Chimères – Naguib Mahfouz (1992)

Et si nous rencontrions un jeune égyptien introverti ?

Dans ce récit intimiste, nous suivons le destin d’un jeune homme étouffé par l’amour maternel.

Depuis sa plus tendre enfance, Kamel vit sous la protection omniprésente de sa mère. Face à un père alcoolique et violent, Kamel est resté auprès de sa mère et de son grand-père. Timide, il appréhende le monde et ses premiers pas à l’école sont désastreux. Incapable de se sociabiliser et d’évoluer avec les autres, il est prostré et côtoie uniquement sa mère.

Avec les années, il va devoir grandir. Il croise la route d’une femme pour qui il va développer une véritable adoration. Cet amour idéalisé lui permettra-t-il de s’ouvrir au monde ?

Récit introspectif, nous suivons le parcours de cet être complexé. Il ne cesse de naviguer entre sa soif d’ivresse et les carcans qui le cloisonnent depuis l’enfance. Avec une plume d’une beauté remarquable, j’ai été emportée par le destin de ce jeune homme et par les rapports complexes entre les personnages. Un merveilleuse psychologique et stylistique que je vous recommande !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« A évoquer les visages qui ont peuplé mon existence, je ne peux manquer de revoir d’abord le sien, tendre et beau, elle qui fut à la clé de tous mes espoirs et de toutes mes peines, de mes amours et de mes haines, elle qui me rendit heureux au-delà de tout et me blessa tout autant, comme s’il m’était impossible d’aimer ou de haïr davantage, car elle était ma vie, or l’amour et la haine ne font-ils pas toute la vie d’un homme ? Il me fait reconnaître que j’écris d’abord pour me souvenir d’elle, et qu’en lui rendant la vie, la vie toute entière renaît »

« Quelle dérision de venir au monde pour voir la vie vous échapper ! »

La Belle du Caire – Naguib Mahfouz (1945)

Et si nous abordions un classique de la littérature égyptienne ?

Quatre étudiants achèvent leur parcours scolaire avec des idéaux en tête et toute l’énergie de leur jeunesse. Mahgoub Abd el-Dayim est l’un d’eux. S’il partage la vie étudiante de ses camarades, il perçoit également toutes leurs différences. Issu d’une famille modeste, il fonde ses espoirs sur sa réussite universitaire pour accéder à une vie bourgeoise et luxueuse. Pourtant son diplôme ne lui promet pas l’accession à un emploi privilégié.

Lorsqu’un riche aristocrate, Qasim bey Fahmi, lui propose un marché scandaleux pour cacher sa liaison avec la somptueuse Ishane, sa maîtresse, Mahgoub n’hésite pas une seconde. Sans aucun scrupule, il accepte un contrat de mariage de façade pour parvenir à l’ascension sociale et financière tant convoitée. Dans cette quête de richesse, Mahgoub balayera sa famille et ses amis d’un simple geste. Jusqu’où son ambition le mènera-t-il ?

Avec une écriture magnifique, ce roman social porte un regard juste sur la société égyptienne des années 30. Le portrait d’un homme submergé par ses aspirations arrivistes dans une société rongée par la corruption est fascinant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Il rentra à Guizeh songeur, livré à ses rêveries. Il ne dormit pas cette nuit-là, comme les nuits de février où la faim le condamnait à l’insomnie. Il erra dans la vallée des songes et des espérances, puis repensa longuement à la soirée qu’il venait de vivre : la splendeur du luxe, le sceau de l’aisance, le triomphe de la beauté, l’émerveillement de l’amour, la folie de la licence, cette vie éblouissante pour laquelle son âme fondait de désir ».

« Il niait à la fois le bien et le mal et rejetait la société qui les avait inventés. Il croyait en lui seul. Il y avait, certes, le plaisir et le douloureux, l’utile et le nuisible, mais le bien et le mal ? de vaines chimères ! »