Et si nous interrogions nos traces numériques ?
Dans ce roman d’une intelligence remarquable, Delphine de Vigan attise notre curiosité à la découverte de la mystérieuse Romane Monnier.
Suite à une soirée arrosée, Thomas s’aperçoit qu’il a entre les mains le portable d’une inconnue. Décidé à lui restituer, il demeure interloqué lorsqu’elle lui livre ses codes et l’invite à conserver son portable. Laissant libre cours à sa curiosité, il se décide à explorer la vie de cette femme et à disséquer son téléphone. Il tente de percevoir les mystères de cette trentenaire et reconstruit avec une frénésie inquiétante les fragments de sa vie à travers les bribes numériques. Il découvre alors Romane Monnier, une femme qui se débat avec les méandres de son être.
En plongeant dans la vie de Romane, Thomas cherche à comprendre l’impensable et interroge ses propres fêlures. Où le mènera cette quête de vérité ?
Un roman brillant qui nous ouvre des voies de réflexion vertigineuses sur la perte et notre rapport au numérique. J’ai été happée par ce texte qui nous entraîne dans ce jeu de miroirs, à travers les vies de Romane et de Thomas. Delphine de Vigan excelle pour faire jaillir les failles de ces personnages et nous touche en plein cœur !
Ma note
Citations
« Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s’est insinuée dans sa vie comme dans celle de la plupart des gens qu’il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne se regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d’avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés ».
« On a l’impression qu’on peut être en connexion totale avec le monde et informés de tout. Mais en réalité, on est devenus des spectateurs, cloués à nos lits, à nos canapés. Et sous prétexte d’être en contact les uns avec les autres, on n’a jamais été aussi seuls ».
« Et puis le téléphone de Romane Monnier l’emmène ailleurs vers d’autres souvenirs. Il a parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. Et de pouvoir, enfin, ouvrir la fenêtre ».