, Julie se laisse attendrir par Arthur, un lord anglais au charme indéniable. Cette nouvelle apparition masculine va bouleverser sa vie. A l’aube de ses trente ans, Julie parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Tout d’abord publiés de manière fragmentaire, ce n’est qu’au bout de plusieurs années que les différents textes ont été rassemblés en un seul et même ouvrage. Si j’ai trouvé la narration assez décousue, j’ai aimé le portrait d’une femme aux multiples facettes dessiné par Balzac. Avec une grande modernité, Balzac dévoile les écueils de l’institution du mariage et révèle la condition de la femme de son époque.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Il y a beaucoup d’hommes dont le coeur est puissamment ému par la seule apparence de la souffrance chez une femme : pour eux la douleur semble être une promesse de constance ou d’amour ».

« Les femmes connaissent alors tout le prix de l’amour et en jouissent avec la crainte de le perdre : alors leur âme est encore belle de la jeunesse qui les abandonne, et leur passion va se renforçant toujours d’un avenir qui les effraie ».

Mon maître et mon vainqueur – François-Henri Désérable (2021)

Et si nous partagions un éloge du sentiment amoureux ?

Dans ce roman plaisant aux références littéraires indéniables, nous suivons le parcours d’un couple emporté par la passion.

Face au juge d’instruction, le narrateur doit révéler la personnalité de son plus cher ami. Les pièces à conviction lui sont présentées pour tenter de faire la lumière sur les faits reprochés à Vasco. Un cahier noirci de l’écriture de son ami et de poèmes d’amour attire l’attention du juge. Le narrateur va devoir révéler le parcours amoureux de son acolyte.

Depuis leur première rencontre, Vasco voue un amour fou et absolu pour la magnétique Tina. Cette femme envoûtante est pourtant fiancée à un autre homme. Jusqu’où cet élan passionnel l’a-t-il conduit ?

J’ai passé un bon moment avec la plume spirituelle et malicieuse de François-Henri Désérable même si je regrette quelques lieux communs dans la trame narrative de ce récit.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Parfois on ne se comprend plus, on avance à l’aveugle, on se heurte à des murs, jusqu’au jour où l’on finit par se dire mutuellement ce qu’on a sur le coeur, comme on craque une allumette dans la nuit : pas pour y voir plus clair, mais pour mesurer la part de ténèbres que chacun porte en soi ».

Le Sagouin – François Mauriac (1947)

Et si nous parlions d’un roman imprégné d’humanité ?

Le petit Guillou est un fils rejeté par sa mère, Paule. Elle le perçoit comme un être dégénéré incapable de la moindre vivacité d’esprit. Cet enfant incompris est le terrible reflet de son père, un être insignifiant que sa femme juge imbécile. Ce mari erre et s’occupe d’un cimetière sans donner de sens à sa vie. Pourtant, Paule s’est mariée avec Galéas de Cernès il y a treize ans afin d’obtenir le titre honorifique de baronne. Ce statut elle ne l’obtiendra pas car il n’existe qu’une seule baronne, sa belle-mère. Les relations entre les deux femmes sont électriques et Madame la Baronne voue une haine farouche à sa belle-fille. S’agissant de son fils même si elle ne dit mot, elle perçoit toute sa médiocrité.

Lorsqu’un nouveau professeur s’installe dans le village, Paule voit l’opportunité de lui confier son fils. L’instituteur a la réputation d’être un fervent communiste. Madame la Baronne est outrée par ce rapprochement qui jette le discrédit sur toute la famille. Jusqu’où l’humiliation perpétuelle d’un fils et de son père les conduiront-ils ?

Avec justesse, François Mauriac explore le désamour maternel. Il nous dresse un portrait criant d’humanité d’un être sensible à l’écart du monde et soumis au regard intraitable de sa mère. En quelques pages, il parvient avec brio à explorer ce drame familial et à donner un véritable relief à ses personnages.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Ce que Paule voyait, quand elle pensait à son fils, c’étaient des genoux cagneux, des cuisses étiques, des chaussettes rabattues sur les souliers. À ce petit être sorti d’elle, la mère ne tenait aucun compte de ses larges yeux couleur de mûres, mais en revanche elle haïssait cette bouche toujours ouverte d’enfant qui respire mal, cette lèvre inférieure un peu pendante, beaucoup moins que ne l’était celle de son père, mais il suffisait à Paule qu’elle lui rappelât une bouche détestée »

« Comme on dit «faire l’amour», il faudrait pouvoir dire «faire la haine». C’est bon de faire la haine, ça repose, ça détend ».