Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique – Mona Chollet (2015)

Et si nous restions chez nous ?

Sénèque écrivait :

« Personne ne revendique le droit d’être à soi-même. On est parcimonieux s’il s’agit de garder intact son patrimoine ; mais quand il s’agit de perdre son temps, on est prodigue dans le seul domaine où l’avarice serait honorable »

L’épidémie qui marque notre époque nous donne également à réfléchir sur notre lieu de vie. La période de confinement nous a contraint à rester chez nous dans des conditions au combien inégalitaires.

L’essai de Mona Chollet, Chez soi, publié en 2015, avait déjà entamé une réflexion sur la place du foyer dans nos sociétés. Le logement construit comme un lieu de repli proposant sécurité et sérénité se confronte à la dure réalité. Les conditions et l’accès au logement ne permettent pas toujours de s’adonner pleinement à ce recul domestique bénéfique. Mona Chollet, nous parle du casanier, cet être perçu comme étrange, qui trouve une véritable quiétude en restant chez lui.

Elle prend comme prisme l’espace domestique pour poser de multiples questions : Comment trouver du temps pour soi ? Comment accéder à des conditions de logement égalitaires ? Comment doit se construire notre logement aujourd’hui ? Quelle est la place de la femme et de l’homme dans le foyer ? Le bonheur familial est-il un leurre ?

Portée par des références multiples, Mona Chollet pose des réflexions pertinentes sur la société de consommation et sur nos conditions d’existence. Avec justesse, elle donne à réfléchir sur le féminisme et sur la sphère de l’intime. Mona Chollet pose les bonnes interrogations pour permettre une réflexion constructive afin de mieux appréhender nos modes de vie.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Or, dans une époque aussi dure et désorientée, il me semble au contraire qu’il peut y avoir du sens à repartir de nos conditions concrètes d’existence ; à repartir de ces actions – à peine des actions, en réalité – et de ces plaisirs élémentaires qui nous maintiennent en contact avec notre énergie vitale : traîner, dormir, rêvasser, lire, réfléchir, créer, jouer, jouir de sa solitude ou de la compagnie de ses proches, jouir tout court, préparer et manger des plats que l’on aime »

« Aimer rester chez soi, c’est se singulariser, faire défection. C’est s’affranchir du regard et du contrôle social. Cette dérobade continue de susciter, y compris chez des gens plutôt ouverts d’esprit, une inquiétude obscure, une contrariété instinctive. Prendre plaisir à se calfeutrer pour plonger son nez dans un livre expose à une réprobation particulière »

Une chambre à soi – Virginia Woolf (1929)

Un brin de féministe à découvrir pendant les fêtes de fin d’année

Virginia Woolf nous offre un essai inspirant en analysant les rapports entre « les femmes et le roman ». 

Ainsi elle traite, avec pertinence, du silence des femmes.

Ces femmes qui pendant tant d’années ont été cantonnées à leurs rôles de mères et d’épouses et qui avaient bien des difficultés à construire un espace propice à la créativité littéraire.

Dépendantes financièrement et spirituellement des hommes, elles sont placées sous l’emprise de leurs pères puis de leurs époux. Ainsi, elles n’ont pas eu la chance d’accéder à la culture et aux études. Privées de leur liberté, elles étaient enfermées dans un monde bien étroit. Toutes expériences personnelles leur étaient proscrites, elles avaient donc bien peu de matière pour enrichir leurs romans.

Une société où nous pouvions lire des aberrations telles que : « Les romancières devraient se contenter d’aspirer à la perfection en reconnaissant courageusement les limites de leur sexe ».

Dans ce pamphlet militant Virginia Woolf veut inciter la femme à écrire et à renverser les modes de pensées.

Elle envisage comme première étape de cette émancipation : une chambre à soi et 500 livres de rente. Cette indépendance, indispensable au processus de création, serait déjà matérielle. Elle nous expose ainsi l’importance d’un espace personnel calme et serein dans le processus d’écriture.

Au XIXème siècle,  certaines femmes ont bravé les interdits et ont réussi à construire des oeuvres magistrales. Ainsi, Virginia Woolf évoque les soeurs Brontë, George Eliot ou encore Jane Austen…

Ces portraits inspirants nous démontrent à quel point la femme a pu faire preuve de créativité malgré les carcans qui l’entravaient.

Avec un regard d’une grande lucidité, Virginia Woolf nous offre un essai engagé, devenu une pierre angulaire du féministe.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations : 

« Comme nous sommes déchues, déchues par la faute de principes erronés 

Et plus que de la Nature victimes de l’éducation ;

Privées de tous les ornements de l’esprit,

Et vouées par système à la stupidité ;

Et si quelqu’une d’entre nous s’élève au-dessus des autres

Mue par une imagination plus vive et poussée par l’ambition

Si forte la faction opposée toujours lui apparaît,

Que l’espoir de réussir ne peut jamais contrebalancer la peur ».

« Ecrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours ».

Sorcières la puissance invaincue des femmes – Mona Chollet (2018)

Pour clôturer le mois de la femme, et si nous parlions de ces femmes qui brandissent l’étendard de la cause féministe ?

Elles ont bouleversé les mentalités et ont fait évoluer l’image de la femme dans notre société.

Je ne m’étais jamais véritablement attelée à un roman purement féministe. C’est chose faite avec le livre de Mona Chollet, « Sorcières la puissance invaincue des femmes ».

Naïvement, je pensais découvrir l’histoire de la sorcellerie et de la documentation étoffée sur la chasse aux sorcières. Thème fascinant, je cherchais à être éclairée sur cette période sombre de l’histoire.

Dans cet essai, Mona Chollet s’intéresse bien davantage aux héritières de ces sorcières : les femmes d’aujourd’hui.

Elle dresse ainsi un tableau tripartite de la femme contemporaine : la femme célibataire, la femme sans enfant et la femme âgée. Des portraits de femmes indépendantes qui parviennent à s’extraire du modèle stéréotypé de la vie maritale.

J’ai beaucoup apprécié la partie traitant du désir de stérilité. Mona Chollet n’a pas peur des mots et nous décrit ces femmes qui ne veulent pas d’enfant. Ce choix demeure encore aujourd’hui controversé face au schéma classique bien ancré dans la société.

Ce récit, aux références nombreuses, traite aussi de la charge mentale et des renoncements auxquels de nombreuses femmes doivent faire face.

Le poids des générations successives influence nos perceptions du désir d’enfant, de la vie de couple, ou de la beauté féminine…

Je ne sais pas si je peux partager intégralement les idées militantes de cet essai mais j’ai été intéressée par l’impact des préjugés historiques sur nos conceptions contemporaines.

Un livre féministe qui ne laisse pas indifférent !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Les contemporains sont façonnés par des évènements qu’ils peuvent ignorer et dont la mémoire même se sera perdue ; mais rien ne peut empêcher qu’ils seraient différents, et penseraient peut-être d’autre façon, si ces évènements n’avaient pas eu lieu ». (Françoise d’Eaubonne, Le Sexocide des sorcières)

« Aujourd’hui, l’indépendance des femmes, même quand elle est possible juridiquement et matériellement, continue de susciter un scepticisme général. Leur lien avec un homme et des enfants, vécu sur le mode du don de soi, reste considéré comme le cœur de leur identité ».

« Bien avant de prendre clairement conscience de ce crève-cœur, j’ai vécu moi aussi immergée dans un monde où il n’y avait rien de plus réel, rien de plus digne d’intérêt que les livres et l’écriture. Peut-être nos parents nous communiquent-ils parfois des passions si violentes qu’elles ne laissent de la place pour rien d’autre – surtout quand eux-mêmes n’ont pas pu s’y adonner comme ils l’auraient voulu ».